En Égypte, la venue au pouvoir des Frères musulmans avive la tension entre coptes et musulmans. L’Irak est déjà divisé en entités ethnico-confessionnelles et la Syrie semble en voie de l’être de facto, sinon de jure. Cela selon un découpage ressemblant à celui opéré par le mandat français en 1920 avec un État de Damas, un État d’Alep, deux territoires autonomes, l’un alaouite et l’autre druze, et une région kurde que les autorités mandataires n’avaient pas envisagée à l’époque. D’autre part, il est fort probable que la solution politique, s’il devait y en avoir une, s’inspire peu ou prou du modèle libanais de représentation politique sur une base communautaire. Mais le plus grand danger résiderait dans la constitution éventuelle d’un émirat musulman intégriste dans le nord de la Syrie lié idéologiquement à el-Qaëda et géographiquement aux régions sunnites de l’est de l’Irak : d’abord sur la Syrie elle-même ; ensuite sur ses voisins, notamment le Liban, le jour ou « Jabhat al-Nosra » et ses semblables ne seront plus entièrement absorbés par leur combat contre le régime Assad.
*Depuis deux ans, le Liban vit pratiquement au rythme de la guerre civile en Syrie, aux plans politique, social, économique et sécuritaire. Sans compter le fardeau, voire la menace sur son fragile équilibre communautaire, que représente l’afflux de près d’un million de réfugiés syriens sur son sol. Il est impossible à ce stade de prédire les répercussions du conflit syrien sur le Liban. On peut cependant déjà observer certains changements sensibles au niveau du rapport des communautés libanaises entre elles, à celui des perceptions qu’elles ont de leurs identités respectives ainsi qu’à celui de leur vision concernant l’avenir du pays.
Depuis la fin de la guerre civile libanaise en 1990, trois tendances lourdes ont vu le jour à ces niveaux :
- Premièrement, une arabisation des chrétiens, en particulier les maronites, à laquelle fait pendant une libanisation des musulmans, en particulier des sunnites les plus réticents à cet égard.
- En deuxième lieu, et plus récemment, la naissance d’un clivage sunnite/chiite.
- Enfin, l’exacerbation du communautarisme, phénomène d’ailleurs mondial. Dans l’ensemble, les événements de Syrie semblent confirmer ces phénomènes antinomiques car a la fois centripètes et centrifuges à quelques nuances près.
S’agissant des chrétiens, leur inquiétude ne peut qu’être ravivée par le sort de leurs coreligionnaires en Irak et celui que risquent de subir ceux de Syrie. Cette inquiétude est nourrie par la prise de conscience de la montée d’un intégrisme sunnite radical jugé plus dangereux que l’intégrisme chiite et l’impuissance présumée de la majorité sunnite modérée à le contrer. D’où une moindre animosité envers le Hezbollah de la part de ses opposants les plus farouches et, même si on peut le déplorer, un regain de pertinence aux yeux de certains chrétiens de la thèse de l’alliance des minorités implicitement prônée entre autres par le CPL. Ces changements d’attitude ne devraient pas remettre en question le ralliement de la majorité des maronites à l’arabité du Liban, malgré le sentiment plus ou moins répandu parmi eux d’avoir une identité spécifique par rapport à leur environnement arabo-musulman. Sentiment fondé sur quatre paramètres : d’abord évidemment la différence de religion. Ensuite, une certaine lecture de l’histoire de la Montagne libanaise qui, de l’émirat à la moutassarrifya, aurait joui d’une autonomie relative au sein de l’Empire ottoman, alors que le reste du Levant, notamment la Syrie, était gouvernée directement par la Porte. Argument qui ne saurait évidemment s’appliquer à la côte, qui relevait des vilayets de Tripoli et de Saïda, puis de Beyrouth. Puis le « phénicanisme », idéologie faisant remonter l’origine mythique du Liban à la Phénicie en dépit de l’extinction de sa civilisation et de son hellénisation partielle au IVe siècle avant Jésus-Christ ; et surtout de treize siècles d’arabisation. Enfin, le pluralisme culturel libanais, et en particulier sa dimension francophone qui ferait sa spécificité par rapport à son environnement selon la thèse défendue par le père Abou.
Si les musulmans libanais n’ont évidemment pas la même perception de l’histoire et de l’identité du Liban, la tragique guerre civile que connaît la Syrie ne peut que renforcer leur attachement à l’entité libanaise et achever de couper le lien ombilical les liant à cette dernière. Bien que ce facteur de cohésion soit contrebalancé par les crispations identitaires que toutes les communautés libanaises ont désormais plus que jamais en partage, il y a peu de risque que cela remette en question l’intégrité du pays au vu des dures leçons de la guerre de quinze ans. En revanche, le rêve de déconfessionnalisation politique et de laïcité que d’aucuns pouvaient encore caresser apparaît de plus en plus utopique, même si le projet de loi orthodoxe n’est pas adopté. Comme si, au contraire, le salut du pays dépendait d’une consécration et d’un renforcement du confessionnalisme politique.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef
Analyse réaliste et objective!..." Sans adhérer à la thèse du complot sioniste de partition de la région"..., mais force est de constater que le cheminement vers la réalisation de cet objectif est inéluctablement en marche depuis 1948, et qu'il n'existe pas en fait beaucoup d'autres bénéficiaires de ses changements en voie de réalisation et d'institutionalisation, que l'Etat d'Israel et naturellement les intérêts géostratégiques des grands décideurs internationaux.
09 h 24, le 17 avril 2013