L’impact d’un des obus tombés dans le village frontalier de Qasr. Photo Wissam Ismaïl
Retour à la case départ... Après les élections législatives de 2009, qui s’étaient soldées par une nette victoire de la coalition du 14 Mars – laquelle avait remporté une majorité confortable de 71 députés – le Hezbollah et ses alliés locaux avaient mené campagne, tambour battant, pour la formation d’un gouvernement d’union nationale, mettant l’accent, comme un leitmotiv, sur le fait que le Liban ne pouvait être gouverné que sur une base consensuelle. Le leitmotiv avait toutefois été placé aux oubliettes au lendemain du coup de force mené manu militari en janvier 2011 par le Hezbollah qui avait, sous l’effet de l’intimidation et des menaces miliciennes, effacé d’un coup de main les résultats du scrutin de 2009 en renversant la majorité parlementaire. Le Hezbollah n’avait eu alors aucun scrupule à imposer un gouvernement contrôlé dans une large mesure par le 8 Mars, excluant le 14 Mars et la faction représentative de la rue sunnite et « oubliant » ainsi que deux ans plus tôt il soulignait lui-même que le pays ne pouvait être gouverné que sur une base consensuelle. Aujourd’hui, nous retournons à la situation ante, de l’été 2009. Le Hezbollah, n’étant plus majoritaire, reprend sa rengaine du départ, insistant pour un cabinet « d’union nationale » et remettant sur le tapis le slogan du consensus « car la conjoncture présente impose » la présence d’un gouvernement largement représentatif. Et tant pis pour la cohérence ...
Cette position a été communiquée samedi au Premier ministre désigné Tammam Salam lors d’une réunion impromptue tenue à Mousseitbé avec une délégation du 8 Mars comprenant les ministres sortants Ali Hassan Khalil et Gebran Bassil, le député Hagop Pakradounian, l’ancien ministre Youssef Saadé (Marada), et Hussein Khalil, conseiller politique du secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah. Cette réunion n’a pas été médiatisée et aucun communiqué et aucune déclaration n’ont été rendus publics au terme de l’entrevue. Les sources proches de M. Salam se sont contentées de souligner que chacune des deux parties a exposé son point de vue concernant la forme et la mission du nouveau gouvernement, mais la discussion n’a nullement porté sur les noms des ministrables ou la répartition des portefeuilles.
Quant aux médias du 8 Mars, ils ont rapporté que la réunion n’a pas été particulièrement positive, la délégation de la majorité sortante ayant insisté sur la nécessité de former un cabinet largement représentatif de toutes les parties politiques, alors que M. Salam pencherait plutôt pour un gouvernement relativement restreint et homogène, ne comprenant pas des ministres « partisans » ou des ministres « trop impliqués dans la vie politique », comme il l’a indiqué lui-même au ministre autrichien des Affaires étrangères lors de l’entretien qu’il a eu avec lui durant le week-end.
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Le chef du bloc parlementaire du Hezbollah, Mohammad Raad, a annoncé clairement la couleur sur ce plan dans un discours prononcé hier, réitérant, comme il le faisait régulièrement au lendemain des élections de 2009, que la conjoncture présente impose la formation d’un cabinet consensuel d’union nationale. « À l’ombre des secousses qui se produisent dans la région, a-t-il notamment déclaré, le pays a besoin, plus particulièrement dans l’étape actuelle, d’un gouvernement politique, par excellence. Il n’a pas besoin d’un gouvernement qui regrouperait des personnes qui seraient peut-être respectables au niveau de leur activité professionnelle. La représentation au sein de ce gouvernement doit revêtir un caractère politique aboutissant à un équilibre qui assurerait la stabilité dans le pays ». Cette allusion à la « stabilité » que garantirait un cabinet d’union rejoint les propos que tenait ce même Mohammad Raad à l’issue du scrutin de 2009, lorsqu’il ne cessait de répéter que la « paix civile » serait menacée dans le pays si un gouvernement regroupant toutes les factions n’était pas mis sur pied.
Expliquant encore davantage sa pensée, lors du discours d’hier, M. Raad a ajouté, pour lever sans doute toute équivoque : « Ce gouvernement (de M. Salam) doit comprendre toutes les parties, conformément à leur poids politique. Il serait totalement inopportun de se cacher derrière les technocrates, les indépendants et les neutres. » Reflétant, en outre, d’une manière à peine voilée l’amertume que le Hezbollah a du mal à cacher après la désignation du candidat du 14 Mars à la tête du gouvernement, M. Raad a ajouté : « Le Premier ministre a une dimension politique et de ce fait nul n’a le droit de s’opposer à la nomination de ministres politiques » (entendre partisans). Et relançant indirectement, par ailleurs, le débat sur les prérogatives du chef du gouvernement, le député hezbollahi a lancé : « Le Premier ministre ne peut pas imposer ses options politiques à tout le peuple libanais. »
Le vice-président du conseil exécutif du Hezbollah, cheikh Nabil Kaouk, a abondé dans le même sens au cours d’une cérémonie organisée hier dans la localité de Chakra, au Liban-Sud, en mémoire d’un milicien du Hezbollah, Hamzé Ibrahim Ghamlouch, « tombé en martyr il y a une semaine », comme l’a indiqué une source du Hezbollah (sans préciser où il était tombé en martyr et dans quelles circonstances). « Le Liban est fondé sur l’entente au niveau de la formation des gouvernements », a affirmé cheikh Kaouk qui a souligné la nécessité, dans ce cadre, de « mobiliser toutes les potentialités sur le plan interne afin de faire face aux menaces israéliennes ».
Cette offensive politique lancée par le Hezbollah a suscité une réaction de la part du ministre joumblattiste Waël Bou Faour qui a pressé le Hezbollah de « juguler » ses « appétits » politiques. Un conseil qui tombe sans doute fort à propos lorsque l’on sait que durant sa réunion de samedi avec M. Salam, le 8 Mars a souligné sans ambages qu’il représente « 45 pour cent du Parlement » et que par voie de conséquence, il devrait obtenir 45 pour cent des portefeuilles ministériels ... Une façon comme une autre de tenter de torpiller la mission du Premier ministre désigné. Car, après tout, le Hezbollah et ses alliés ne sont plus majoritaires, ce qui justifie, à leurs yeux, le retour au leitmotiv du « consensus » pour gérer – ou plutôt, ne pas gérer – le pays...
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