Un set de missiles Patriot a été déployé par l’armée sud-corénne près de Séoul. Kim Ju-sung/Yonhap/Reuters
La Corée du Nord tenait hier le monde en alerte avant un possible tir d’essai de missile en célébrant, en pleine tourmente sur la péninsule coréenne, ses dirigeants défunts ou vivants, hérauts de la croisade antiaméricaine du régime communiste.
Les États-Unis et la Corée du Sud ont sommé la Corée du Nord d’arrêter de « jouer avec le feu » et de renoncer au tir de missile qu’elle semble vouloir effectuer au mépris des sanctions internationales et au risque d’embraser la péninsule. « Avec sa rhétorique belliqueuse, la Corée du Nord joue avec le feu et n’aide pas à désamorcer une situation instable », a déclaré le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel, selon qui les États-Unis sont « prêts à faire face à toute éventualité ».
Les ministres des Affaires étrangères du G8, réunis à Londres, ont « condamné dans les termes les plus forts » l’attitude de la Corée du Nord et menacé de nouvelles sanctions le régime de Pyongyang en cas de nouveau test de missile. Dans un communiqué, les chefs de la diplomatie des huit grandes puissances ont ainsi « condamné l’évolution continuelle du programme d’armes nucléaires et de missiles balistiques » de la Corée du Nord, notamment l’enrichissement d’uranium. Les agissements de la Corée du Nord « constituent une violation directe des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU », ont-ils souligné.
Hier, les organes officiels de la propagande nord-coréenne ont toutefois observé une pause dans la litanie d’invectives et de menaces proférées quotidiennement depuis plusieurs semaines, pour chanter les louanges du dirigeant Kim Jong-un à l’occasion du premier anniversaire de son accession au pouvoir suprême. Troisième Kim du nom depuis la fondation du régime en 1948 par son grand-père Il-sung, Jong-un, qui a succédé à son père Jong-il à la mort de celui-ci en décembre 2011, a été nommé le 11 avril 2012 à la tête du parti du Travail, parti unique du pays auquel les 24 millions de Nord-Coréens doivent une allégeance absolue.
Le quotidien officiel du parti, le Rodong Shinmun, a exalté en Jong-un, « l’homme de conviction et de volonté numéro un », le créditant du succès du lancement en décembre d’une fusée et de l’essai nucléaire de février. « L’histoire n’a jamais vu un leader socialiste comme lui », affirme le journal.
La Corée du Nord s’apprête par ailleurs à commémorer en grande pompe lundi le 101e anniversaire de la naissance de Kim Il-sung, décédé en 1994, pour lequel des délégations étrangères ont commencé à affluer dans la capitale Pyongyang, assurent les médias officiels.
Depuis février 2012, la Corée du Nord a effectué deux tirs de fusée, considérés par les Occidentaux comme des essais déguisés de missiles balistiques, ainsi qu’un essai nucléaire qui lui a valu un nouveau train de sanctions à l’ONU. Pyongyang a également annoncé le redémarrage de ses activités nucléaires et positionné des missiles de moyenne portée sur sa côte est.
Ignorant les mises en garde de son voisin et allié chinois, Pyongyang a déployé sur sa côte orientale deux missiles Musudan, d’une portée théorique de 4 000 kilomètres, soit la capacité d’atteindre la Corée du Sud, le Japon et même l’île américaine de Guam, où des exercices d’urgence ont été menés hier dans la perspective d’une frappe nord-coréenne. L’éventuel tir de missile pourrait survenir autour du 15 avril, ou coïncider avec la visite à Séoul prévue aujourd’hui du secrétaire d’État américain John Kerry et du secrétaire général de l’OTAN Anders Fogh Rasmussen.
Selon une source gouvernementale sud-coréenne, Pyongyang pourrait tirer plusieurs projectiles, des mouvements de véhicules lanceurs transportant des Scud et des Rodong ayant en effet été détectés.
La Corée du Nord a déplacé ses missiles à maintes reprises ces derniers jours, dans le dessein de compliquer la tâche des services de renseignements étrangers et de « fatiguer » les agents chargés de la surveillance des rampes, a rapporté hier l’agence de presse sud-coréenne Yonhap. Une ou deux rampes de lancement du Musudan est orientée vers le ciel, ont indiqué des médias japonais citant un responsable du ministère nippon de la Défense, mais il pourrait là encore s’agir d’un leurre.
Dans ce contexte, un puissant radar militaire américain a été installé en mer afin de détecter tout tir éventuel de missile par la Corée du Nord, a affirmé un haut responsable de la Défense américaine. « Le SBX est en position », a déclaré cette source qui s’exprimait sous couvert d’anonymat.
Visiblement agacée par la réaction d’une partie de la communauté internationale qui a qualifié ses menaces de pure gesticulation, la Corée du Nord avait surenchéri mardi en parlant à nouveau d’une guerre « thermonucléaire » et en conseillant aux étrangers présents en Corée du Sud de quitter ce pays.
Enfin, l’organisation écologiste Greenpeace a demandé hier l’annulation de l’envoi au Japon de plutonium retraité à La Hague, dans le nord de la France, mettant notamment en avant les menaces que fait peser la crise coréenne sur ce transport.
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