Élections 2013. L’intérêt de la nation prime sur celui de la communauté. Dans un sursaut de lucidité, le peuple décide comme un seul homme de ne plus faire preuve de suivisme. Un matin, comme ça, il se réveille, et réalise que toutes ces années passées à jouer à l’expert-comptable n’ont rien amené de bon. Que finalement l’intérêt de chacun réside dans l’achèvement de l’intérêt commun. Que si on cible tous la même fille, la plus belle, la plus blonde, la plus appétissante, on est tous condamnés à être rejetés. Condamnés également à être rejetés par les perdants, qui refuseront le rôle de miettes. Nash avait raison.
On peut rêver.
Depuis 1943, et même 1926, depuis qu’on balbutie comme ensemble géographique, chaque communauté tente de marquer des points contre les autres. Et forcément, pour pouvoir garder la main dans cette négociation d’épicier (tous mes respects pour la profession), se développent des alliances avec qui veut bien écouter. Sans se rendre compte qu’on joue le jeu de celui qui veut bien s’allier. De celui qui veut bien servir ses intérêts à travers ce qui ressemble aux nôtres. Comme disait Coluche : « Mon type de fille ?
Celle qui veut bien... ». L’humour en moins.
Cette guerre est finie depuis plus de vingt ans sans que personne n’ait réussi à expliquer ce qui s’était passé. 150 000 tués plus tard, et nos gouvernements successifs ont réussi à nous garder dans cette peur de l’autre, dans une entente tacite qui les maintient au pouvoir. Et nous voilà donc, en 2013, des vies détruites, des villes en ruines, et une économie en chute libre. Nous voilà encore en train de sélectionner des Libanais pour des postes officiels, sur base de clientélisme confessionnel, au lieu de privilégier la performance. Des institutions publiques inutiles et inutilisables. Une justice qui manque d’indépendance même si elle est bien aveugle, dans le mauvais sens du terme. Une police qui n’est pas respectée. Un ministère de l’Éducation incapable de produire un cursus unique, ou de l’appliquer sur l’ensemble du territoire – et nos générations futures travaillent à élargir le fossé qui les sépare. Les politiciens blanchisseurs de cerveaux passent leurs journées à préparer leur temps d’antenne sur leurs chaînes personnelles, et entraînent la population dans des projets tordus de lois électorales orthodoxes, pour des proportionnels, ou des majoritaires. Le monde évolue tandis qu’on stagne dans un Moyen Âge culturel et technologique. Un tout-à-l’égout qui engloutit les finances publiques. À fonds perdus.
Comme une partie de chasse, comme une Coupe du monde, la saison est ouverte. Sauf que nos élus sont les chasseurs, et que nous restons les dindons de la farce, qu’est ce pays qui n’a jamais été nation. Et n’oubliez pas le guide!
Rabih NASSAR


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef