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Nos lecteurs ont la parole

La femme, catalyseur de démocratie

« Femmes, que je vous plains ! »
Diderot
La société libanaise ne rassemble pas des personnes éparses qui, ensemble, forment une même nation. Notre société est en fait le produit d’un brassage d’hommes et de femmes unis par des liens de parenté, de voisinage, d’amitié, de travail, de religion, de culture et surtout de citoyenneté...
C’est cet enchevêtrement d’intérêts communs qui nous a permis de survivre aux affres de la guerre des années durant. « Le Liban est singulier, parce qu’il est pluriel », disait le père Michel Hayek. Cette pluralité est notre richesse, notre fierté, notre priorité.
Il est quasi impossible de cloisonner notre pays en communautés étanches, assujetties à quelques leaders, occultant par le fait même toute individualité, toute autonomie, toute démocratie. Certains dirigeants, en effet, persistent à vouloir tailler des lois à la mesure de leurs ambitions, de leurs intérêts, de leur pérennité...
La société civile en a assez des pérégrinations d’une classe politique incompétente qui n’en finit pas de valser entre les chiffres pour l’élaboration tant attendue d’une loi électorale, 14 ou 8 Mars, loi de 1960, de 2000 ou de 2009, 13, 30, 50 ou 70 circonscriptions, loi proportionnelle pour 70 % des parlementaires et majoritaire pour les 30 % restants...
Les électeurs, dans tout ce labyrinthe numérique, auront-ils voix au chapitre ? Quel rôle leur réserve-t-on sinon celui de suivre, comme des moutons de Panurge, le clan qui leur a été prédestiné de par leur appartenance communautaire ou régionale à leur naissance et évidemment à leur insu ?
Et puis, pas un mot des femmes qui représentent en nombre plus de la moitié de la population et qui en constituent le fondement. Ces femmes sont la base de la cellule familiale dans laquelle se fait l’apprentissage de la vie en société et où se forme la personnalité du futur citoyen.
La femme en tant que mère a en effet pour mission de former les enfants, avant même leur scolarité, à devenir de bons citoyens, c’est-à-dire des personnes capables de vivre avec autrui et de contribuer de différentes manières au développement de la société.
L’égalité des sexes, l’acceptation de l’autre, la tolérance, la transparence, le respect de l’ordre établi, l’éducation civique, la culture de la paix, l’amour de la patrie... sont des concepts démocratiques à acquérir dans la cellule familiale dès le plus jeune âge à l’instar de la langue maternelle censée être acquise à l’aube de la vie. L’égalité des sexes pratiquée en famille est une condition essentielle à la réalisation de la démocratie au même titre que la séparation des pouvoirs et le suffrage universel.
Les droits politiques de voter et d’être élues, accordés aux Libanaises depuis soixante ans, resteront-ils à sens unique, nonobstant tout acquis à la femme méritante, équivalente, en valeur au moins, à une partie des meilleurs élus ?
Faut-il rester dans le statut quo en espérant que la misogynie politique reculera d’elle-même ?
Certainement pas. Il est impératif de se fixer des objectifs clairs en matière de représentation féminine. Pour le moment, seule l’adoption du système des quotas forcera l’inertie d’un système en désuétude.
Si le quota est détestable mais nécessaire, l’exclusion des femmes l’est encore davantage.
Le quota est une exception temporaire pour changer le système politique patriarcal actuel. C’est une mesure transitoire, car il faut que les femmes soient présentes au cœur de la vie politique et sociale, aussi bien au sein du gouvernement, que du Parlement, que des municipalités, que de l’administration publique ...
Le motif souvent invoqué pour justifier le rejet du quota et l’absence des femmes dans l’hémicycle se limite à l’argument infondé qu’il est difficile de trouver assez de femmes compétentes et expérimentées !...
Alors qu’à tous les niveaux intellectuels depuis l’école primaire jusqu’à l’université, aux professions libérales, à la magistrature, au journalisme et dans bien d’autres domaines, nombre de femmes ont prouvé leur égalité sinon leur supériorité par rapport à leurs collègues et à leurs concitoyens.
Pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses à présenter leur candidature ? se demandera-t-on. Doutent-elles de leurs capacités intellectuelles, sociales, de leur charisme ? A-t-on jamais entendu un homme, fût-il médiocre, douter de ses capacités ?
Sont-elles soutenues par les hommes de leur famille, de leur clan, de leur religion ? Sont-elles encouragées, propulsées par leur groupe politique, reconnues en tant que valeur méritoire à part entière ?
Sont-elles en mesure de financer une campagne si le pari est perdu d’avance ?
Les femmes sont tout simplement sceptiques face au système figé que rien ne peut ébranler et qui se réduit à quelques leaders, réfractaires aux femmes autant qu’aux nouveaux venus. C’est une bataille virulente entre hommes pour laisser à la femme la place qu’ils s’arrachent à corps perdu.
Ces chefs de file composent leurs listes électorales et désignent leurs candidats qui seront imposés plutôt qu’élus librement par le peuple.
L’avantage du quota est d’imposer un certain nombre de candidates de qualité qui, une fois élues, pourront ensemble au Parlement soutenir et faire aboutir les revendications légitimes des femmes réclamées depuis tant d’années telles que : la pénalisation de la violence domestique, l’abolition des lois pénales discriminatoires envers les femmes, le droit de la mère de transmettre sa nationalité libanaise à ses enfants, l’égalité des allocations familiales dans le code du travail et de la Sécurité sociale, l’égalité entre époux et vis-à-vis de leurs enfants dans le statut personnel, le mariage civil facultatif, la création d’un mécanisme spécifique pour appliquer la loi, déjà votée, relative à l’éducation primaire obligatoire et gratuite et bien d’autres...
L’alternance et le partage du pouvoir sont les conditions d’une vraie démocratie, plus ouverte aux initiatives des élus et des électeurs, plus accueillante aux femmes et aux jeunes, plus à l’écoute des doléances et des besoins des citoyens. Mais, dans notre pays, la politique est un combat sans merci, un engagement total et exclusif, un champ clos où s’affrontent les rivaux pour l’accession à un fief ou à la tête d’une communauté.
Enfin, l’inégalité des sexes signifie-t-elle que l’appartenance à un genre doit continuer à faire la loi dans les aspirations politiques et la promotion sociale à haut niveau ? Ou faut-il admettre, avec l’avènement de la nouvelle technologie, le triomphe de l’intellect sur les capacités physiques du genre humain, éliminant ainsi le fondement désuet de toute forme de discrimination à l’égard des femmes ?
C’est une question de mentalité, de culture politique, de reconnaissance de l’égalité des sexes et de l’opportunité des chances qu’il faut changer, renforcer et instituer pour accéder à un véritable État de droit !

Alia BERTI ZEIN
La société libanaise ne rassemble pas des personnes éparses qui, ensemble, forment une même nation. Notre société est en fait le produit d’un brassage d’hommes et de femmes unis par des liens de parenté, de voisinage, d’amitié, de travail, de religion, de culture et surtout de citoyenneté...C’est cet enchevêtrement d’intérêts communs qui nous a permis de survivre aux affres de la guerre des années durant. « Le Liban est singulier, parce qu’il est pluriel », disait le père Michel Hayek. Cette pluralité est notre richesse, notre fierté, notre priorité.Il est quasi impossible de cloisonner notre pays en communautés étanches, assujetties à quelques leaders, occultant par le fait même toute individualité, toute autonomie, toute démocratie. Certains dirigeants, en effet, persistent à vouloir tailler des...
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