L’ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher, qui a changé la face du Royaume-Uni, est morte hier à l’âge de 87 ans. Le décès de la « Dame de fer » a suscité une avalanche de réactions, allant des louanges aux critiques les plus vives. Leon Neal/AFP
L’ex-Premier ministre britannique Margaret Thatcher, qui a transfiguré mais aussi profondément divisé son pays entre 1979 et 1990, est morte hier à 87 ans. Celle que le monde entier appelait la « Dame de fer » pour son intransigeance pendant la guerre froide et sa dureté en politique est morte « paisiblement à la suite d’un accident vasculaire-cérébral » à l’hôtel Ritz où elle séjournait, selon son porte-parole. Ses funérailles seront organisées la semaine prochaine à la cathédrale St Paul à Londres, théâtre des grandes cérémonies du royaume, et les honneurs militaires lui seront rendus, avant une « crémation en privé », selon Downing Street. Première femme à avoir dirigé le Royaume-Uni et à s’être maintenue aussi longtemps au pouvoir au XXe siècle, Margaret Thatcher n’aura toutefois pas droit à des obsèques nationales, contrairement à son illustre prédécesseur Winston Churchill. Chaque fois qu’elle a été évoquée, la perspective d’un tel honneur a réveillé les passions.
Les drapeaux de nombreux édifices publics, dont Downing Street, ont été abaissés hier à mi-mât et le Parlement en vacances sera rappelé demain pour lui rendre hommage. La reine Élisabeth II – avec qui elle avait des relations difficiles, selon les historiens – s’est dit « attristée » dans un message public, tandis que quelques bouquets de fleurs ont été déposés devant sa maison. Les émissions spéciales consacrées à la trajectoire hors du commun de cette fille d’épicier devenue l’une des femmes les plus puissantes du monde se sont succédé toute la journée à la télévision. Les Britanniques ont pu revoir en boucle les images de cette femme de tête, déterminée jusqu’à l’obstination sous son impeccable permanente laquée et maintes fois caricaturée avec ses sempiternels chemisiers à lavallière, ses boucles d’oreilles en perle et son incontournable petit sac à main.
Réactions
Twitter est immédiatement entré en ébullition, charriant quantité d’hommages appuyés de responsables politiques. À commencer par celui du Premier ministre David Cameron, conservateur comme « Lady Thatcher », qui selon lui « n’a pas seulement dirigé » la Grande-Bretagne, mais « l’a sauvée ». Le chef du gouvernement a d’ailleurs écourté un déplacement sur le continent pour regagner Londres. Barack Obama a, pour sa part, estimé qu’avec le décès de Margaret Thatcher « les États-Unis perdent une vraie amie », référence à l’attachement de l’ancienne Premier ministre britannique à l’alliance américano-britannique : « Avec le décès de la baronne Margaret Thatcher, le monde perd l’un des grands avocats de la liberté et les États-Unis perdent une vraie amie. » Mikhaïl Gorbatchev, l’ex-président soviétique, qui a eu Mme Thatcher comme interlocutrice directe au moment de la fin de la guerre froide a, lui, déclaré : « Margaret Thatcher était une grande personnalité politique et une personne brillante. Elle restera dans nos mémoires et dans l’histoire. »
Lech Walesa, chef historique du syndicat polonais Solidarité et ancien président polonais, a estimé que « c’était une grande personnalité (...) qui a contribué à la chute du communisme en Pologne et en Europe de l’Est, avec (le président américain) Ronald Reagan, le pape Jean-Paul II et le syndicat Solidarité ».
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, a jugé qu’« on se souviendra d’elle pour à la fois ses contributions et ses réserves vis-à-vis de notre projet commun » d’Union européenne, tandis qu’Angela Merkel, la chancelière allemande, affirmait : « Premier ministre pendant de longues années, elle a marqué la Grande-Bretagne moderne comme peu l’ont fait, avant ou après elle. Elle a été un leader extraordinaire de notre époque. »
De même, Helmut Kohl, ancien chancelier allemand : « J’ai beaucoup apprécié Margaret Thatcher pour son amour de la liberté, son ouverture d’esprit incomparable, sa franchise et son style direct. » François Hollande, le président français, a assuré : « Tout au long de sa vie publique, avec des convictions conservatrices qu’elle assumait pleinement, elle fut soucieuse du rayonnement du Royaume-Uni et de la défense de ses intérêts. » Il a aussi salué son « impulsion décisive » pour la construction du tunnel sous la Manche.
Quant à Jacques Chirac, ancien président français : « Nous avions eu des désaccords dans le passé et nous les avions toujours assumés pleinement car ils étaient dictés par la conception qui étaient la nôtre des intérêts de nos peuples. Mais je dois ajouter que jamais ces divergences de vues n’ont empêché le respect entre nous. »
Henry Kissinger, ancien secrétaire d’État américain, a de son côté déclaré : « C’était une personnalité courageuse, une femme qui avait appris qu’un dirigeant doit avoir des convictions fortes parce que les gens n’ont aucun moyen de se décider par eux-mêmes à moins que leurs dirigeants ne leur donnent la direction à suivre. » Le président israélien Shimon Peres a affirmé : « Elle a été une amie véritable et dédiée à Israël, et nous a soutenus en périodes de crises et a utilisé son influence pour nous aider à faire la paix. »
Ne l’ayant pas connue, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a avancé : « Elle a été Premier ministre depuis bien longtemps avant que je n’ai pu la rencontrer officiellement. Mais j’ai vu le film “Iron Lady” et j’ai été très inspiré par sa façon de gouverner. »
Du côté de l’Assemblée législative de l’archipel des Malouines, rattaché au Royaume-Uni depuis 1833 et occupé par l’Argentine lors de la guerre des Malouines en 1982 : « On se souviendra toujours d’elle dans les îles pour sa détermination à envoyer une force navale pour nous libérer lors de l’invasion par l’Argentine en 1982 », a déclaré l’élu Mike Summer au nom de ses collègues.
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Rancœur
Mais la Toile s’est aussi fait l’écho de la rancœur de nombre de ses concitoyens, opposants, syndicalistes, responsables nord-irlandais ou victimes de sa politique, qui l’exécraient. « Je bois un verre en ce moment précis. C’est un jour merveilleux. Je suis ravi », a lancé David Hopper, responsable régional du syndicat des mineurs dans le nord-est de l’Angleterre, ajoutant : « Elle a décimé l’industrie, détruit nos communautés. » Toujours sur Twitter, le leader de la gauche radicale française Jean-Luc Mélenchon a noté : « Margaret Thatcher va découvrir en enfer ce qu’elle a fait aux mineurs. »
« Maggie », qui a exercé trois mandats entre 1979 et 1990, avait pris la tête du parti conservateur en 1975, puis celle du gouvernement quatre ans plus tard. Elle avait relancé l’économie du pays, considéré à son accession au pouvoir comme « l’homme malade de l’Europe ». Mais elle avait aussi mené des batailles homériques contre les syndicats, les mineurs en grève ou les prisonniers de l’IRA. Après plus d’une décennie passée au pouvoir, durant laquelle elle n’a pas hésité à envoyer une armada reprendre l’archipel des Malouines à l’Argentine, elle s’était progressivement éclipsée de la scène publique. Sa fille Carol avait révélé en 2008 que sa mère souffrait de démence sénile depuis sept ans. Affaiblie, Mme Thatcher ne s’exprimait plus en public depuis 2002, après avoir été victime de plusieurs attaques cérébrales. Récemment, le film La Dame de fer avec Meryl Streep avait relancé le débat sur l’héritage du thatchérisme.
Portrait
Margareth Thatcher, la baronne qui a changé la face du Royaume-Uni
Repère
Les grandes citations de Margaret Thatcher
Les principales dates de la vie de Margaret Thatcher

