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Nos lecteurs ont la parole

Où sont-ils, les esprits libres ?

Joy AZZI
Je ne me trouve pas suffisamment au point idéologiquement et même intellectuellement pour me présenter en commentatrice politique pertinente, fut-ce par le biais d’envolées lyriques ou de tirades humoristiques. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de voir le décor romanesque de la scène politique libanaise et les héros, acteurs qui jouent si mal leur rôle qu’ils finissent par se prendre à leur propre jeu, nous forcant à nous demander quelle histoire ils essaient de nous raconter.
À tous les indécis, neutres et autres apolitiques, qui allons-nous écouter? Cet enfileur de clichés que la société hypocrite compare à Rimbaud dès qu’il fait rimer amour avec toujours? Ou ce politique fonctionnant davantage à l’instinct qu’à la conviction idéologique, essayant tous les partis pour finir par soutenir le plus offrant? Du coup, ce dernier se retrouve dans le comité de soutien de tel ou tel affabulateur blindé d’oseille. Et le voilà donc à la tête du parti – la tête, pour le cerveau, le recrutement est toujours en cours. Ce parti qui est un véritable cocon culturel, étonnant rassemblement de tous les faux culs corrompus, médecins et autres chirurgiens au destin bouleversé par l’appel politique, une sorte de chant des sirènes qui l’adjure d’accomplir sa mission. Le lendemain, exclu du parti pour avoir serré la main de l’ennemi, il décide d’amadouer les opposants, s’attaquant directement au grand répertoire. C’est ainsi qu’on a pu l’applaudir pour son discours sur la souveraineté, variation entre poésie et grossièretés dont il partage l’affiche avec une dizaine d’autres postulants. Triomphe!
Il ferait mieux de se tenir à parler de ce qu’il connaît. Mais au Liban, on ne connaît rien, ce qui n’empêche pas de parler beaucoup.
Sur une note plus sérieuse, l’analyse politique aujourd’hui nous oblige à une certaine nuance car les données ont rendu le spectacle moins manichéen. En politique, on est moins dangereux quand on se retrouve étiqueté. Et c’est bien là le problème. Nous manquons d’esprits libres, de penseurs indépendants, d’âmes qui n’ont pas encore été vendues, échangées contre des promesses de pouvoir, de richesse et de gloire. Et l’on se retrouve pourtant à écouter un cheptel d’intellos domestiques qui ont fait de la scène politique et intellectuelle libanaise un véritable paysage abrutissant. À croire que la crise financière aurait entraîné une faillite morale. Et le redressement semble encore loin. Quand va-t-elle nous apparaître, cette lumière au bout du tunnel?

Joy AZZI
Je ne me trouve pas suffisamment au point idéologiquement et même intellectuellement pour me présenter en commentatrice politique pertinente, fut-ce par le biais d’envolées lyriques ou de tirades humoristiques. Et pourtant, on ne peut s’empêcher de voir le décor romanesque de la scène politique libanaise et les héros, acteurs qui jouent si mal leur rôle qu’ils finissent par se prendre à leur propre jeu, nous forcant à nous demander quelle histoire ils essaient de nous raconter.À tous les indécis, neutres et autres apolitiques, qui allons-nous écouter? Cet enfileur de clichés que la société hypocrite compare à Rimbaud dès qu’il fait rimer amour avec toujours? Ou ce politique fonctionnant davantage à l’instinct qu’à la conviction idéologique, essayant tous les partis pour finir par soutenir le plus...
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