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Moyen Orient et Monde - Reportage

Jour de mariage dans une brigade rebelle syrienne

Laïla et Assad étaient faits pour se rencontrer. Andrea Bernardi/AFP

« Nous n’avions rien en commun. Il n’y a qu’une chose qui nous réunissait : la révolution contre le régime. » Aujourd’hui, le combattant rebelle Assad el-Islam épouse Laïla, jeune militante syro-macédonienne, dans une base rebelle des montagnes turkmènes.


Lui est un ancien pâtissier, incarcéré à plusieurs reprises avant la révolution parce qu’il portait une longue barbe et avait organisé des manifestations contre les caricatures du Prophète dans la Syrie de Bachar el-Assad qui se voulait un modèle de laïcité. Elle, fille d’un Syrien et d’une Macédonienne, polyglotte et ancienne employée dans la publicité d’une grande entreprise syrienne, est née et a grandi en ex-Yougoslavie avant de découvrir la Syrie en 2001.
Devant le cheikh de leur brigade, ils se jurent fidélité en petit comité : deux témoins, le chef de la brigade qui tient le rôle du père de la mariée, et quelques combattants réunis sur le toit-terrasse de la base de leur unité qui surplombe une forêt. Dans cette zone montagneuse, l’écho renvoie par moments le son d’une explosion ou d’un tir. C’est le seul bruit qu’on entend ici, loin de l’agitation de la ville, dans cette région agricole balayée par des vents puissants.
« Si Dieu nous permet de rentrer à Lattaquié, nous organiserons une grande fête de mariage avec nos familles sur la place où nous avons tenu notre premier sit-in contre le régime » le 25 mars 2011, explique Assad el-Islam, spécialiste des pièces montées et qui sait déjà laquelle il concoctera pour cette fête. « Après tout ce que nous avons fait pour la révolution, c’est notre droit de faire la fête... Si Dieu nous prête vie », ajoute Laïla dont le large sourire éclaire les grands yeux bleus.


Le cheikh qui a célébré leur mariage, Moustapha Mohammad Saleh Dibo, foulard noir sur la tête et veste en cuir, se réjouit de cette union. « Le mariage, c’est la vie qui continue en dépit de l’oppression que subit notre peuple. C’est aussi une façon de s’opposer au régime », explique-t-il, alors qu’un combattant distribue des bonbons et des petits gâteaux, comme le veut la tradition.


Laïla et Assad étaient faits pour se rencontrer. Quand ils ont sympathisé au sein de la brigade Ezz Abd al-Salam, ils se sont raconté leurs aventures depuis le début de la révolution. « Nous étions dans la même manifestation à Lattaquié, nous avons même été incarcérés au même moment », se rappelle Assad el-Islam, un keffieh sur la tête et un pull Adidas en guise de tenue de mariage. Ils vivent désormais tous les deux au sein d’une unité rebelle dans le Jabal Turkmène, dans le nord de la province de Lattaquié. Assad, qui a prévu de retourner au front dès le lendemain de son mariage, et Laïla assurant l’intendance.


Dans sa petite chambre sur le toit de la maison où cette brigade a élu domicile, elle gère le stock d’armes et montre des caisses de roquettes, des kalachnikovs, des fusils Dragunov et même une mitrailleuse antichar. « Dans la brigade, tout le monde l’adore, dès que quelqu’un descend en ville, il lui ramène un petit cadeau », explique fièrement Assad.
Pourtant, les débuts n’ont pas été faciles pour cette jeune fille de 25 ans. « On a cherché à s’en débarrasser, on l’a fait marcher des heures dans la boue et la montagne, un énorme barda sur le dos, pour voir si elle tenait le coup », raconte en rigolant son époux. Et visiblement, Laïla a tenu bon. Pour elle, c’était important car « notre révolution, ce n’est pas la révolution des hommes, c’est celle de tous les Syriens, de tous ceux qui sont libres », affirme-t-elle, bonnet sur la tête et keffieh autour du cou. « J’ai commencé par être active dans les manifestations pacifiques, puis quand la révolution s’est armée, j’ai suivi le mouvement », raconte-t-elle, car « c’était un devoir ».

 

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