De nouveau, l’individu est réduit au niveau de sujet de sa confession, et les chefs des tribu confondent encore une fois les bricolages passagers entre eux avec le vivre-ensemble pacifique et égalitaire, et chaque 4 ans, c’est rebelote. Finalement, au vu de l’Irlande du Sud comme étant un pays de religion unique, cette loi va comme un gant à la loi dite « orthodoxe » pour ce qui est de l’essentiel : l’application d’une clause de principe fondamental de la Constitution, à savoir la parité, avec une proportionnelle à mi-chemin du vote majoritaire dans un découpage de petite et moyenne circonscription de la taille du caza, donnant lieu à une compétition à l’intérieur de chaque confession et permettant la formation de coalitions intercommunautaires cohérentes avec leurs bases. Par voie de conséquence, des majorités claires et stables se dégageront, menant à la formation de gouvernements du même acabit.
À l’évidence, une telle proposition ne recevra pas les faveurs des marchands d’opinion et entremetteurs de tous genres, car elle encourage l’individu à exercer son libre choix et permet l’éclosion des candidats vraiment indépendants car ayant des priorités plus conformes aux desiderata du public. Que ce soit lors de la formation du Sénat un jour ou le vote d’une loi dont le 1er tour serait une qualification par un électorat confessionnel et le vote unique transférable régirait le second tour, ou enfin son application directe au caza, avec sa restriction au vote confessionnel, ce système mixte par excellence, qui a fait amplement ses preuves, se présente comme un supplément nécessaire et suffisant par lui-même pour compléter le choix des dimensions autres que confessionnelles des candidats.
Pour une fois depuis 40 ans que nous sommes laissés à nous-mêmes pour décider de l’avenir, rappelons-nous ce grand homme d’État français, qui disait que la guerre était une entreprise trop importante pour être laissée aux seuls généraux, pour affirmer que la loi électorale est trop cruciale pour être laissée aux seuls législateurs. En effet, partout ailleurs où la société prend le bien-être de ses citoyens au sérieux, une approche multidisciplinaire est requise, où le sociologue et le psychologue, avec le mathématicien, le statisticien et l’économiste, l’anthropologue, etc., apportent chacun ce qu’il y a de mieux dans son domaine pour le bien commun. Il est évident qu’on ne peut pas prétendre être au siècle des Lumières, mais ce n’est pas parce qu’on a pris un pari risqué depuis un siècle en adoptant la Constitution de la IIIe République française, alors qu’elle rendait son dernier souffle, qu’il faut continuer a raccommoder.
Ayons le courage de faire table rase du passé récent et de revenir non pas 50 ans en arrière seulement, mais un siècle de plus s’il le faut, à condition de trouver la bonne direction pour résoudre nos problèmes, en prenant des raccourcis pour combler le retard accumulé... Laisser ce soin à des amateurs ou intrigants ne peut conduire qu’à des singeries stériles qui font de nos dirigeants la risée du monde et aboutissent toutes à la catastrophe. Mais accordons-leur quand même le mérite d’avoir finalement posé les bonnes questions.
En espérant que ce piment dit « catholique », car irlandais, donne à la loi dite « orthodoxe » le relent d’une loi dite « maronite », c’est-à-dire susceptible d’être permanente dans notre Constitution, je reste persuadé qu’à l’essai, cette loi contribuera grandement au développement durable de la société, tout comme elle a aidé l’Irlande à devenir le seul tigre, celtique cette fois-ci, du continent européen, avant la crise de 2008.
William M. SAADÉ
Ingénieur


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