Mise en place par un coup d’État « démocratique », cette équipe en principe d’une seule couleur politique s’est avérée recéler toutes les couleurs de l’arc-en-ciel : minée par ses contradictions, elle n’a pas pu gouverner, les ministres agissant chacun à sa guise dans son fief, de sorte que leur réunion en Conseil, le pouvoir exécutif suprême du pays, n’était que cacophonie et marchandages sordides.
Tout a commencé en janvier 2011 lorsqu’un ministre en principe acquis au président de la République retourne sa veste pour faire chuter le gouvernement Hariri. En plus, « on » le propulse pour services rendus à la tête de l’Université libanaise, qui n’a cessé depuis de pâtir de tensions politiques, communautaires et administratives. Pour asseoir sa position de recteur, les salaires des professeurs sont multipliés par trois, ce qui provoque la grogne des autres enseignants et fonctionnaires du secteur public. C’est alors que le gouvernement, dans une fuite en avant et une légèreté de vue sans précédent, approuve cette fameuse grille des salaires, véritable bombe à retardement qui risque de plomber les finances de l’État des années durant. Nos gouvernants finissent par réaliser leur bévue, tergiversent pendant des mois, mais finalement capitulent sous le poids d’une grève massive et implacable, en transmettant le cadeau empoisonné au Parlement.
Comment se sortir maintenant de ce legs désastreux ?
Si la grille des salaires est votée (comment faire autrement, lorsqu’on est député ?),
il faut trouver les ressources nécessaires pour la payer. Et c’est l’épée de Damoclès brandie sur nos têtes. Une augmentation des taxes (quelles que soient ces taxes) qui permette le financement de la grille serait tellement démesurée qu’elle plongerait l’économie, dont la croissance aujourd’hui est proche de zéro, dans une spirale déflationniste suicidaire : consommation en baisse, chômage en hausse, investissement en baisse, prix en hausse, un cycle infernal qui ne s’arrêterait pas.
Il ne reste qu’une seule solution, quasi impossible à réaliser avec la cassure politique ambiante. Mais il faut quand même la tenter, car le sauvetage du Liban est à ce prix : une croissance soutenue de l’économie à des taux au moins égaux à ceux réalisés en 2007-2008 (donc possibles), et ce pendant plusieurs années, avec en parallèle une bien meilleure collection des taxes aux taux actuels (y compris les biens maritimes), une bien meilleure gestion de l’EDL (afin d’en résorber le déficit) et des Télécoms (afin d’en augmenter les recettes et améliorer leur allocation), une gestion très stricte du port (afin d’imposer tout ce qui passe et d’arrêter tout ce qui ne doit pas passer), tout en étalant le paiement de la grille des salaires dans le temps.
Cette tâche difficile devra être confiée à un gouvernement stable et neutre, qui mettra les bouchées doubles sans entraves politiques, en commençant par organiser des élections législatives justes selon une loi électorale représentative.
Projet utopique ? Plutôt ambitieux je dirais. Être libanais, cela se mérite. Et c’est à ce moment crucial de la vie de notre pays que cela se prouve.
Nohad BAROUDI


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