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Nos lecteurs ont la parole

Le discours du président Sleiman à Doha

Hyam MALLAT
Le discours du président Michel Sleiman à Doha mérite d’être considéré à l’aune des bouleversements sur la scène proche-orientale.
Pourquoi ?
Parce que ce discours intervient au moment où, pour la première fois dans l’histoire de cette région de la Méditerranée orientale et jusqu’au Golfe, des pays en proie à des déstructurations ou à des restructurations sont confrontés de près ou de loin à des situations dramatiques sans avoir prise sur les solutions possibles ou réalisables.
Ainsi donc le conflit syrien a fait exploser la fragilité de la constitution des États issus du retrait ottoman de cette région, en 1918. Même l’Égypte n’échappe pas à cette déstabilisation. Certes, il est toujours permis d’espérer des solutions possibles, mais plus rien ne sera comme avant. Et la montée des haines, des peurs ancestrales, des revendications ne pourra qu’exacerber une tension explosive dans une région marquée par le réveil des peuples qui, tout en rejetant le despotisme, n’ont pas su acquérir la maîtrise de l’outil démocratique et qui ont dérapé dans une violence qui ne fait que croître, du nord au sud et à l’est de la région. Déstructuration (Irak) et éclatement des États (Syrie) en attendant les revendications (Kurdes), sans oublier le conflit israélo-arabe, éternellement présent et sans solution équitable : ce sont là des ingrédients explosifs auxquels s’ajoute un immense flot de réfugiés aujourd’hui syriens, hier irakiens et demain Dieu sait quoi vers des pays incapables à eux seuls d’accueillir, avec toute la bonne volonté possible, plus que leurs capacités.
Le discours du président Sleiman est au cœur et à l’intersection de ces paramètres politiques actuels et futurs car le Liban, de par son histoire et sa constitution humaine, est à la croisée des chemins. En effet, la politique n’est pas une aventure et le chef de l’État a rappelé la trame essentielle des exigences de comportement pour endiguer la montée des violences et baliser des solutions acceptables. Puisant dans une sagesse politique qui a fait la force du Liban à un moment de son histoire et en rappelant les exigences de la solidarité arabe, de la neutralité du Liban dans le conflit syrien, de la nécessité pour les parties libanaises de se hausser au niveau du rejet de l’égoïsme politique, de l’exigence de parvenir à une solution dans un conflit où les réfugiés témoignent de la violence et des haines, il a balisé le chemin d’une politique que les Libanais devraient bien considérer pour éviter de retomber dans les malheurs dus à leur propre égoïsme et alors que personne n’est prêt pour le moment à leur accorder la moindre attention.
Plus encore, le discours du président Sleiman intervient dans une conjoncture économique et sociale libanaise et proche-orientale extrêmement critique. Les crises financières de Chypre et de Grèce, le ralentissement de l’entrepreneuriat sont autant de signaux d’alarme qu’il est bon de garder présents à l’esprit pour que la société libanaise puisse continuer à produire et à payer les salaires et les traitements en conservant leur valeur réelle. La politique assimile les exigences de l’économie. Et il est utile de rappeler que les revendications effrénées de ces derniers mois risquent de conduire à des salaires hors productivité. Ainsi, la sagesse politique requiert bien de garder présent à l’esprit que les dérapages de toute nature exigent de gérer l’avenir avec précaution.
Montesquieu écrivait déjà : « Lorsque dans un pays il vaut mieux faire sa cour que faire son devoir, alors tout est perdu. » Il est temps pour chaque Libanais de faire son devoir. Et il était utile de rappeler que les termes du discours du président Sleiman à Doha sont un appel au devoir à tous dans une région profondément ravagée depuis tant de décennies.

Hyam MALLAT
Avocat et professeur
Ancien président du conseil d’administration de la Caisse nationale de Sécurité sociale et des Archives nationales
Le discours du président Michel Sleiman à Doha mérite d’être considéré à l’aune des bouleversements sur la scène proche-orientale.Pourquoi ? Parce que ce discours intervient au moment où, pour la première fois dans l’histoire de cette région de la Méditerranée orientale et jusqu’au Golfe, des pays en proie à des déstructurations ou à des restructurations sont confrontés de près ou de loin à des situations dramatiques sans avoir prise sur les solutions possibles ou réalisables.Ainsi donc le conflit syrien a fait exploser la fragilité de la constitution des États issus du retrait ottoman de cette région, en 1918. Même l’Égypte n’échappe pas à cette déstabilisation. Certes, il est toujours permis d’espérer des solutions possibles, mais plus rien ne sera comme avant. Et la montée des haines, des...
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