Bien sûr, comme toute chose en ce bas monde, la voie n’est jamais ni rectiligne ni aisée. Il y a eu, il y a encore des hauts et des bas. C’est inscrit dans la nature humaine. Mais l’élan est pris et ne s’arrêtera pas.
Il est saisissant de réaliser combien, après le passage de Jean-Paul II, l’Église a enregistré secousses et échos malvenus pour celui qui devait assumer, avec infiniment de bonne volonté, la continuité du travail que le défunt pape avait inauguré.
Les voies du Seigneur ne sont pas aussi impénétrables que le prétend le dicton. Vint ainsi un moment où, volontairement, avec une humilité qui lui fait honneur et qui fait déjà date, ce dernier aura cédé ladite responsabilité à un être, espérons-le, providentiel. Dont les qualités premières sont la modestie et la proximité avec les classes les moins favorisées. Le pape des pauvres, comme on l’appelle !
François, au prénom prédestiné, choisi avec tact et précision, ne porte qu’une croix de fer sur son désormais auguste poitrine... Réjouissons-nous ! Le pasteur commence à ressembler à son divin maître.
À partir de là, tous les espoirs nous seront permis.
À ce propos, je ne puis passer sous silence un fait divers glané l’autre jour dans la presse et relatant une manifestation apparentée aux mondanités, qui s’est déroulée en plusieurs étapes dans la ville de Londres.
Il s’agit, pour ceux qui n’ont pas eu l’occasion de le lire, d’un meeting populaire qui n’est ni politique ni religieux. Mais qui exprime tout bonnement un besoin fondamental, semble-t-il, au niveau de l’individu : celui la communication et de la solidarité entre les hommes, l’ouverture à l’autre dans le langage chrétien.
La foule est haranguée, parait-il, par des laïcs qui ne prononcent pas une seule fois le nom de Dieu. Ils ne parlent que de l’humain envers l’humain. Et, forcément, touchent à la morale, à la créativité et à l’amour. Ce qui a fait dire au religieux chargé de la paroisse voisine et venu se joindre aux assistants par curiosité non dépourvue d’appréhension, que les paroles entendues là auraient eu tout aussi bien leur place dans sa propre église. Parce qu’on s’y référait à l’homme, créature spiritualisée, c’est-à-dire pourvue d’esprit. Qu’on y encourageait le bien et le bon. Qu’on y prônait la fraternité entre tous. Autrement dit, l’amour appliqué, comme on parlerait d’un art appliqué.
Oublierons-nous que tout cela reste à la base même de la doctrine chrétienne ? Et, sans les mentionner, inclut la notion de rédemption, de résurrection des âmes, de spiritualisation de la matière en tant que marche inéluctable vers le bouclage du mystère de la création ?
Les mécréants le proclamaient sans y accoler un nom. Mais « celui qui est » n’a pas, par définition, à s’en faire...
Signe donc des temps qui changent ! Les vrais passionnés du Christ peuvent-ils dorénavant donner libre cours à leurs rêves les plus fous ? Peuvent-ils espérer du nouveau pape un Vatican III, donnant aux laïcs de bonne volonté la possibilité de seconder, voire de relayer publiquement les religieux ? Bouleversera-t-on bientôt les méthodes usées d’un enseignement dogmatique devenu obsolète au regard de millions de chrétiens sincères et désorientés ? Réunifiera-t-on enfin en une seule église universelle toutes les communautés chrétiennes avec leurs nuances et leurs spécificités ? Marchera-t-on, au sens propre du terme, dans les pas de Jésus de Nazareth ?
Autant de questions poignantes, impatientes, que se posent tous ceux qui se sentent navrés devant ce constat de la déchristianisation du monde civilisé. Lequel ne peut admettre ni propos nébuleux ni légendes...
Mais qui a bien le droit de rendre hommage à sa propre conscience en lui reconnaissant la possibilité de croire, lucidement, profondément et humblement, que la création voulue par le maître de l’univers est bien le « produit conjoint » du patron et de l’élève, de l’esprit et de la chair, unis d’avance dans la merveilleuse symbiose de l’inimaginable pari sur un au-delà : la Parousie !
Louis INGEA


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