Dans sa première homélie, où il s’adresse à ses contemporains vivant aux quatre coins du globe, il envoie plusieurs messages et parle de responsabilité et de solidarité, d’humanité et de dignité, de paix et d’espérance. Le titre général qu’il pose d’emblée et sans détour concerne l’essence existentielle de l’humanité et les moyens de sa perduration au travers du devoir de chacun d’assumer son rôle de « gardien de la création » : « La vocation de garder, cependant, ne nous concerne pas seulement, nous les chrétiens, elle a une dimension qui précède et qui est simplement humaine, elle concerne tout le monde. C’est le fait de garder la création toute entière, la beauté de la création, comme il nous est dit dans le Livre de la Genèse et comme l’a montré saint François d’Assise : c’est le fait d’avoir du respect pour toute créature de Dieu et pour l’environnement dans lequel nous vivons. » Conscient de ce lourd fardeau, il s’est adressé directement aux hommes et aux femmes de bonne volonté qui ont des rôles de responsabilité dans les domaines économique, politique ou social, et les a supplié d’agir en véritables « gardiens » de la création, pour éviter que la destruction et la mort n’accompagnent la marche de notre monde.
Revenant à la triste réalité des peuples du globe, le pape dit : « Devant tant de traits de ciel gris, nous avons besoin de voir la lumière de l’espérance et de donner nous-mêmes espérance (...). Saint Paul parlant d’Abraham n’avait-il pas écrit que ce dernier “espérant contre toute espérance, a cru”?»
En quelques pages courtes et concises, le pape est rentré dans le cœur des croyants par sa simplicité, sa proximité des gens, son détachement des choses matérielles et sa connaissance profonde des problèmes qui minent et secouent l’existence des peuples et des hommes. Il l’a exprimé avec beaucoup d’élégance, de diplomatie et de fermeté, et n’a pas hésité à s’attaquer dès les premiers instants de son pontificat à tous les destructeurs de la nature, au sens propre et figuré, devenant ainsi le premier pape « écologique », nonobstant son prochain programme d’actualisation et de modernisation de la chrétienté.
Les chrétiens du Liban, qui ont été particulièrement sensibles à l’élection du pape François du fait des liens d’amitié existant entre lui et la paroisse maronite de Buenos Aires dirigée par Mgr Merhi, et de la vénération particulière qu’il voue à Mar Charbel, devraient bien réfléchir au contenu de cette homélie. Ils devraient avant tout rester unis et solidaires entre eux pour veiller à être les « gardiens de la maison ». C’est aussi en sachant écouter et lire avec réalisme les événements, en étant attentifs à ce qui les entoure, qu’ils sauront prendre les décisions les plus sages et les plus adéquates pour assurer la paix intérieure, la concorde entre tous les partenaires au sein de la nation, la défense des valeurs de la République et le maintien de notre entité nationale loin des tiraillements intérieurs et des pressions extérieures qu’elle subit en permanence.
Salim F. DAHDAH

