Les unes du « Nahar » et du « Safir » en date du 14 avril 1975 et les Post-it contenant les impressions des jeunes d’aujourd’hui.
Alors que se déroule actuellement le colloque sur le dialogue des cultures au Moyen-Orient, une exposition intitulée « Écriture de l’histoire de la guerre du Liban » tente de rouvrir le débat d’une façon originale. Entretien avec Lyna Comaty, chercheuse au Cemam – USJ et créatrice de l’exposition.
Q. Comment se déroule l’exposition ?
R. Le public peut observer des photos qui retracent la mémoire de la guerre. Nous avons sélectionné 26 dates-clés de la guerre, à savoir le début, les accords, etc. Le but étant d’y associer à chaque fois la une des journaux as-Safir et an-Nahar. Objectif : rouvrir le débat d’une façon originale et nouvelle.
Nous avons ensuite demandé à des jeunes ou moins jeunes de déambuler dans l’exposition et de participer de façon ludique en laissant des mots sur Post-it de leurs impressions, leurs sentiments sur ces événements. Les panneaux sont ainsi devenus des lieux d’échange, de dialogue.
Pourquoi avoir choisi le « Safir » et le « Nahar » ?
Les deux sont représentatifs des deux visions qui se sont opposées durant la guerre. L’un, le Safir, étant de gauche et donc propalestinien quand l’autre, le Nahar, est plutôt réputé au centre droit et proche des Phalanges.
Quel est le but de l’exposition ?
L’essentiel n’est pas de réécrire l’histoire, mais d’adhérer à une méthode sans parti pris en confrontant les deux conceptions. Cette méthode a permis de ressortir quatre catégories de personnes : trois sont antiviolence et la dernière est très politisée, a sa version des faits et ne veut pas y déroger.
Y a-t-il une certaine rancœur chez ces personnes qui n’ont pas vraiment connu la guerre ?
Il y a des personnes qui ne sont pas capables d’en parler. Je pense que cela est essentiellement dû au fait qu’elles n’ont jamais échangé avec un autre qui a une vision divergente de la leur. C’est ce que l’on veut amener ici, un début de travail qui incite à l’échange. Les jeunes vivent l’après-guerre comme si elle était toujours là alors qu’ils ne savent pas vraiment ce que c’est.
Les jeunes réussissent-ils à dépasser leurs clivages religieux ?
Absolument. Il n’y a que des commentaires pacifiques, antiviolence, et aucun n’a un aspect religieux. Mis à part un seul, mais la personne en question était très jeune.
Les échanges n’ont-ils pas été trop vifs ?
On se posait des questions. On pensait que les échanges allaient se transformer en discussions partisanes, mais au final, rien de tout cela n’est arrivé. Des jeunes de différents partis politiques ont également pu échanger sur leur vision des choses. Après, cela n’a duré que trois jours.
Les jeunes ont-ils cette soif de dialogue ?
Les jeunes sont en marge du système politique. Ils ne croient plus trop en l’État et ne veulent pas se sentir concernés par les tensions qui existent dans le pays. Ils sont très fatalistes et c’est un gros problème.
A. B. L.
Pour mémoire


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