La mosquée damascène al-Imane où cheikh Mohammad Saïd al-Bouti (en médaillon) a été tué hier avec 41 fidèles par un attentat-suicide. HO/AFP
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a annoncé hier à la presse que l’ONU allait ouvrir une enquête sur l’utilisation possible d’armes chimiques en Syrie. M. Ban a précisé que cette enquête, répondant à une demande officielle de Damas, sera lancée « dès que possible en pratique » et portera sur « l’incident spécifique que m’a signalé le gouvernement syrien ». Celui-ci accuse l’opposition d’avoir eu recours aux armes chimiques mardi à Khan al-Assal, près d’Alep. « Je suis au courant qu’il y a d’autres accusations portant sur des cas similaires », a cependant noté M. Ban. Selon l’opposition en effet, c’est le régime qui a employé des armes chimiques à Khan al-Assal, ainsi qu’à Atayba, à l’est de Damas. M. Ban a réclamé pour son enquête « la pleine coopération de toutes les parties », y compris un « accès sans entraves » au territoire syrien. L’enquête sera préparée en coopération avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques.
Paris et Londres demandent de leur côté une enquête qui porterait sur « toutes les allégations ». Le porte-parole de l’ONU Martin Nesirky a donc laissé ouverte la possibilité que l’enquête soit étendue aux accusations de l’opposition contre le pouvoir, comme le souhaitent Londres et Paris. La demande franco-britannique, transmise hier matin à M. Ban, l’invite également à mener cette enquête « aussi rapidement que possible ». La lettre fait référence aux cas suspects de Khan al-Assal et Atayba, et signale aussi des « accusations d’utilisation d’armes chimiques à Homs le 23 décembre 2012 ». Cette initiative franco-britannique a d’ailleurs provoqué des tensions mercredi avec la Russie. L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine, qui préside le Conseil de sécurité en mars, a insisté pour que seules les accusations portées contre l’opposition fassent l’objet d’une enquête. Après l’annonce de M. Ban, M. Tchourkine s’est déclaré « satisfait ». « C’est une décision courageuse et très bonne », a estimé le diplomate russe.
L’ambassadrice américaine Susan Rice a pour sa part déclaré « soutenir une enquête sur toutes les accusations crédibles, sans exception ». Elle a prévenu Damas « qu’il y aura des conséquences si (le président syrien) Bachar el-Assad et ceux sous son commandement ont commis l’erreur d’utiliser des armes chimiques ou n’ont pas respecté leur obligation » de les garder dans un endroit sûr.
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À Dublin
En attendant le début d’une enquête onusienne, le débat s’annonce animé entre les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, réunis aujourd’hui et demain à Dublin pour examiner l’épineuse question de la livraison d’armes aux opposants syriens, prônée par Londres et Paris malgré la réticence des autres capitales de l’UE. Quels armements envoyer ?
À qui et comment ? Dans quelles quantités ? Quelles en seraient les conséquences sur l’évolution du conflit ? Comment s’assurer qu’ils ne tombent pas aux mains des jihadistes ? Les questions au menu des discussions sont nombreuses et complexes. À Dublin, les ministres n’auront toutefois pas à prendre de décisions car leur réunion, prévue de longue date, est « informelle ». Mais l’objectif est « d’élaborer une position commune », comme l’avait indiqué le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, à l’issue du dernier sommet des 27.
Au niveau politique, une dirigeante de l’opposition, Souheir Atassi, a annoncé hier son retour à la Coalition nationale syrienne, après avoir suspendu sa participation la veille, au lendemain de l’élection d’un Premier ministre intérimaire Ghassan Hitto pour les territoires syriens aux mains de la rébellion. « La raison principale qui a conduit à geler ma participation est la défaillance du travail organisationnel et le manque de professionnalisme face à la grande révolution syrienne », a écrit hier à l’aube Mme Atassi, sur sa page Facebook. « J’ai annulé ma décision (...), j’annonce que je reprends toutes mes responsabilités, (...) après des discussions sérieuses et approfondies évoquant un changement important que je réclamais », ajoute Souheir Atassi qui a exprimé son appui à la formation d’un gouvernement intérimaire, « un des moyens institutionnels pour servir la révolution », selon elle.
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Une attentat fait plus de 40 morts
Sur le terrain, le plus célèbre dignitaire religieux sunnite prorégime Mohammad Saïd al-Bouti a été tué hier à Damas, lorsqu’un kamikaze a actionné sa ceinture d’explosifs lors d’un cours religieux à la mosquée al-Imane dans le quartier de Mazraa, tuant cheikh Mohammad Saïd al-Bouti, ont précisé une ONG et les médias officiels. Une quarantaine d’autres personnes ont été tuées, dont le petit-fils du dignitaire, et des dizaines blessées, a précisé l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). L’attentat n’a pas été revendiqué mais son mode opératoire rappelle celui du réseau extrémiste el-Qaëda. Le chef de la Coalition des partis de l’opposition Ahmad Moaz el-Khatib a vivement condamné l’attentat. « Quiconque a fait cela est un criminel à tout point de vue. Et nous soupçonnons le régime », a-t-il affirmé, accusant ce dernier d’avoir tué il y a quelques jours un autre cheikh, Riad al-Saad. M. Khatib, lui-même un dignitaire religieux, a ajouté qu’il connaissait M. Bouti, célèbre et estimé pour son érudition en matière de théologie islamiste, même s’il n’était pas d’accord avec son choix de soutenir vigoureusement M. Assad.
Avancée des rebelles dans le Golan
Entre-temps, dans le Sud syrien, les rebelles ont progressé dans la partie du plateau du Golan non occupée par Israël. « Ils ont lancé des attaques coordonnées dans plusieurs secteurs du Golan, prenant le contrôle de localités dans la province de Koneitra », a déclaré le directeur de l’OSDH, Rami Abdel Rahmane. Dans la province de Deraa, soumise à des raids de l’aviation du régime, des accrochages violents se déroulaient dans plusieurs régions et les rebelles « se sont emparés du bâtiment du Club des officiers », a précisé l’ONG. À Deraa même, les rebelles livraient des combats sans merci pour tenter de reprendre aux forces gouvernementales la mosquée Omari, point de départ, en mars 2011, des manifestations de Deraa. Selon une source des services de sécurité syriens, près de 2 500 rebelles, entraînés et lourdement équipés, sont entrés dans Deraa ces dernières semaines. À travers le pays, les violences ont tué 120 personnes au moins, selon un bilan provisoire de l’OSDH.
Chrétiens d’Alep
Par ailleurs, Mgr Antoine Audo, évêque syrien d’Alep, et qui se trouve à Rome en tant que responsable de Caritas-Syrie pour une réunion des organismes régionaux de secours catholiques, a fait état de sa situation « douloureuse » de ne plus pouvoir être avec ses fidèles. « Il y a un mois et dix jours à Alep, deux jeunes prêtres ont été enlevés. Des rançons de 150 000 dollars ont été demandées », a-t-il également confié.
Le prélat a également parlé d’une « inquiétude sous-jacente » ayant conduit au départ de 20 000 à 30 000 chrétiens sur les 160 000 que comptait Alep au début du conflit. L’évêque a évoqué les trois types de déplacés : il y a d’abord ceux à l’intérieur de la Syrie, par exemple ceux qui vont de la périphérie de Damas vers le centre-ville. La deuxième catégorie compte ceux qui, majoritaires, partent au Liban, « pays chrétien » avec lequel les liens sont « historiques ». Une troisième catégorie part vers le Canada ou les États-Unis.
Pour mémoire

