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Nos lecteurs ont la parole

Grand corps malade

Ralph NEHMÉ
En guise de clin d’œil à la tendance anthropomorphiste de décrire les phénomènes économiques, il est tentant de décrire l’économie mondiale comme étant un grand corps malade. Car un temps animée par des injections de liquidités dites mesures d’assouplissements quantitatifs, un autre temps bousculée par des manipulations des cours sur le marché des devises se concluant par un jeu à somme nulle, l’économie mondiale carbure à deux vitesses. Un fonctionnement bicéphale au sein duquel chacun tente de se frayer une place dans cette course folle de la mondialisation. Hélas, les réflexes protectionnistes ainsi que les mesures de réglementations tardives n’y changeront pas grand-chose sur le court terme. Le clivage entre pays développés et ceux dits émergents se creuse, tout comme la disparité entre les classes sociales favorisées et celles défavorisées. Et pour preuve, selon le dernier classement annuel 2013 des milliardaires du magazine Forbes, le nombre de milliardaires a crû de 17 % sur l’année 2012, avec en toile de fond un phénomène de paupérisation généralisée.
Les États-Unis – bien que handicapés par une crise politique faute d’entente sur le budget fédéral – retrouvent des prévisions de croissance encourageantes dopés par la reprise d’un marché de l’immobilier très résilient. Les indices boursiers américains tutoient des sommets d’avant-crise et le secteur automobile, colonne vertébrale de l’économie américaine, repart progressivement à la hausse et réussit à nouveau à créer des emplois. Mais ces perspectives ne semblent partagées que timidement par le Vieux Continent, qui souffre d’un manque de politique monétaire unifiée et d’une vision peu claire du rôle que devrait jouer la BCE ainsi que la monnaie unique en termes de compétitivité de l’Europe face à ses partenaires économiques.
Les pays émergents, qui eux n’ont connu la crise que par le prisme du ralentissement économique de leurs partenaires occidentaux, connaissent des rythmes de croissance appréciables. Toutefois, à l’image du géant chinois ayant échappé au « hard landing » que bon nombre d’observateurs craignaient, ils devront impérativement repenser leur modèle économique dont la croissance repose principalement sur les exportations et les investissements étrangers plutôt que sur la demande intérieure.
Au-delà des soins palliatifs prescrits aux derniers élèves, la difficulté réside dans le choix d’un compromis entre les mesures d’austérité vitales à l’assainissement des finances des États rongés par le poids de leur dette et la mise en place de plans de relance inspirés des théories keynésiennes, aptes à soumettre le taux de chômage et la croissance économique à un niveau supportable pour les laissés-pour-compte de ce désordre mondial. On note au passage que près de la moitié des jeunes Espagnols sont concernés par le chômage et la précarité contre environ 24 % pour les jeunes de l’Union européenne.
Les défis à l’ordre du jour seront relevés sur la base d’une réconciliation vitale entre économie et écologie. Jacques Chirac employait en 2002 une formule choc au sommet de la Terre, à Johannesburg, s’alarmant que « la maison brûle et nous regardons ailleurs ». Aujourd’hui, la tendance de certains investissements dits socialement responsables doit dépasser l’effet de mode et s’inscrire dans un contexte plus soucieux des normes environnementales et de la gestion équitable des ressources naturelles. De l’exploitation du gaz de schiste au processus de dénucléarisation, les gouvernements occidentaux feront des choix cruciaux sur fond de tensions sociales exacerbées par un taux de chômage record. En Europe, où celui-ci va de 6,9 % pour l’Allemagne à 26 % pour la Grèce et l’Espagne, la marge de manœuvre se rétrécit en dépit de la restructuration des dettes souveraines. Il faut avoir à l’esprit que chacune des mesures d’austérité a un coût social plus ou moins élevé, capable de faire vaciller les pays trahis par l’état fragile de leur gouvernance. La poussée de certains mouvements nationalistes confirme le danger grandissant d’un malaise social de plus en plus criant. Cela renforce l’idée selon laquelle les décideurs mondiaux devraient réfléchir à un modèle de croissance plutôt nourri par plus de productivité, d’innovation et de compétitivité que par des mesures budgétaires restrictives. Les avantages compétitifs propres à chaque pays doperont certainement l’état moribond de l’activité mondiale. C’est en réalité un modèle de croissance neuf qui est recherché, en décalage total avec les dérégulations massives héritées de l’ère Reagan, aux États-Unis, dans les années 80. En effet, une lecture lucide des derniers scandales suffit à brosser le portrait d’une organisation mondiale cruellement déboussolée : notations biaisées des produits hypothécaires risqués par les agences de notation, manipulation du taux Libor par les poids lourds de l’industrie financière, parachutes dorés de patrons d’entreprises en difficulté, le tout sur fond de course au profit effrénée, entreprise par des investisseurs à la vision court-termiste.
Une chose est certaine : la sortie de crise financière – devenue économique par effet de contagion – sonne le glas d’un ordre mondial révolu qui cède la place à une nouvelle distribution des rôles sur l’échiquier politique mondial. Et tant que la croissance n’aura pas retrouvé son éclat d’avant-crise, la politique ne façonnera jamais autant la sphère économique et financière.

Ralph NEHMÉ
En guise de clin d’œil à la tendance anthropomorphiste de décrire les phénomènes économiques, il est tentant de décrire l’économie mondiale comme étant un grand corps malade. Car un temps animée par des injections de liquidités dites mesures d’assouplissements quantitatifs, un autre temps bousculée par des manipulations des cours sur le marché des devises se concluant par un jeu à somme nulle, l’économie mondiale carbure à deux vitesses. Un fonctionnement bicéphale au sein duquel chacun tente de se frayer une place dans cette course folle de la mondialisation. Hélas, les réflexes protectionnistes ainsi que les mesures de réglementations tardives n’y changeront pas grand-chose sur le court terme. Le clivage entre pays développés et ceux dits émergents se creuse, tout comme la disparité entre les classes...
commentaires (1)

Ouais...la seule vraie vérité,c'est que l'ultralibéralisme est un crime contre l'humanité...et que ses tenants devarient être jugés comme des criminels....tout le reste est du baratin...un cautère sur une jambe de bois...et les responsables de cette période doivent être arrêtés et jugés...et leurs fortunes si mal acquises confisquées...car ce qui est légal(sic!) n'est pas forcément juste...n'est ce pas?Et pendant qu'on débat de choses évidentes des sociétés comme Monsanto sont tout simplement en tr

GEDEON Christian

13 h 23, le 25 mars 2013

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Commentaires (1)

  • Ouais...la seule vraie vérité,c'est que l'ultralibéralisme est un crime contre l'humanité...et que ses tenants devarient être jugés comme des criminels....tout le reste est du baratin...un cautère sur une jambe de bois...et les responsables de cette période doivent être arrêtés et jugés...et leurs fortunes si mal acquises confisquées...car ce qui est légal(sic!) n'est pas forcément juste...n'est ce pas?Et pendant qu'on débat de choses évidentes des sociétés comme Monsanto sont tout simplement en tr

    GEDEON Christian

    13 h 23, le 25 mars 2013

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