Le paragraphe ci-dessus, abordé de manière technique, vise une tentative de compréhension du fonctionnement psychique d’une grande majorité des personnalités politiques libanaises scellées chacune au pouvoir depuis au moins une quinzaine d’années. En écoutant de façon assez flottante leurs discours et en les regardant cramponnés ainsi à leurs sièges, il est sidérant de réaliser combien chaque leader politique a un sens grandiose de sa propre importance. Surestimant ses capacités et éprouvant un besoin excessif d’être admiré, il cache bien sa terreur qui se devine chaque fois qu’il organise des bains de foule. Ces rassemblements, loin de mettre en place un système de réformes, serviraient plutôt à ramasser à la petite cuillère son ego qui s’effrite et son Moi (personnel et politique) menacé de disparition. Les leaders politiques, manquant d’empathie et n’étant pas disposés à reconnaître les sentiments et les besoins du citoyen qui hurle de misère, exploitent ce dernier et l’utilisent comme un miroir qui se doit de leur renvoyer une image d’eux-mêmes éternellement beaux, éternellement performants, éternellement utiles. Absorbés par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, ils pensent, ayant été applaudis sans aucune raison qui le justifie finalement, que les victoires aux élections leur seraient éternellement dues.
Face à cette observation une question s’impose : pourquoi ? Pourquoi à son insu, le citoyen libanais participerait-il à la culture du délire propre à ces personnalités ? Il les acclame, les applaudit, porte leurs couleurs, dans un brouhaha qui étouffe la mélodie et les paroles de l’hymne national. Il parle d’eux avec les mots de l’affect. Il les « aime » ou ne les « aime » pas et, pour prouver mieux son « amour », il « déteste » leurs détracteurs. Il succombe à leurs sourires, aux offensives de séduction qu’ils exercent sur lui souvent un mois à peine avant la tenue des élections. On dirait qu’il est tout fier d’appartenir à la catégorie de ces « petites gens » à qui « ils » font l’honneur d’une visite à leur domicile.
Pourquoi le citoyen libanais a-t-il oublié que le salaire et les portefeuilles des politiciens sont remplis d’un argent que lui verse ? Pourquoi n’avait-il pas fait attention qu’entre deux sourires, deux discours, un banquet, ils avaient inversés les rôles : ils avaient fait de lui leur employé ?
Pourquoi ne fait-il plus attention que, depuis longtemps, il oublie d’évaluer la qualité de leurs rendements et de les virer en conséquence pour échecs et erreurs professionnels ? Oui, il oublie que c’est lui qui les a embauchés pour garantir au moins deux de ses droits humains et civiques : la santé et l’éducation. Il oublie qu’il est pourtant répertorié à l’hôpital selon sa classe sociale (première, deuxième ou troisième) et qu’il est soigné selon l’épaisseur de son portefeuille. Il oublie que ce n’est pas normal que son enfant, scolarisé dans une école publique, puisse être maltraité, insulté, battu ou tout simplement ne pas recevoir le niveau d’éducation requis. Il oublie que son frère citoyen s’endette pour assurer les tarifs démesurés exigés par les écoles privées. Il oublie...
Tout jeune, un peu dément alors, il s’agite comme un pantin désarticulé et oublie de demander des comptes. Il ne s’interroge plus sur la source des voitures de luxe et des appartements à profusion achetés par les politiciens grâce à son argent détourné. Patrimoine culturel et historique ? Droits civils pour régir le statut personnel ? Allocation retraite ? Le brouillard s’épaissit tellement qu’il n’arrive même plus à lire ses propres points d’interrogation.
Dans tout ce chaos, le citoyen râle, se plaint, n’est pas satisfait, il tombe malade. Malade à l’âme ou malade au corps. Il déprime. Mais, du fond de son abîme, jaillit le discours familier du politicien qui, pour noyer sa peine, le berce de paroles vaines. De nouveau alors le citoyen vote, encore.
Eh oui ! La perversion narcissique opère comme un cercle vicieux sur un citoyen très peu conscient de sa propre valeur humaine. Elle opère sur des individus démunis, volés, dépossédés de leurs droits humains et civiques, de leur droit, tout simple, d’arrêter de voter pour ces mêmes individus. Le lavage de cerveau mis en place progressivement, la crainte de l’annihilation de l’individu s’il se dégage de son appartenance communautaire et tribale exploitée avaient fait que l’abstention deviendrait aujourd’hui coupable et le choix nouveau raisonnerait comme une traîtrise.
Le citoyen qui se considère comme une personne dotée de capacités, de droits et ayant les moyens matériel, physique et psychologique avait déjà, depuis longtemps, fait partie de l’exode qui a fait de lui un citoyen du monde.
Le 11 février 2013, un homme, élu à vie en tant que chef suprême de son Église, a choisi de démissionner. Il avait visité le Liban cinq mois auparavant, en septembre 2012, et avait été acclamé par une foule en liesse. Les personnalités religieuses et politiques du pays s’étaient inclinées devant lui. Malgré certaines critiques dont son mandat avait fait objet, à chaque fois qu’il s’était déplacé sur les cinq continents, il a été reçu par les chrétiens comme un messie. Au Vatican, la jeunesse du monde entier venait célébrer la messe et prendre sa bénédiction. On lui baise toujours la main. Le 28 février cependant, par un acte libre, il a abandonné son poste.
Ahurissant ! Le citoyen libanais est déboussolé. Il ne comprend pas. Chez lui au Liban, on n’abandonne pas son poste. Les hommes politiques libanais parlent maintenant du projet orthodoxe qui fera de lui citoyen de sa religion, et de son politicien, son politicien à vie.
Le pape Benoît XVI n’est plus pape en exercice. L’Église catholique vient d’élire un pape réformateur..
Citoyen libanais pourrais-tu enfin te réveiller et, du fond de ton abîme, entendre les cloches de l’église ? Pourrais-tu enfin oser pour toi-même et pour tes enfants laisser échapper du sommet de ton cèdre les veloutes d’une fumée blanche ?
Zeina ZERBÉ
Psychologue clinicienne, psychothérapeute


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Article très amusant a contrario...tellement psy et rive gauche,si je puis dire...c'est fou quand même...tout le monde a une opinion "autorisée" sur Benoît XVI et son successeur... d'humilité,néant....de modestie,néant...mais alors des opinions grosses comme des camions américains...et tout aussi voyantes,d'ailleurs...le plus drôle est de lire François bombardé Pape réformateur...pour le reste,bien sûr...bien sûr...vous avez raison,madame...comme tout le monde ,d'ailleurs.
14 h 01, le 19 mars 2013