Rechercher
Rechercher

Liban - Élections

De l’autre côté du miroir politique, « le poids d’une voix »

À mi-chemin, le projet de SKeyes et de « L’Orient-Le Jour » prend une pause pour discuter des attentes des électeurs identifiés jusque-là.

De gauche à droite : Michel Hajji Georgiou, Ayman Mhanna, Élie Fayad et Yara Nassar.Photo Nasser Trabulsi

Cela fait déjà plus de six semaines que L’Orient-Le Jour (OLJ), le Centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture, soutenus par l’ambassade du Canada, ont lancé le projet « Le poids d’une voix », à l’occasion du mois de la francophonie. Les journalistes de L’OLJ et de SKeyes ont ainsi rendu visite à de nombreuses familles sur l’ensemble du territoire libanais, pour leur donner la parole, et découvrir quelles sont leurs attentes à l’approche des élections législatives. Les lecteurs de L’OLJ ont pu de ce fait lire chaque jeudi un volet de cette série, et suivre sur le web les vidéos du reportage, réalisées par Nidal Ayoub et Anne Ilcinkas. Mercredi, après des reportages à Ayto, Abbasiyyeh, Kfarnabrakh, Beyrouth, Marjayoun et au Metn, une séance de projection des vignettes vidéo a été organisée à l’hôtel Riviera, à Beyrouth, en présence des familles participantes, de journalistes et de personnalités de la société civile. La projection a été suivie par une discussion, avec un panel d’experts.


Au début de la rencontre, François Routhier, deuxième secrétaire politique de l’ambassade du Canada, a affirmé que ce projet s’est inspiré d’un projet semblable qui a été organisé lors des élections provinciales du Québec. « Nous espérons que les informations recueillies dans ces reportages influent sur les programmes électoraux des candidats aux élections, pour qu’ils s’adressent plus directement aux besoins des citoyens », a-t-il dit, indiquant que « la promotion de la culture de la démocratie est une priorité pour le Canada ». De son côté, Émilie Sueur, chef du service web à L’OLJ, a rappelé que « le but d’un tel projet est de renverser l’équation, en donnant la parole aux électeurs, et en espérant que les politiciens vont, pour une fois, être à l’écoute ». « Les résultats seront compilés, analysés et transmis aux responsables politiques », a-t-elle ajouté, notant que « la série révèle que les problèmes des Libanais sont quasiment les mêmes partout au Liban ».
En effet, la projection d’une vignette vidéo résumant les reportages menés jusque-là illustre cette affirmation. Du Nord jusqu’au Sud, les Libanais se plaignent principalement de l’émigration des jeunes, du chômage, de la corruption, de la bureaucratie au sein des administrations publiques, de la double facturation pour ce qui est de l’eau et de l’électricité, de l’inflation, du manque de sécurité au pays, de l’état des routes et de l’absence de services médicaux et de transports publics, sans oublier les pistons requis pour percer
dans tout domaine.

Analyser le vote des électeurs
Modéré par notre collaborateur, Michel Hajji Georgiou, le débat a réuni Yara Nassar, directrice de l’Association libanaise pour la démocratie des élections (LADE), Ayman Mhanna, directeur du Centre SKeyes, et Élie Fayad, journaliste et chef de la page locale à L’OLJ. « C’est vraiment très émouvant d’entendre ce que les gens ont à dire, a affirmé Yara Nassar. Le peuple libanais se dit mécontent de la performance des députes mais il continue à les choisir. Cela montre qu’il y a en fait une rupture entre ce que nous pensons et ce que nous choisissons, pour deux raisons principalement. En premier lieu, de nombreux électeurs votent contre quelqu’un et non pas pour quelqu’un. En second lieu, on nous fait croire avant chaque législative qu’il s’agit d’élections historiques, et qu’il faut voter pour cette fois seulement, historiquement. Par ailleurs, les gens n’associent pas les députés à l’État. Ils ont tendance à blâmer cet État-fantôme, abstrait, qui endosse toutes les responsabilités, sans vraiment penser aux députés choisis. »


Des affirmations plus ou moins contestées par Élie Fayad, qui estime qu’« il existe une forme d’impuissance au sein de la société libanaise, où la tendance est de culpabiliser les hommes politiques ». « Ce n’est peut-être pas leur faute, dit-il. Et même affirmer qu’ils sont prisonniers d’un système qui marche mal serait trop simpliste et trop facile. Par ailleurs, la participation des électeurs aux élections de manière encourageante est un signe de santé de notre système démocratique. » Pour Élie Fayad, « les Libanais ne sont toujours pas d’accord sur les grands concepts, et on peut assimiler le Liban à une maison sans toit ». Et d’expliquer : « Nous tentons d’arranger les pièces de la maison, mais cela ne sert à rien, car nous n’avons toujours pas répondu aux grandes questions. Même les gouvernements sont formés dans une optique de neutralisation ; on se neutralise pour que personne ne puisse construire le toit qu’il désire. De ce fait, les politiques publiques en souffrent, et les besoins basiques des gens ne sont pas satisfaits. »


Des idées qui rejoignent la pensée d’Ayman Mhanna, qui juge que « les Libanais qui choisissent tel ou tel candidat derrière l’isoloir répondent à des questions différentes, qui ne sont pas en rapport avec leurs problèmes de la vie quotidienne ». Il a noté que trois personnes suivies dans les reportages constituent un échantillon représentatif qui donne de l’espoir : l’ambition de la jeune Malak Dib, qui espère devenir ambassadeur un jour, sans piston ; la détermination de Mme Ghadban, qui prône un changement à tout prix ; et même le côté défaitiste de Mme Beydoun, qui estime que « rien ne changera tant que nous resterons chez nous, mais nous resterons chez nous ». Sur ce plan, Michel Hajji Georgiou a salué le rôle joué par la femme libanaise, dont la fougue est marquante dans les reportages, appelant à lui donner ses droits.


Enfin, les participants ont tenté de prescrire des solutions au problème électoral. Yara Nassar a valorisé à cet effet l’importance de la décentralisation administrative. Élie Fayad a, pour sa part, estimé qu’« il faudrait commencer par élaborer une loi moins médiocre que la loi actuelle, avoir une meilleure compréhension de l’autre, et s’attaquer au clientélisme qui étouffe les voix des électeurs, mais sans pour autant attaquer le système libanais de front par des lois électorales radicales, car il résistera ». Et Ayman Mhanna de conclure : « Les Libanais créatifs dans les affaires, les combines, les ONG, le tourisme et les relations sont appelés à user de leur capacité d’innovation en politique. »

 

Retrouvez notre projet ici

Cela fait déjà plus de six semaines que L’Orient-Le Jour (OLJ), le Centre SKeyes pour la liberté de la presse et de la culture, soutenus par l’ambassade du Canada, ont lancé le projet « Le poids d’une voix », à l’occasion du mois de la francophonie. Les journalistes de L’OLJ et de SKeyes ont ainsi rendu visite à de nombreuses familles sur l’ensemble du territoire libanais, pour leur donner la parole, et découvrir quelles sont leurs attentes à l’approche des élections législatives. Les lecteurs de L’OLJ ont pu de ce fait lire chaque jeudi un volet de cette série, et suivre sur le web les vidéos du reportage, réalisées par Nidal Ayoub et Anne Ilcinkas. Mercredi, après des reportages à Ayto, Abbasiyyeh, Kfarnabrakh, Beyrouth, Marjayoun et au Metn, une séance de projection des vignettes vidéo a été...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut