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Par Carine CHAMOUN CHAMMAS
Stephane Hessel est mort il y a quelques jours Ce jeune homme de 95 printemps dégageait une joie de vivre et un entrain hors du commun. Cet homme, que la vie n’avait pas épargné, irradiait sur tous les plateaux de télévision où il était invité. Droit comme un « i », le regard malicieux porté en avant, il encourageait, poussait les jeunes des sociétés occidentales à se révolter contre la loi du marché, le « toujours plus » de la société de consommation qui plongeait leurs pays dans la crise. Les jeunes avaient entendu l’appel et les places d’Europe bruissaient des rumeurs de leurs pas.
Cette disparition m’a fait réfléchir. Bien plus jeune que lui, je suis déjà désabusée. Je traîne mes pas dans les rues de ma ville en me demandant à quoi bon. À quoi bon lutter contre un système qui, bousculé il y a quelques années, revient en force pour nous écraser.
La liberté est partie. Son vent nous a à peine effleurés un matin de mars. Il nous a remplis les poumons, éclairés le regard, nous a fait redresser le dos. Et puis il s’est echappé. Vite, trop vite.
La fraternité est partie. Sur une place de Beyrouth, par un matin de printemps, on s’était découverts. On s’était vus pour la première fois. Tiens ! Comme on se ressemblait ! Et puis le rêve dura ce que durent les rêves, l’espace d’un battement de paupières. Mon frère de droite, celui dont je serrais la main en répétant le serment de fidélité, a pris peur. Il s’est recroquevillé dans son coin, il s’est isolé, récupéré par des discours obsolètes. Mon frère de gauche, celui dont j’espérais le retour à la maison, s’en est allé porter ses rêves de justice ailleurs. Il va mourir au combat pour une cause qui ne le concerne pas. Ou si peu. Mon frère de sang, lui, continue à se noyer dans sa rancœur quand il ne se perd pas dans des calculs de probabilité alambiqués.
Reste l’égalité. Elle, elle est encore là. Égalité dans la médiocrité, dans la privation des droits élémentaires, dans l’indignité d’une vie quotidienne toujours plus difficile, dans la soumission toujours plus passive à des êtres qui n’ont rien à cirer de notre avenir. Égalité devant le sort qui nous attend. Égalité dans la bêtise, tout simplement.
Y a t-il encore quelqu’un pour s’indigner ? Pour rêver d’un Liban meilleur ? Pour rêver de ce qui n’est, en somme, que notre droit : un État pour tous ? Y a-t-il quelqu’un pour faire plus que rêver ? Pour agir ?
Stephane Hessel est mort il y a quelques jours Ce jeune homme de 95 printemps dégageait une joie de vivre et un entrain hors du commun. Cet homme, que la vie n’avait pas épargné, irradiait sur tous les plateaux de télévision où il était invité. Droit comme un « i », le regard malicieux porté en avant, il encourageait, poussait les jeunes des sociétés occidentales à se révolter contre la loi du marché, le « toujours plus » de la société de consommation qui plongeait leurs pays dans la crise. Les jeunes avaient entendu l’appel et les places d’Europe bruissaient des rumeurs de leurs pas. Cette disparition m’a fait réfléchir. Bien plus jeune que lui, je suis déjà désabusée. Je traîne mes pas dans les rues de ma ville en me demandant à quoi bon. À quoi bon lutter contre un système qui, bousculé il y...
commentaires (3)

ET PUISQU'ILS NE DÉGAGENT PAS, IL FAUT LES DÉGAGER.

SAKR LEBNAN

15 h 42, le 13 mars 2013

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Commentaires (3)

  • ET PUISQU'ILS NE DÉGAGENT PAS, IL FAUT LES DÉGAGER.

    SAKR LEBNAN

    15 h 42, le 13 mars 2013

  • (suite) Notre société a régressé, notre identité a été bafouée au détriment de plusieurs appartenances car nous nous rattachons aujourd'hui à n'importe quoi plutôt qu'à notre pays. La loi ne fait plus les hommes, mais quelques hommes font la loi (oui c'est du Balavoine, mais c'est juste). Nos politiques se déclarent pour l'unité et la paix mais ne font rien pour abonder dans ce sens car les intérêts personnels prévalent et accroissent l'incapacité intellectuelle de nos dirigeants à gouverner. Descendre dans la rue et se révolter ? On a déjà essayé la méthode en 2005 mais les courants politiques (et le poids des armes) ont vite fait d'instrumentaliser les différents mouvements. C'est une révolution d'un nouveau genre qu'il faut inventer au Liban. Mais laquelle ?

    Robert Malek

    14 h 39, le 13 mars 2013

  • Le mal-être libanais est bien exprimé ici. Oui, nous avons droit à un Etat de droit, oui, il faut agir pour réclamer et défendre ce droit. Mais que faire face à autant de points de vue et d'interprétations de la notion d'Etat directement liée aux dérives confessionnelles ? Comment se comporter face à la menace des armes brandie ici et là et qui, si rien n'est fait, mènera le pays à une mort certaine ? La principale origine de ce mal-être réside dans le fait que les Libanais n'ont tiré aucune leçon des drames qui les secouent depuis 1975. Rien ne semble ébranler l'individualisme, l'égoïsme et l'orgueil du Libanais alors qu'un bon coup de pied dans ce tas est indispensable pour le reconnecter à la réalité.

    Robert Malek

    14 h 39, le 13 mars 2013

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