Subitement, face aux géants de la toile cinématographique (c’est la saison des césars et des oscars), naissent chez nous des vedettes du petit écran. Une verve, sans pareille, envahit les talk-shows, un charme charismatique se déploie au cours des interviews télévisées. Nos politiciens ne sont jamais en reste de coups de théâtre. Chaque matin, un nouveau sujet retient l’affiche. Effacées les phrases grossières, les moqueries. Oubliées les insultes et les colères durant les plaidoyers. Le style devient plus châtié, d’une éloquence empreinte de mesure, illustrée de citations littéraires, de quoi être fiers de nos actuels et futurs parlementaires... Ne peut-on pas instituer un prix analogue au Nobel pour nos icônes publiques ? Ah oui, j’oubliais le statut de député, en lui-même, est plus que suffisant. Pour ne citer parmi les avantages de la fonction que :
– L’immunité parlementaire, leur permettant d’enfreindre une tapée de règles, spécialement celles de la circulation et des feux de signalisation.
– Un salaire faramineux qui les suivra tout au long de leur vie, et même au-delà (privilège à reconsidérer).
– Une quantité de prérogatives, celles-ci favorisant la distinction sociale, entre autres : la plaque d’immatriculation, un nombre indéfini de gardes du corps, toujours armés jusqu’aux dents, et à la gâchette facile (de quoi nous donner envie de devenir socialistes).
– Le pouvoir de légiférer qui leur octroie le droit d’accepter ou de refuser, en votant, une loi présentée par le pouvoir exécutif des ministres (sans commentaire...).
À ce point de ma missive, je voudrai demander aux futurs élus de présenter une loi concernant la séparation des pouvoirs. Avant d’exhiber un livre pour éradiquer la corruption, il faudrait en éliminer la principale cause, qui est la communication entre l’exécutif et le législatif. Un député n’a pas à devenir ministre et posséder deux fonctions et deux salaires payés par l’État. C’est un abus. Outre que, à l’heure du vote, le député pourrait avoir un conflit d’intérêt entre ses deux positions, comme cela arrive si souvent.
La voix de nos futurs députés commence donc à se faire entendre, comme un écho lointain de ce qui s’est dit, redit si souvent. Elle trouvera toujours une résonance dans le désert insatisfait des besoins d’une population frustrée. De là à arriver aux élections, beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts. D’ici là, on peut défendre n’importe quelle cause et même toutes, pourquoi pas ? Celle nouvelle/ancienne du mariage civil (qui date de l’époque du président Hraoui). Tous les candidats appuient le mariage civil envers et contre tout.
Une phrase m’interpelle, qui circule depuis un bout de temps sur la Toile : « Mariez-vous civilement et votez religieusement. » Voilà le dernier paradoxe, né de la politique libanaise.
Contradiction, amalgame ! Tout est bon pour devenir élu de la nation (Mais y a-t-il une nation ou une fédération de communautés ?). Longtemps marginalisés, sans prérogative aucune, les chrétiens se découvrent subitement le centre des surenchères. On se croirait chez Christie’s ou sur eBay. C’est à qui défendra le plus les intérêts de cette communauté, longtemps écrasée par une loi abjecte, et par la botte syrienne. Comble de l’ironie, certains partisans de l’ancienne loi font la promotion de celle dite orthodoxe. Ainsi donc, ces ténors du barreau voudraient favoriser les chrétiens, quitte à désavantager une autre composante de notre société. Souhaiterions-nous à d’autres ce qui nous avait nui pendant si longtemps ?
Cette orchestration de voix, allant du lyrisme d’une chorale aux envolées en solo, me semble trop belle pour être vraie. Certains chefs de file ayant participé à des guerres civiles et intestines devraient quitter la scène politique. D’autres aux promesses mensongères, et qui depuis des lustres s’enrichissent aux dépens des taxes, des sociétés de privatisation et sous le label du changement, continuent de plonger le pays dans la dette et le peuple dans le noir et la soif. Ils devraient prendre leur retraite.
Messieurs les candidats, ne vous égosillez pas ! Votre éloquence est comme le chant des sirènes : elle nous entraînera dans un gouffre aussi profond que la mer, et dont nous ne ressortirons jamais. Nous ne tomberons pas sous son charme. Non ! Le chemin qui mène à l’hémicycle ne semble « ni ouvert ni sûr ».


Ils méritent non pas un prix comparable au respectable Nobel, mais la palme de la meilleure surenchère sur le petit écran. Plutôt Ebay que Christie’s. Vous n’allez tout de même pas mettre au chômage technique une centaine d’entre eux. De toute façon, ils feront tout pour se faire remplacer par un de leur entourage familial…
13 h 09, le 06 mars 2013