Les questions qui se posent sont nombreuses. Comment le Liban va-t-il affronter cette énorme charge de réfugiés face à la crise syrienne, aux tensions préélectorales et aux événements lui imposant de collaborer avec la communauté internationale (cf. attentat Bulgarie) ? Les autorités sont-elles conscientes de la gravité des conséquences économiques, sociales et humanitaires qu’impose cet accueil de facto ?
Le président Sleiman a déjà insisté, lors de la réunion des donateurs, au Koweït en janvier dernier, sur la nécessité d’une coopération régionale, voire internationale ne se résumant pas aux dons financiers mais s’attaquant surtout à l’accueil de réfugiés au cas où le Liban se verrait incapable d’accueillir un plus grand nombre de réfugiés. Or le Liban n’est-il pas, depuis bien longtemps, dans l’incapacité d’accueillir un aussi grand nombre de réfugiés ?
Il est important de rappeler que l’État libanais ne reconnaît pas ces personnes comme étant des réfugiés mais comme des déplacés, écartant ainsi toute responsabilité lui incombant.
Dans une situation où les flux des réfugiés est de plus en plus important, ce sont les autorités municipales qui sont tenues de divulguer le nombre précis d’étrangers inscrits dans leurs registres. Mais, comme il est facile pour un Syrien d’entrer en territoire libanais sans aucune crainte d’être arrêté par la Sûreté générale, il se contente de s’inscrire auprès du HCR afin de bénéficier du certificat de réfugié dans la plupart des cas, condition nécessaire pour l’obtention d’aides des grandes ONG. Le rôle des municipalités se voit ainsi limité, voire décrédibilisé.
Par ailleurs, Il semble bel et bien que les autorités libanaises ne sont pas prêtes à donner leur feu vert à la création de camps de réfugiés syriens par crainte de mouvements révolutionnaires, même s’il semble que cette proposition soit la seule permettant un véritable contrôle de la situation.
À y penser, ces réfugiés sont en train de se regrouper dans certaines régions, ce qui rend possible une instrumentalisation politique de leur cas. L’argument selon lequel un mouvement de contestation peut émaner de la création d’un camp n’est donc pas écarté. Ce qui est sûr, c’est que si le Liban donnait son aval à la création de camps, un suivi sécuritaire devrait être mis en place ; les dons financiers affectés par la communauté internationale pourraient servir ce but.
Les autorités turques, soucieuses quant à elles de la stabilité interne de leur pays, traitent le problème des réfugiés syriens auquel elles sont également confrontées avec beaucoup de précaution ; les frontières ont étés fermées à plusieurs reprises sous prétexte de saturation des structures d’accueil existantes. Les déplacés se retrouvent ainsi regroupés dans des camps, aux frontières syro-turques.
Il est vrai que la création de camps permet un meilleur contrôle de la situation, mais il faut noter qu’elle développe une ceinture de misère. Le camp Atmeh en est le meilleur exemple : famine, bronchites, épidémies : la misère se propage.
Ce qui est certain, c’est que ce sont les grandes ONG, telles que Danish Refugee Council, Caritas, PU-AMI, ACF, MSF, Save the Children qui, en venant en aide aux réfugiés, témoignent de la gravité de la situation sur les plans humanitaire, sanitaire, social, etc. Il incombe à ces ONG, en contact direct avec les réfugiés, d’informer les autorités locales et la communauté internationale de la situation des réfugiés et son évolution hebdomadaire.
De plus, si la communauté internationale se voit jusqu’à ce jour incapable d’intervenir en Syrie du fait du veto russe et chinois, la moindre concertation devrait porter sur la création de zones tampons en Syrie (zones sécurisées, accueillant des réfugiés).
Reste que cette alternative nécessite des moyens militaires pouvant se heurter au veto russe et chinois et c’est alors que la diplomatie devrait faire ses preuves.
Par ailleurs, les autorités libanaises devraient désormais renoncer à la politique d’attentisme pour réagir plus fermement : un consensus gouvernemental réglementant ce flux hallucinant de réfugiés est indispensable.
La Syrie n’est ni l’Égypte, ni le Tunisie, ni la Libye. La guerre civile ne semble pas devoir prendre fin très bientôt. La communauté internationale devrait se concerter afin d’alléger le fardeau qui s’impose aux pays voisins, et pas seulement à travers des dons financiers.
Faute de quoi l’ère du monde multipolaire, régi par l’Organisation des Nations unies garante de la paix et de la sécurité internationale, serait un grand leurre.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef