Le gouvernement du Premier ministre, Manmohan Singh, a promis le financement de programmes pour les castes inférieures, les tribus, les femmes, les enfants, les personnes âgées et les handicapés. Sajjad Hussain/AFP
Alors que les analystes s’attendaient à un budget faisant preuve de plus de retenue dans un contexte d’essoufflement de la croissance, le grand argentier de la troisième puissance économique d’Asie, P. Chidambaram, a présenté devant le Parlement un budget 2013-2014 faisant la part belle aux dépenses sociales.
Grâce à une pincée d’austérité, en réduisant notamment le montant de certaines subventions, le gouvernement de centre gauche a « retrouvé un certain espace » lui permettant d’augmenter les dépenses de 16 % à environ 23,5 milliards d’euros pour l’année fiscale qui débute le 1er avril, a assuré le ministre des Finances.
Le ministre a annoncé en contrepartie, et à la surprise générale, une imposition plus élevée pour les plus riches, ainsi qu’une hausse du prix des cigarettes, des voitures haut de gamme et des produits de luxe importés.
« Le développement durable est notre mantra, la croissance doit mener à un développement “complet” », a insisté P. Chidambaram.
« Eu égard à la pluralité et la diversité de l’Inde, de nombreuses parties (de la population de 1,2 milliard) seront laissées de côté si nous ne leur accordons pas d’attention. Le gouvernement croit en un développement humain pour tous et j’espère que ce budget sera une preuve de cet engagement », a-t-il plaidé.
Une grève nationale observée la semaine dernière dans le secteur public a rappelé le mécontentement au sein de la classe ouvrière, qui se sent exclue du développement économique des dix dernières années.
Le gouvernement du Premier ministre, Manmohan Singh, avait été élu en 2009 sur la promesse de ne pas laisser sur le bord du chemin les centaines de millions de pauvres. Et à un an des élections générales, il a promis le financement de programmes pour les castes inférieures, les tribus, les femmes, les enfants, les personnes âgées et les handicapés.
Il a également inscrit au budget une hausse astronomique de 46 % des dépenses pour le développement rural. Le budget pour la défense a seulement gagné 5 %, celui de l’éducation a été augmenté de 17 %, tandis que l’agriculture a bénéficié d’une hausse de 22 %.
Le ministre a en particulier insisté sur la possibilité pour les paysans de diversifier leurs cultures. Le gouvernement a consacré 100 milliards de roupies (1,4 milliard d’euros) à la lutte contre la malnutrition.
Le ministre a toutefois reconnu que l’économie indienne était dans « un creux ». « Mais je suis absolument convaincu que nous allons sortir de ce creux et retrouver un rythme de croissance élevée », a-t-il dit.
L’Inde a enregistré au troisième trimestre de cette année un taux de croissance de 4,5 %, selon les chiffres publiés jeudi, et le pays s’attend à une croissance annuelle de 5 %, sa pire performance en dix ans, bien en deçà des prévisions initiales de 7,6 %.
Il a notamment estimé que l’appel aux investissements étrangers était « impératif » : « Nous n’avons pas d’autre choix », a-t-il dit en réponse aux critiques sur la libéralisation de pans entiers de l’économie jugée contraire aux intérêts des plus défavorisés.
En septembre, l’État a autorisé les investissements étrangers dans des secteurs-clés tels que la grande distribution, l’aérien et l’assurance.
Le ministre des Finances s’est en outre fixé l’objectif d’atteindre l’an prochain un déficit public représentant 4,8 % du produit intérieur brut, contre 5,2 % pour 2012-2013.
Selon les prévisions du ministère des Finances, publiées mercredi, l’Inde devrait enregistrer une croissance l’an prochain comprise entre 6,1 % et 6,7 %.
Si ces chiffres peuvent paraître élevés pour les pays occidentaux à l’anémique croissance, le gouvernement indien estime que la lutte contre la pauvreté ne sera efficace qu’après avoir atteint le seuil de 10 % de croissance.
Le président du Conseil économique auprès du gouvernement, C. Rangarajan, a jugé que ce budget était « un engagement à la prudence budgétaire et à la croissance ».
(Source : AFP)

