Il semble se profiler un remake du scénario sud-libanais Israël-Hezbollah au Liban-Nord, à savoir, une confrontation salafiste-alaouite de longue durée – déjà partiellement entamée – tout le long de la frontière syro-libanaise et après l’établissement du canton alaouite en Syrie. Quelques faits parmi d’autres, et pour le moins bizarres, nous mettent sur la piste de ce scénario :
I. Bizarre, en effet, le timing de cet incident de Ersal où, dans un cafouillage extrême mais apparemment bien orchestré, un certain Khaled Homayyed a été liquidé et le village de Ersal verrouillé par l’armée libanaise. Quand on sait que Ersal est une porte stratégique vers al-Qoussayr, donc vers Homs, on comprend mieux l’objectif de cette opération : garantir la communication entre le futur canton alaouite et la zone Békaa-Liban-Sud.
II. L’émergence soudaine de Jabhat al-Nousra, avatar d’al-Qaëda, qui prend de plus en plus d’ampleur en Syrie mais aussi au Liban où la mouvance salafiste, bien implantée au Liban-Nord et dans des camps palestiniens, lui a fait allégeance. En outre, on nous répète à l’envi qu’il n’y a que l’armée syrienne qui puisse venir à bout d’islamistes de tous poils. Vous avez dit bizarre ?
III. Ce rôle ambigu des États-Unis envers la Syrie : après un soutien tacite mais efficace à l’ASL via la présence d’experts américains en tout genre en Jordanie, en Turquie et au Liban mais aussi via le soutien du tandem Qatar-Arabie, les États-Unis semblent s’être rétractés, demandant au tandem ci-dessus de réduire son soutien aux opposants syriens armés. Un plan tacite du général Petraeus aurait même été stoppé net. Qui a dit bizarre ?
IV. La présence de pétrole et de gaz en Méditerranée, au large du Liban, de Syrie et de Chypre. Quand on sait qu’on annonce un pic pétrolier dans 20 à 25 ans, on comprend un peu mieux l’enjeu de cette guerre syrienne : empêcher le tandem Syrie-Iran de contrôler un front de mer méditerranéen stratégique, allant de Naqoura jusqu’au sandjak d’Alexandrette. Rien de bizarre ici, bien de régions pétrolifères connaissent des TSP (Troubles sécuritaires prolongés) et la zone arabe est en ébullition depuis la découverte de son pétrole.
Or ce scénario salafiste-alaouite au Liban-Nord suppose une réduction préalable de la puissance du Hezbollah, sinon les salafistes auraient leurs arrières bien exposées. Verra-t-on ainsi une confrontation salafiste-Hezbollah ? Ou alors une intervention israélienne contre le parti d’Allah ? Voire les deux à la fois ? Jabhat al-Nousra a annoncé la création d’une filiale au Liban pour combattre le Hezbollah, et Israël est intervenu en Syrie, détruisant un complexe militaire et un convoi d’armes où de hauts responsables iraniens et du Hezbollah seraient morts.
Quoi qu’il en soit, on a schématiquement le topo suivant dans la région où trois facteurs ont été mis en place durant les dernières années, à savoir, le Syria Act (2003), le TSL (2005), la résolution 1701 (2006) : on agit en Syrie depuis deux ans (on s’agite aussi) ; le TSL s’ébroue depuis quelque temps, lentement mais sûrement ; reste la 1701, qui peut être placée sous le chapitre 7 du Conseil de sécurité des Nations unies.
En attendant, il ne faut pas rester oisif. Il faut quand même s’atteler à bâtir un État, de préférence de droit.

