Cet artisan de sainteté et de paix, vicaire du Christ sur terre, successeur de Pierre, chef et guide suprême de l’Église, le souverain pontife, en remettant, le 28 février au Seigneur les clefs de saint Pierre et l’anneau du pêcheur, vient de donner au monde un exemple des plus marquants et des plus nobles d’obéissance et d’humilité, du summum du courage et du sens des responsabilités, de la soumission totale à la volonté sainte de Celui qu’il représente si dignement, et par là même témoigner, dans la pauvreté de la condition humaine, à la fois de la gloire et de la vanité du monde, de l’établissement du royaume de Dieu et de sa Cité sainte.
Les cloches du Vatican ne sonneront pas au soir du 27 février, lorsque l’évêque de Rome donnera pour la dernière fois sa bénédiction apostolique urbi et orbi.
En Benoît XVI, l’Église ne perd pas un pape, elle gagne un saint. Elle le gardera, pour elle, comme gage de sainteté et de bénédiction céleste.
Le pape ne démissionne pas. En renonçant à sa charge, il la remet entre les mains du Christ. Désormais, Tu es Petrus et Tu es Sacerdos in aeternum ne font plus qu’un, l’empreinte en est indélébile, scellée par la puissance du Christ et la grâce du ciel.
Ce saint homme, au profil un peu austère et timide, effacé dans une humilité et une simplicité frappantes, simule derrière sa fine et faible silhouette, le cœur d’un enfant et l’âme d’un ange.
On parlera encore longtemps. On parlera encore beaucoup de cet homme de Dieu, si humble dans sa dignité, et si proche, par son magistère et son enseignement, des docteurs de l’Église.
Celui qui suit de près le cheminement de la vie et du ministère de Benoît XVI se retrouve rapidement devant les signes des desseins de la Providence et du travail de la grâce. La main de Dieu ne l’a jamais quitté. Depuis son enrôlement, très jeune, dans les « Jeunesses hitlériennes », jusqu’à son élection au siège de Rome, en passant par sa vie sacerdotale de prêtre, d’archevêque du diocèse de Munich, titulaire de chaire de théologie et de philosophie, écrivain, érudit et chercheur, et pendant de très longues années à Rome, comme préfet de la défense de la doctrine.
Un événement des plus frappants : en 2002, Il avait exprimé à Jean-Paul II son désir de prendre sa retraite, quitter Rome pour rentrer en Bavière finir ses jours et se consacrer à la méditation, à la prière et l’écriture.
Et c’est à ce moment même que la voix du Seigneur se fit entendre. Le Christ l’interpelle en chemin : « Quo Vadis » ? Suis-Moi. Il se soumet immédiatement à la volonté du Seigneur, renonce à sa décision et demeure à Rome. Le Seigneur le prédestinait à devenir, trois ans plus tard, le 16 avril 2005, son vicaire sur terre, et lui confier la charge du gouvernement de l’Église et le salut des âmes.
Benoît XVI fait partie de la lignée des grands papes prophétiques contemporains.
Ce pape providentiel réunit en sa personne à la fois les vertus, la sainteté, le zèle et l’ardeur apostolique de ses prédécesseurs, et surtout de ceux qui lui sont les plus proches dans le temps : la rigueur et la noblesse de Pie XII, la bonté et le charisme des deux papes Jean XXIII et Paul VI, en qui Malachie a vu successivement « le Pasteur et Nauta » de l’Église et de Vatican II, et « la fine fleur de l’Église », le sourire mystérieux et l’esprit de pauvreté et d’humilité extrême de Jean-Paul Ier, et enfin, la personnalité extraordinaire de l’homme dont le pontificat a bouleversé le monde, Jean-Paul II.
Son règne relativement court a été secoué par des problèmes des plus épineux et des plus graves. À la lumière de l’Esprit, il y fit face avec une sagesse et un courage admirables.
Son magistère et son apostolat se situent dans le renouveau de la vie spirituelle, dans la défense de la foi, et dans une réorientation de l’Église et une nouvelle évangélisation, l’unité et le dialogue intercommunautaire.
Messager de paix et de fraternité, représentant et dépositaire des valeurs morales, il ne cessa de lutter pour la défense des droits naturels de la vie humaine, pour la paix dans le monde et contre l’inégalité et l’injustice. Ses voyages, ses rencontres avec les jeunesses du monde, les chefs d’État et les foules des fidèles et des peuples des nombreux pays qu’il a visités, son mémorable voyage au Liban le 14 septembre de cette année, sont une bénédiction. Ses enseignements, ses écrits, ses lettres pastorales, ses Exhortations apostoliques et les encycliques, sa profonde connaissance des problèmes actuels, ainsi que sa rédaction d’une somme éclatante d’ouvrages d’une très haute teneur, dont les deux derniers en date, si édifiants, Jésus de Nazareth et Lumière du monde, ont permis de révéler la vision extraordinaire de cet homme providentiel, qui avait le souci de montrer le « vrai visage du Christ » et stigmatiser l’intervention de la Providence et le travail de la grâce dans la vie de l’homme.
Et voici qu’en ce jour du 11 février, le Christ se manifeste de nouveau, pour lui demander de renoncer à son auguste charge et de tout quitter pour demeurer auprès de Lui, dans une vie de retraite, de communion et d’austérité, et pour que, par ses saints sacrifices et prières, il puisse partager plus intensément les misères du monde et ses souffrances, et continuer d’accompagner l’Église militante dans sa marche vers l’Église triomphante et le salut.
Béni soit cet homme de Dieu qui, au soir de sa vie, fut appelé deux fois en chemin par le Seigneur pour changer de voie et le suivre : une fois pour être son vicaire sur terre, et la seconde fois pour faire preuve sublime d’humilité et l’aider à porter sa croix, pour sauver le monde.
Je ne sais si le lieu choisi de sa retraite deviendra bientôt un lieu de pèlerinage. J’en doute. Benoît XVI a choisi de se retirer pour demeurer en communion avec le Christ et prier pour le salut du monde. Ce que je sais, c’est que très nombreux sont les fidèles dans le monde qui, aujourd’hui, l’accompagnent en union de prières.
Il serait grand temps pour l’Église entière de demander son intercession et, dans un ultime chant de Magnificat, louer le Seigneur pour Son saint serviteur.
Daigne Dieu, dans Sa parfaite bonté, le protéger.
Maroun Joseph ACHKAR
Ancien avocat
Ancien notaire à Beyrouth


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