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Nos lecteurs ont la parole

Le mal-être libanais dans toute sa splendeur

Par Rina CONSTANTINE
L’atterrissage est réussi, tout le monde applaudit, mais derrière le hublot, un paysage avili par sa triste réalité. Eh oui, le mauvais état du pays vous attrape aux portes de l’aéroport. Ça commence par le premier taxi arrêté et les paroles que le chauffeur ressasse aux passagers depuis qu’il exerce la profession : en gros, à quel point la situation sociopolitique est minable. Certains diront : « C’est la réalité libanaise, tu feras avec ou tu ne feras pas du tout ! »
Il est vrai qu’en méditant sur le mal-être libanais, l’on se heurte en route à plus de murs fermés que de voies ouvertes. Il n’y a pas plus compliqué que de se hasarder à chercher une issue à ce cercle vicieux. Je ne prétends guère proposer un palliatif à nos maux... Je me contenterai simplement d’évoquer quelques éléments phares qui font qu’aujourd’hui nous appartenons certes à un État, mais à un État boiteux.
On entend dire que chez nous les lois sont inexistantes. Concept erroné. Nos textes juridiques de base ont eu la fortune de voir le jour sous la plume de grands juristes du droit français. Il est vrai que, très souvent, certains projets ou propositions de lois traînent dans les tiroirs du Parlement des années durant. Mais qu’importe, dans bon nombre de cas, la loi finit par entrer en vigueur. Le problème réside le plus souvent ailleurs, au niveau de l’application des textes.
Prenons l’exemple de la loi antitabac, qui a lentement mûri dans l’esprit des législateurs. Aujourd’hui, elle est en vigueur sur le territoire libanais... à une exception près ! À peine quelques mois après avoir officiellement vu le jour que nos concitoyens se hâtent de trouver des moyens maladroits de la contourner. Et hasardez-vous à interroger certains sur ce comportement illégal, on vous répondra qu’il faut bien « que les affaires marchent ». Au Liban, nous pensons être les seuls à brasser des « affaires », comme si les premiers pays à avoir adopté la loi antitabac ignoraient tout des « affaires ». L’intérêt général sera sacrifié à tous les coups. Et le droit dans tout cela ?
Petite anecdote : la femme d’un député de renom allume une cigarette en plein espace fermé, à l’occasion de l’un de ces galas de charité bien à la mode de chez nous. Sans gêne aucune. Elle ne s’attire aucun reproche, bien au contraire, certains ont même applaudi son audace. Et dire qu’on se demande encore pourquoi le terme de citoyenneté fait défaut dans notre lexique national... Si ceux qui sont au sommet de la hiérarchie, eux qui sont censés donner l’exemple, n’en font qu’à leur guise, comment voulez-vous que les citoyens de base se comportent ?
Résultat : en apparence, un État démocratique où les représentants du peuple sont dûment et régulièrement élus ;
dans les coulisses, un cirque géant qui a pour devise d’abord et avant tout la corruption.
Tout Libanais qui se respecte est susceptible d’évaluation pécuniaire. Malheureusement, la corruption occupe une place permanente et chère au cœur de notre peuple levantin. Ça baratine, ça flatte, ça soudoie, bref ça corrompt tant que c’est corruptible. Le poste de député ou le portefeuille ministériel est perçu comme l’opportunité ultime qui pavera le chemin vers les mines d’or du pays. Il s’ensuit que le service public n’est guère au centre des soucis.
On leur assigne les Travaux publics, ils s’arrangent pour maintenir le territoire en chantier permanent, avec pour devise : « Le pays de l’inachevé ».
On leur assigne la Santé, ils trouvent moyen d’importer des médicaments périmés pour se faire des dollars sur le dos des malades.
On leur assigne les Finances, ils en font une gestion de patrimoine personnel.
Rajoutez à cela un système confessionnel unique en son genre, pilier protecteur de la débauche et qui offre la possibilité aux justiciables de se blanchir par le biais de leur communauté. Tour cela conduit à la configuration d’un État où la corruption est inscrite dans le code génétique de ses citoyens.
Force est de constater que tout régime qui se maintient tire sa légitimité du bas de la hiérarchie, en d’autres termes du peuple.
On se plaint passivement, on s’offusque tout bas, mais surtout on s’abstient sciemment de toute réaction active. Le pauvre s’appauvrit et le riche s’enrichit. Conséquence : le pauvre applaudit le riche d’avoir su s’enrichir. Nos compatriotes sont très complaisants face à tout genre de pratiques louches. Leur moteur : l’argent envers et contre tout, ce qui servira d’excuse à toutes les compromissions. En cette terre plus que partout ailleurs, le succès de l’homme se mesure exclusivement à sa capacité pécuniaire. L’honnête sera qualifié d’idiot et l’escroc sera érigé en parangon d’intelligence.
Des espaces économiques « branchés », comme l’immobilier, sont devenus les « nouveaux riches des secteurs » où tous les excès sont permis. Du coup, on se retrouve avec quelques milliers de tours « de luxe » éparpillées dans une ville sans vision urbaniste aucune, une capitale avilie par ces gratte-ciel modernes qui prétendent honorer le passé par le futur (allez comprendre !),
un patrimoine architectural en voie de disparition et une effervescence de « développeurs », prototype de la réussite auquel aspire le commun des mortels.
Des prestations étatiques presque réduites à néant, une nation « en désuétude » où l’on ne sait par quelle réforme commencer... Et en face, une jeunesse qui s’en fiche complètement...
Chez nous, un jeune homme qui se respecte se doit d’ouvrir un pub. Conséquence : des ruelles tissées de bars, en grande partie sans queue ni tête et qui, dans la plupart des cas, finiront par fermer leurs portes au bout de 6 mois en attendant d’être repris par d’autres. La gent féminine, elle, est à la fois « styliste » et « top model » ;
elle confectionne des faux bijoux et colifichets en s’inspirant de la voisine. Souvent, l’intérêt primaire sera orienté vers les « photos shoots » et l’on priera jour et nuit pour se retrouver sous les feux des projecteurs. Alors que la nation est sur son lit de mort, qu’elle appelle à la réforme, le business des bars et faux bijoux « à durée déterminée » semble plus que pressant.
Côté affiliation politique, on se demande bien en quoi les jeunes s’identifient à des leaders que la guerre a propulsés « héros de la nation ». En quoi les préceptes de ces dirigeants représentent-ils les idéaux d’une jeunesse rêvant de jours meilleurs ?
Prenez Huvelin, fief universitaire. Huvelin où l’on se veut étudiants engagés politiquement. Pourtant, si l’on regarde de près, ce sont les bras qui sont bien plus engagés que les cerveaux. On se livre à tous actes de révolte, mais peu importe lorsqu’il s’agit de se tailler un sillon au milieu de cette jungle effrénée...
Au pays du Cèdre, le chien continuera d’aboyer et la caravane n’en finira pas de passer... Jusqu’au jour où l’on aspirera à un avenir autre, où le débat des idées éclairées verra à nouveau le jour, où la construction d’un État de droit sera en tête de nos priorités, où la piastre ne sera pas Dieu et Dieu relégué aux poubelles.
L’atterrissage est réussi, tout le monde applaudit, mais derrière le hublot, un paysage avili par sa triste réalité. Eh oui, le mauvais état du pays vous attrape aux portes de l’aéroport. Ça commence par le premier taxi arrêté et les paroles que le chauffeur ressasse aux passagers depuis qu’il exerce la profession : en gros, à quel point la situation sociopolitique est minable. Certains diront : « C’est la réalité libanaise, tu feras avec ou tu ne feras pas du tout ! »Il est vrai qu’en méditant sur le mal-être libanais, l’on se heurte en route à plus de murs fermés que de voies ouvertes. Il n’y a pas plus compliqué que de se hasarder à chercher une issue à ce cercle vicieux. Je ne prétends guère proposer un palliatif à nos maux... Je me contenterai simplement d’évoquer quelques éléments...
commentaires (1)

Cités à la dérive (Stratis Tsirkas) …. Désolant, et triste à en mourir que ce pays où tout est permis, et qui s’enfonce de plus en plus dans le désordre, l’anarchie et la désorganisation. Quand aux élus et consorts, à donner l’exemple… la bonne blague !!!!

Nadine Naccache

03 h 10, le 26 février 2013

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Commentaires (1)

  • Cités à la dérive (Stratis Tsirkas) …. Désolant, et triste à en mourir que ce pays où tout est permis, et qui s’enfonce de plus en plus dans le désordre, l’anarchie et la désorganisation. Quand aux élus et consorts, à donner l’exemple… la bonne blague !!!!

    Nadine Naccache

    03 h 10, le 26 février 2013

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