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À La Une - Éclairage

Le vote des commissions et la « libération » des sièges chrétiens

La réunion des pôles chrétiens (ou de leurs représentants) à Bkerké hier donne le ton de l’atmosphère générale qui règne actuellement dans les milieux de cette communauté. Même si le projet dit orthodoxe continue à soulever des critiques et à susciter une certaine inquiétude sur l’exacerbation des sentiments confessionnels, les quatre grandes formations qui l’ont appuyé, le CPL, les Marada, les Forces libanaises et les Kataëb, éprouvent un certain soulagement, d’autant que sous la houlette du patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, ils s’étaient entendus sur deux points électoraux essentiels : le refus de revenir à la loi de 1960 et la nécessité d’améliorer la représentation chrétienne au Parlement. Le vote en commissions du projet grec-orthodoxe est donc à ce sujet une grande victoire pour ces formations et surtout pour Bkerké, même si ce vote a éloigné certains alliés du 14 Mars et même si, d’autre part, ce vote doit être confirmé par le choix définitif d’une nouvelle loi électorale.


Au sujet de la relation entre les alliés, il est certain que le vote des commissions a créé un froid entre les partis chrétiens du 14 Mars et le courant du Futur. D’ailleurs, selon des sources proches des Forces libanaises, la conversation téléphonique entre le chef de ce courant, l’ancien Premier ministre Saad Hariri, et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, n’a pas été aussi sereine qu’on le dit. Le ton est monté entre les deux hommes, Saad Hariri parlant de « poignard dans le dos » et Samir Geagea déclarant qu’il ne peut pas renier l’accord de Bkerké ni se placer en porte-à-faux avec l’autorité religieuse maronite. De plus, Geagea aurait précisé à son interlocuteur que, contrairement à ce qu’a fait le général Michel Aoun avec le Hezbollah, lui n’a pas demandé l’appui du courant du Futur, se contentant de réclamer la liberté de décider ce qui convient le mieux aux chrétiens et aux Forces libanaises. Au bout d’une longue discussion, les deux hommes ont finalement convenu de laisser la porte du débat ouverte pour aboutir à une solution médiane, autrement dit, un projet de loi qui ménage les intérêts du courant du Futur mais permet en même temps aux chrétiens d’élire eux-mêmes au moins une grande partie de leurs députés.


Si aussi bien Samir Geagea qu’Amine Gemayel ont multiplié hier les déclarations pour préciser que l’alliance du 14 Mars reste intacte, la réalité est que l’approche électorale sera cette fois forcément différente de celle des deux derniers mandats. La source proche des Forces libanaises précise à cet égard que cette fois-ci les chrétiens seront plus libres, n’ayant plus à porter le poids des grands groupes musulmans dans leurs campagnes électorales. La source proche des FL souligne le fait qu’en 2005 et 2009, il n’y avait pas de véritable problème, la ligne politique étant claire et les slogans adoptés à l’unanimité au sein du 14 Mars. Mais cette année, la situation est différente avec la montée des extrémismes musulmans et la difficulté pour les formations chrétiennes de s’aligner sur certains de ces groupes, même si elles continuent d’appuyer la révolution syrienne, contre le régime d’Assad. Dans ce contexte, les formations chrétiennes se sont donc trouvées dans des situations parfois inconfortables, notamment lors de certains incidents au Nord et lors des événements de Ersal. Malgré cela, leur appui à la ligne politique adoptée par le courant du Futur est resté indéfectible. Alors que ce courant n’a pas vraiment fait d’efforts pour tenter de comprendre les motivations des chrétiens et leur sensibilité. Même le projet présenté par Ahmad Fatfat devant la sous-commission parlementaire était bien en deçà des attentes chrétiennes, comme si le courant du Futur n’avait pas encore compris la fermeté de la position chrétienne.

 

Désormais, la situation est différente. Et si (comme on le dit) la tactique derrière le vote des commissions conjointes était d’amener le courant du Futur à négocier de manière plus pragmatique, cette tactique a réussi, estiment des sources proches de Bkerké, puisque si un compromis est conclu, il passera certainement par « la libération » d’une grande partie des sièges chrétiens, si ce n’est des 64 comme le propose le projet dit orthodoxe. La responsabilité des partis chrétiens du 14 Mars est maintenant de pousser dans ce sens, vers une formule qui ressemblerait au projet présenté par le président de la Chambre Nabih Berry. Sinon, il faudra se rabattre à nouveau sur le projet orthodoxe. Toutefois, un des députés membre de la sous-commission parlementaire déclare que toute cette manœuvre n’aurait pas été possible sans la position du Hezbollah et d’Amal, qui ont appuyé sans réserve les revendications de leurs alliés chrétiens, n’hésitant pas à renoncer aux sièges chrétiens qu’eux-mêmes accaparaient pour les rassurer, montrant ainsi leur attachement à la coexistence et au renforcement du rôle des chrétiens au Liban. Le Hezbollah et Amal ont donc forcément marqué des points politiques par le biais de cette attitude. C’est sans doute la raison pour laquelle la campagne dénonçant l’implication du Hezbollah dans les combats en Syrie s’est soudain amplifiée...

 

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