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Culture

« 80 marches » et pourquoi pas le 7e ciel ?

Théâtre Écrite par Randa Khalidi et mise en scène par Aliya Khalidi, la pièce « 80 marches » est présentée sur les planches de Babel jusqu’au 3 mars. Une comédie drôle, loufoque. Un bain de jouvence.
22/02/2013
Comment décrire l’âge de la retraite, la vieillesse qui arrive à galop, les tourments du quotidien et le poids du passé sans pathos ni larmoiement? Quel style choisir pour ne pas tomber dans le banal, le didactique, le cours magistral, mais offrir une pièce, une tranche de vie qui prend l’allure d’une composition musicale avec ses altos, ses sopranos et ses
trémolos?

La vieillesse, ce mal irréparable
Randa Khalidi a gagné le pari. Cette scénariste palestinienne de Jérusalem, diplômée avec mention de l’Université d’Oxford section littérature anglaise, a passé le plus clair de son temps entre le Liban, la Syrie et l’Europe. À son actif de nombreuses pièces, mais Tmenin darajé (80 marches) est la première à être présentée sur scène. C’est Aliya Khalidi qui la réalisera enfin sous forme de grosse farce burlesque un peu noire, mais toujours drôle. «Ce texte m’a été envoyé il y a dix ans par ma tante, dit-elle, mais je n’étais pas encore prête à m’engager dans le sujet de la vieillesse. Maintenant ça va.»
Le spectacle commence à 20h30, d’où le nom de la compagnie «Beyrouth 8.30» qui s’est formée dans le but de présenter des performances avant-gardistes et un langage expérimental nouveau. «Beyrouth 8.30» vient d’ailleurs de gagner, en janvier dernier, le prix Sultan Mohammad al-Qassimi au 5e Festival de théâtre à Qatar pour la pièce al-Dictator de Lina Abyad. Interprétée par d’excellents acteurs qui mènent la barque avec fantaisie et audace, 80 marches nous introduit dans une maison aux fenêtres qui claquent aux histoires du passé, mais aux portes qui s’ouvrent à toute éventualité.
Ahmad (Faek Humaissi), un militaire à la retraite qui semble dériver vers la nonchalance absolue, vit avec sa femme Lamia (Raeda Taha) narcissique à outrance, ne s’occupant que de son physique et des fringues et aspirant à une nouvelle jeunesse. Mais il y a aussi, dans cette demeure, Fayzeh (Lina Abyad), la sœur d’Ahmad, vieille célibataire aux idées étriquées et à la larme facile. L’action s’articule sur ces trois acteurs et actrices principaux qui sont néanmoins encadrés par la jeune fille de la maison, Laïla (Nazha Harb), qui, malgré sa jeunesse, a des idées bien arrêtées sur le mariage et le port du voile. Il y a enfin l’homme à tout faire qui passe son temps à grimper et à descendre ces quatre-vingt marches. C’est donc dans ce huis clos un peu désordonné (à l’image de leur vie), puisque médicaments et tous genres d’élixirs avoisinent chaussettes, chaussures, vêtements et autres falbalas, que ces trois personnages vont déballer leur passé, leur présent et diriger leur avenir.
Ils sont fous, fous, fous ces comédiens et leur dialogue délicieusement déjanté. Au fur et à mesure que l’action avance, cette folie chavire dans l’hystérie la plus totale. Et pourtant ! Les sujets traités ne sont pas faciles. Comment aborder l’avenir quand on a vécu des jours glorieux dans le passé et qu’on est devenu comme des parias de la société? Peut-on encore rêver à des jours meilleurs? C’est au fil de ce va-et-vient sur les marches, de cette inclinaison qui décline, que Ahmad, Lamia et Leïla, après s’être déchirés, querellés, avoir lavé leur linge sale et dévoilé tous les non-dits qui pèsent sur le cœur, vont petit à petit s’alléger de tous tabous, préjugés et autres idées reçues pour avancer dans la vie et grimper, le cœur leste, les marches à venir.
Une comédie noire, pleine d’humour et sans prétention, qui n’a de message que de faire rire tous les spectateurs de leur propre condition humaine. Pari réussi !

*Jusqu’au 24 février et du 26 février au 3 mars. La performance est en langue arabe. Pour les réservations, appeler le théâtre Babel au 01/744033 après 15 heures.

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