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Les élections en Italie entre télévision, Internet et brouillard épais...

Les élections en Italie entre télévision, Internet et brouillard épais...

Scrutins Grande inconnue : le vote protestataire en faveur du comique devenu politicien Beppe Grillo.
OLJ/AFP
18/02/2013

L’Italie s’approche jusque-là des législatives des 24-25 février dans une incertitude croissante sur leur issue et la stabilité du futur gouvernement, qui dépendront notamment du vote protestataire recueilli par le comique devenu politicien Beppe Grillo.


Selon les derniers sondages disponibles, le centre gauche de Pier Luigi Bersani bénéficie d’une avance de seulement 2,5 à 4,5 points sur la droite de Silvio Berlusconi. Mais l’annonce-choc d’une démission du pape Benoît XVI a tout chamboulé, faisant passer au deuxième plan les interviews et talk-shows grâce auxquels le Cavaliere a opéré une remontée spectaculaire depuis décembre.


« L’annonce du pape a bloqué le vent qui soufflait dans les voiles de Berlusconi, elle lui a retiré de l’espace et de la visibilité, et à cela est venu s’ajouter San Remo », a expliqué le politologue Roberto D’Alimonte, à propos du festival de la chanson suivi tous les soirs par plus d’une dizaine de millions de personnes.
L’Italie vit en effet une drôle de campagne où les candidats Premier ministre, y compris l’actuel chef de gouvernement Mario Monti, ont misé sur la télévision et le Net pour défendre leurs idées.

Tsunami-tour
La gauche est donnée victorieuse avec entre 33 et 34 % des suffrages, ce qui est peu mais suffisant pour qu’elle s’octroie une confortable majorité à la Chambre des députés, grâce au mode de scrutin en vigueur. Mais elle se fait rogner aux entournures par un nouveau mouvement du juge sicilien Antonio Ingroia, Révolution civile. « Le maximum de ce que peut espérer Bersani c’est rester à peu près au même niveau que maintenant », estime M. D’Alimonte.
Une des grandes inconnues du scrutin réside dans la performance du comique devenu politicien Beppe Grillo qui, avec ses propositions pour réduire drastiquement le nombre de parlementaires, aider les PME et accorder un revenu minimum aux sans-emploi, est crédité de 14 à 18 % des voix, voire davantage. De tous les candidats, il est le seul à braver le froid et la pluie avec deux ou trois meetings quotidiens dans un « Tsunami-tour » en camping-car qui écume les places de la péninsule.
Pour le professeur D’Alimonte, « il est possible que le soir du vote, il s’adjuge 20 %, autant que le PDL de Berlusconi ».

Au Sénat
La performance de M. Monti, entré en politique fin décembre à la tête d’une coalition centriste, est également un point d’interrogation. Pour le moment, il est crédité de 10 à 14 % des intentions de vote, mais en tant que chef du gouvernement sortant, il pâtit fortement de la crise qui frappe l’Italie avec une forte contraction du PIB (-2,2 % en 2012).
L’issue du scrutin se jouera surtout au Sénat où la loi électorale prévoit une prime de majorité par région. L’alliance PDL-Ligue du Nord (créditée de 28,5 % à 30,5 % au niveau national) s’est lancée dans une bataille sans merci pour l’emporter en Lombardie, son fief, ainsi qu’en Sicile, Vénétie et Campanie.
Mais, selon le professeur D’Alimonte, « dernièrement Grillo pique des voix à Berlusconi et à la Ligue », et non plus seulement à la gauche, après des scandales qui ont touché des personnalités de droite comme le président de la région de Milan Roberto Formigoni (PDL).
Ce phénomène « perceptible en Lombardie pourrait favoriser une victoire de Bersani dans les deux Chambres », a jugé le professeur D’Alimonte. Selon lui, « il y a encore 10 % de vrais indécis ».

Les marchés
Le pire scénario serait que l’Italie se retrouve au soir du 25 février avec une majorité différente à la Chambre et au Sénat, alors que les deux assemblées ont le même poids en Italie. Cette hypothèse d’ingouvernabilité inquiète les marchés et partenaires de l’Italie, alors que la troisième économie de la zone euro très endettée ne voit pas le bout du tunnel de la récession. Mais les politologues la jugent improbable.


Car en cas d’impasse, un pacte est déjà envisagé entre la gauche et le centre de M. Monti qui pourrait, en fonction de son score, entrer au gouvernement comme ministre de l’Économie ou obtenir la présidence du Sénat.
Dans un tel cas de figure, se poseraient toutefois des problèmes de cohabitation entre M. Monti et Nichi Vendola, allié-clé du PD de Bersani et chef du petit parti SEL (gauche radicale). Selon M. Monti, ils sont à « des années-lumière en termes de vision du monde ».


En attendant, et à l’aune gluante d’une profonde récession et d’une vulnérabilité record, le maître mot pour évoquer la période très particulière qui s’achève est sans doute le « spread » (écart entre taux italiens et allemands), terme inconnu des Italiens il y a deux ans, et qui rythme journaux télévisés et discours politiques. Cet indicateur du degré de défiance qu’inspire l’Italie par rapport à la vertueuse Allemagne a chuté de moitié depuis novembre 2011, date de l’arrivée de M. Monti aux manettes.


À cet égard, « il y a eu un avant et un après » Monti, résume Alberto Barcella, président de l’organisation patronale Confindustria en Lombardie, la région la plus riche et la plus industrielle.
« Ce gouvernement a opéré dans une des périodes les plus difficiles de la République italienne. (...) Dans ce contexte, je crois qu’il a fait aussi bien que possible », estime-t-il, citant l’adoption de réformes des retraites et du marché du travail.

Mi-2013
Mais ces efforts, en particulier la stricte politique de rigueur mise en place pour tenter d’éponger la dette toujours abyssale du pays (2 000 milliards d’euros) et apurer les comptes publics, ont eu un prix très élevé pour les citoyens.
Les Italiens ont ainsi peu apprécié la réimposition d’une lourde taxe foncière. Le thème des impôts a d’ailleurs dominé la campagne électorale avant d’être éclipsé dernièrement par de retentissants scandales financiers, qui ont fait vaciller des géants comme Finmeccanica ou Eni.


Difficile alors de croire aux promesses officielles d’un retour de la croissance à la mi-2013 alors que selon les dernières statistiques, l’Italie vient d’enchaîner six trimestres consécutifs de recul du PIB, sa plus longue période de récession depuis 20 ans. L’économie s’est contractée de 2,2 % en 2012.

Scénario favori
Parallèlement le chômage gagne du terrain : il a atteint 11,2 % de la population active en décembre (36,6 % pour les jeunes de 15-24 ans) et alimente le ressentiment contre une classe politique jugée déconnectée de la réalité quotidienne du citoyen et laxiste face à la corruption.
M. Monti, après avoir initialement exclu de se lancer en politique, a justifié son revirement fin décembre par la volonté de préserver les réformes accomplies.
« Nous sommes les seuls à avoir montré notre capacité à gouverner. Et il y aurait un grand risque de faire repartir le grand incendie financier si les Italiens prêtaient l’oreille à Berlusconi et à ses promesses illimitées », a-t-il déclaré cette semaine.


La nette remontée du Cavaliere dans les sondages des dernières semaines a fait courir quelques frissons sur les marchés, en particulier après sa promesse de restituer aux Italiens la taxe foncière honnie s’il était élu. De quoi réveiller le spectre d’une Italie incontrôlable et faisant peser un risque sur la zone euro tout entière.
Leur « scénario favori » serait celui d’une alliance entre le Parti démocrate, favori des sondages mais qui n’aura peut-être pas la majorité au Sénat, et la coalition centriste de Mario Monti, qui serait ainsi appelé à conserver un rôle déterminant dans le futur gouvernement.

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