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Les élections en Italie entre télévision, Internet et brouillard épais...

En plein hiver et douloureux...

Tribune
18/02/2013

Une élection en plein hiver n’est pas du goût des Italiens. Pourtant, les 24 et 25 février, pas loin de 50 millions d’électeurs se rendront aux urnes pour choisir les membres d’un nouveau Parlement, portant au pouvoir le 62e gouvernement de l’Italie des derniers 65 ans.


Depuis novembre 2011, l’Italie n’était pas dirigée par un politicien, mais par un économiste universitaire et un ancien commissaire de l’Union européenne, Mario Monti. L’avènement de son gouvernement technocratique, appuyé par la gauche et la droite, s’est avéré un coup de maître du président sortant Giorgio Napolitano.


La manœuvre de Napolitano a été déterminante, comblant le besoin de l’Italie de remplacer Silvio Berlusconi, l’ex-président inefficace et éclaboussé par les scandales, qui avait perdu toute confiance des dirigeants des autres pays et de la finance internationale, par un candidat respecté à l’étranger. Sous la gouverne de Monti, les réformes ont finalement été entamées apaisant ainsi les marchés financiers.


Pour rendre plus crédibles les finances publiques, le gouvernement de Monti a substantiellement augmenté les impôts, particulièrement sur l’immobilier, tout en maintenant le taux déjà historiquement élevé de l’impôt sur les revenus. Le plan fiscal a fait ressortir que l’Italie, comme le Japon, est un pays grevé de dettes publiques, mais aussi doté de grandes fortunes privées. Comme l’économiste Marco Fortis l’a fait remarquer, le patrimoine des familles italiennes est encore le plus important d’Europe, même si cela risque de ne pas durer.


À part un regain de crédibilité internationale, deux développements majeurs dans l’évolution politique de l’Italie ont influencé la campagne électorale. Le premier étant la démission imprévue de Monti en décembre, après avoir perdu l’aval du parti de Berlusconi. Même s’il ne présentera pas sa candidature (il est déjà sénateur à vie), il a formé une coalition centriste – sans lien avec la gauche ou la droite – pour participer à l’élection. Il a même déclaré sa volonté de reprendre ses fonctions de dirigeant advenant à une victoire de la coalition.


Comme deuxième changement majeur on observe que l’Italie, après presque deux décennies difficiles pour maintenir un système politique viable ballotté par les partis de centre gauche et de centre droit, se dirige vers une dispersion remarquable des forces. L’urne comptera une douzaine de partis en lice, dont la plupart d’entre eux ne remporteront aucun siège au Parlement, en raison d’une loi électorale de 2005 exigeant au moins 4 % du scrutin national pour avoir droit d’entrée à la Chambre des députés (la Chambre basse) et 8 % sur une base régionale pour entrer au Sénat.
Selon les sondages d’opinion publique, le Parti démocratique de centre gauche, mené par Pier Luigi Bersani, ainsi que certains alliés plus à gauche, détient l’appui d’environ 33 % de l’électorat, en baisse depuis la fin janvier, alors que le soutien populaire de la coalition de centre droit de Berlusconi s’est relevé à 28 %. Entre-temps, le regroupement centriste de Monti n’obtient que 16 % des supports, alors que le populiste Mouvement 5 étoiles, fondé par le comédien Beppe Grillo en 2009, recueille 17 % des intentions de vote – un pourcentage qui pourrait encore augmenter si ceux qui ne se sont pas rendus aux urnes la dernière fois décident de sortir de chez eux et de faire valoir un vote de protestation.
Le véritable affrontement se produira donc entre la coalition de Bersani et celle dirigée par Berlusconi. La plupart des observateurs estiment que Bersani l’emportera, en raison de la loi électorale très critiquée, qui le portera à la tête de la Chambre basse s’il remporte une majorité des voix – peu importe le nombre de gens qui votent ou la minceur de l’écart de voix. La loi avait favorisé Berlusconi en 2008 ; mais c’est fort probablement Bersani qui en profitera maintenant.


Mais, pour gouverner, Bersani a besoin des deux Chambres, et il est peu probable qu’il réussisse à accaparer 50,1 % des voix au Sénat. Par contre, la coalition de Monti ne parvenant pas à gagner du terrain, le reflet de l’attrait traditionnellement limité de partis bourgeois classiques en Italie, bon nombre d’observateurs se demandent quel sera son rôle dans le prochain gouvernement. Pour Bersani, la formation d’une coalition avec Monti pourrait bien lui fournir la clé du pouvoir dans la Chambre haute et, en fin de compte, du gouvernement.


Au milieu de ces stratégies et prévisions, trône un scandale grandissant impliquant certaines banques qui a rappelé aux Italiens qu’en politique, des aléas peuvent parfois changer le cours des événements. Lorsque la troisième grande banque d’Italie, Monte dei Paschi di Siena, a révélé qu’elle aurait essuyé des pertes allant jusqu’à 720 millions € (970 millions $) dans des opérations complexes de produits dérivés effectuées de 2006 à 2009, les appuis à la coalition de Bersani ont commencé à descendre, en raison des liens de longue date du Parti démocratique avec cet établissement bancaire. Étant donné que les Italiens ont plutôt tendance à voter contre, et non pour des enjeux, la méfiance à l’égard du Parti démocratique s’est traduite par une hausse de la faveur populaire envers la coalition de Berlusconi.


Un autre enjeu susceptible de miner la popularité du Parti démocratique réside dans sa position en faveur d’une nouvelle taxe sur le patrimoine. Les Italiens ont déjà un lourd fardeau fiscal à porter : un contribuable dont le revenu annuel atteint 50 000 € doit débourser 15 000 € en impôt sur le revenu ; s’il a deux enfants, cette somme n’est défalquée que de 1 000 €. En comparaison, un contribuable français disposant du même revenu ne paiera que 9 000 € ; et avec deux enfants, le montant des taxes tombe à 3 000 €, et un patrimoine de 1,5 million € n’entraînerait qu’un supplément d’impôt sur la fortune de 4 230 €.


En d’autres termes, avec ou sans enfant, les citoyens français paient moins d’impôts annuels que les contribuables italiens peu fortunés. Dans ce contexte, un nouvel impôt sur la fortune pourrait s’avérer une proposition dangereuse pour le Parti démocratique.


Une caractéristique de l’instabilité de la politique en Italie demeure constante : la résistance exercée par les intérêts en place et la domination d’un appareil bureaucratique hypertrophié et inefficace. Même si la population de l’Italie compte pour moins d’un cinquième de celle des États-Unis, les membres du Parlement italien sont deux fois plus nombreux que les sénateurs du Congrès américain. De plus, ils font partie du groupe de députés les mieux rémunérés et les plus privilégiés du monde entier.


Pendant ce temps, les grands commis de l’État italien n’ont jamais été aussi bien, et selon les données de l’OCDE, plusieurs ex-dirigeants à la retraite bénéficient de régimes plus généreux que celui des anciens présidents des États-Unis. Les salaires des chefs de l’état-major et de la préfecture de police de l’Italie sont presque le triple de ceux de leurs homologues américains.


Malgré cela, les perspectives de réforme politique n’invitent pas à l’optimisme. Quand bien même les partisans de Grillo se mettraient à lancer pendant quelques mois des feux de Bengale en guise de protestation de ces sinécures dorées, il est peu probable que l’on assiste à une prise d’assaut cohérente menant à de véritables réformes.
Plus largement, le dénouement de l’élection italienne aura sans aucun doute des conséquences très importantes sur une zone euro encore fragile, même si la nature de l’impact demeure impossible à prédire – à moins d’un retour au pouvoir de Berlusconi, auquel cas les conséquences seront plus qu’évidentes.

Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier.
©Project Syndicate, 2013.

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