C’est avec beaucoup d’attention que le 8 Mars a suivi le discours télévisé de Saad Hariri à l’occasion du 14 février, sachant que ce dernier a dû bien préparer aussi bien le contenu que la forme. Pour de nombreuses personnalités du 8 Mars, ce discours ainsi que l’ensemble de la cérémonie sont considérés comme un test de la situation générale au sein du 14 Mars après la longue absence du chef de cette coalition et à la veille des élections législatives.
Sur le plan de la forme, les observateurs du 8 Mars ont constaté d’abord que la cérémonie s’est déroulée en l’absence des figures de premier plan, comme Saad Hariri en personne, mais aussi comme le chef des Kataëb Amine Gemayel ou celui des Forces libanaises Samir Geagea. Depuis le 14 février 2005, c’est la première fois que la cérémonie de commémoration de l’assassinat se déroule en l’absence des principales figures du 14 Mars, sachant qu’au cours des deux dernières années, seul Walid Joumblatt manquait à l’appel. Certes, la raison officiellement invoquée pour justifier ces absences est la sécurité.
Mais, quelque part, les observateurs du 8 Mars préfèrent croire qu’elles sont surtout le reflet de la confusion qui règne entre les alliés. Au niveau du discours lui-même, les observateurs constatent que Saad Hariri a fait beaucoup de progrès dans l’art de la communication, étudiant ses attitudes et ses gestes pour ne pas avoir l’air figé et multipliant les phrases « improvisées » pour ne pas lasser son auditoire et pour créer une empathie avec lui. D’ailleurs, il fallait surtout noter que le gros du public appartenait au courant du Futur, contrairement au mélange habituel des partisans du 14 Mars. Sans aller jusqu’à dire que cette situation concrétise les divergences entre les partis chrétiens de la coalition et le courant du Futur au sujet de la salade électorale actuelle, les observateurs du 8 Mars se demandent s’il ne s’agissait pas d’une volonté délibérée de laisser toute la place au courant du Futur.
D’ailleurs, cheikh Saad lui-même a plus parlé de son courant que du 14 Mars en général, si l’on compare les fois où le 14 Mars figure dans ses propos et celles où il évoque le courant du Futur. De plus, dans les films préparés spécialement pour l’occasion et diffusés sur les écrans géants, des extraits de discours de Walid Joumblatt (notamment là où il appelle à la vengeance « contre Lahoud et contre Bachar ») ont été diffusés. Ce qui constitue un appel du pied évident dans sa direction. D’autres extraits du Premier ministre martyr Rafic Hariri, de Fouad Siniora et de Saad Hariri lui-même ont été repris, alors qu’il n’y avait aucune trace des discours du chef des FL Samir Geagea ou du patron des Kataëb Amine Gemayel. Cheikh Saad s’est donc essentiellement exprimé en tant que chef du courant du Futur. Il l’a d’ailleurs fait en toute connaissance de cause puisqu’il a voulu se présenter lui et son courant comme l’exemple de l’islam modéré face à tous les extrémismes actuels.
Sur le plan du contenu, les observateurs du 8 Mars relèvent le fait qu’il a très peu évoqué la situation en Syrie et le printemps arabe, se contentant de réaffirmer que la chute du régime d’Assad est inévitable, sans trop entrer dans les détails, préférant se concentrer sur la scène interne et prendre pour cible le Hezbollah et ses armes, donnant ainsi le ton des prochains slogans électoraux. Les observateurs considèrent que c’est là un changement fondamental qui montre qu’après avoir axé sa stratégie, au cours des deux dernières années, sur la chute imminente du régime syrien, cheikh Saad Hariri n’ose plus trop s’aventurer sur ce terrain, conscient que la situation en Syrie risque de ne pas évoluer dans le sens qu’il souhaite. Il a donc évoqué le dossier syrien rapidement, parce qu’il ne peut pas non plus occulter ce qui a constitué l’essentiel des ses discours pendant près de deux ans. Par contre, l’élément nouveau dans son discours, c’est le rejet des extrémistes islamiques et son souci de présenter son courant comme l’exemple de l’islam modéré.
Les observateurs du 8 Mars estiment que c’est là un point positif, qui n’a toutefois aucune concrétisation sur le terrain. Comment, en effet, cheikh Saad concilie-t-il son modèle de l’islam modéré avec les propos des députés Khaled Daher et Mouïn Meraabi, membres de son bloc parlementaire ? Quelle est donc l’attitude du courant du Futur face à la déclaration de Saleh Machnouk qui avait qualifié la messe célébrée à Damas par le patriarche maronite d’« office diabolique » ? Il clame ensuite haut et clair son appui à l’armée, mais ce sont quand même des parties qui se réclament de lui qui ont attaqué l’armée au Akkar et à Ersal. Ce sont aussi ces mêmes parties qui réclament à Ersal, comme elles l’avaient fait au Akkar, la formation d’une commission d’enquête « neutre et transparente », mettant ainsi en doute l’enquête militaire et remettant en cause, par le fait même, la crédibilité de l’armée. De plus, Saad Hariri a clairement rejeté les armes illégales, justifiant la multiplication de celles-ci par les armes du Hezbollah. Mais ce dernier, notent les sources du 8 Mars, n’a jamais agressé l’armée, en dépit de la mort de ses partisans à Hay el-Sellom, à Mar Mikhaïl et dans d’autres incidents similaires où les soldats ont tué des manifestants du Hezbollah. Ce dernier a levé sa couverture politique des personnes recherchées par la justice comme Hassan Mokdad et récemment Mahmoud, le frère du ministre Fneich, permettant leur arrestation, alors que le courant du Futur, lui, ne fait rien pour livrer les personnes recherchées à Ersal ou ailleurs.
Enfin, ajoutent ces sources, l’ancien Premier ministre s’est contenté de critiquer l’actuel Premier ministre sans réclamer son départ – comme il l’avait fait auparavant poussant son camp à lancer l’assaut contre le Sérail après l’assassinat du général Wissam el-Hassan le 18 octobre dernier. Il s’est donc contenté d’affirmer que les élections seront le moyen de revenir au pouvoir, promettant aussi à ses partisans de corriger les erreurs commises, sans toutefois préciser celles-ci. Mais le plus grave, estiment les observateurs du 8 Mars, c’est que huit ans après l’assassinat de Rafic Hariri, son fils n’a que deux grands thèmes à offrir à ses partisans : les réalisations de son père et l’hostilité au Hezbollah.
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Pour mémoire
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Quand le fanatisme du " PARTI PRIS " nous tient... ON DIVAGUE ! GLOIRE AUX SOURCES POLLUÉES...
10 h 08, le 16 février 2013