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Nos lecteurs ont la parole

L’ego emblématique

Par Molly SELWAN
« Il est facile de renoncer à la famille et au monde, mais
il est difficile de renoncer à l’ego si fermement ancré
et si désireux de grandir. » Swami Satyananda (Yoga spirituel)

Si Facebook avait existé au XVIIe siècle (ce qui est pure utopie), il aurait fait le bonheur de La Bruyère et enrichi encore plus ses Caractères. Grâce à cette trame virtuelle, le culte de soi se développe et grandit. Alors nous devenons tous des Arrias en puissance. La faculté de ce réseau est qu’il enrichit la personnalité d’un côté, et de l’autre favorise le suivisme. Ce miroir à multiples facettes, où l’on plonge souvent à la recherche de ce qu’il y a de meilleur en nous-même, de talentueux, d’amical, de positif, reflète notre désir de connaître mais surtout celui d’être reconnu et apprécié par les autres. Chacun des membres d’une page commune reçoit une dîme de louanges ou de compliments pour ses réflexions, ses créations ! C’est la bouffée accueillante qui oxygène le quotidien monotone et professionnel. C’est la parenthèse que l’on ouvre selon le besoin d’établir le contact ; celui que l’on sait toujours favorable à l’échange de points de vue, et surtout réceptif au nôtre. Facebook, c’est la rencontre et la découverte. Il m’a fait retrouver mes amies de classe, en France, en Belgique, au Canada... Ma famille éparpillée en Amérique, en Afrique, dans les pays arabes. Mes amies espagnoles à Madrid et en Colombie. Ils sont là, dans le quotidien, avec leurs pensées, leurs activités, leurs amours et leurs animosités.
L’avantage de cette invention : anéantir les distances, favoriser l’amitié, à travers l’actualité et la connaissance. Là je m’arrête un instant pour un hommage à Mark Zuckerberg qui, en 2003, dans sa chambre de l’université de Harvard, développa le programme software de Facebook. Hommage à son génie créateur pour avoir réalisé, avec ce réseau social, une œuvre utile à sa génération et à l’échange interplanétaire humain. Spécialement quand des milliers de citoyens ont pu communiquer, pour se réunir et exprimer leur révolte face à la dictature de leurs dirigeants. On peut qualifier le site de « polyglotte » car on y écrit en toutes les langues. Il ne s’y trouve aucune limite à la forme d’expression et à l’imagination stylistique des abonnés. L’écriture à la libanaise, qui prolifère dans les pages, aurait dû faire la joie de notre grand poète national Saïd Akl, promoteur de l’arabe écrit en caractères latins, de gauche à droite.
Facebook ! C’est le bazar où l’on peut vendre et acheter une idée politique et sociale, établir des transactions, faire de la publicité dans des pages spéciales. C’est la psyché de ces personnages publics et politiques dans laquelle le reflet est multiplié en milliers d’appréciations, transcrites, chaque jour, comme un rituel, par leurs admirateurs. Dans ce monde stigmatisé par le label « amitié », le verbe j’aime se conjugue à un niveau planétaire et à toutes les sauces. Lorsqu’il s’agit de guerres et de révolutions, de théâtre et de chanson, quand on parle de qualité humaine, de sentiment, de sensation, de crime, de pardon... On aime ! Et le chiffre augmente, souvent astronomique, selon le sujet aimé. Un enfant rachitique, mourant de faim et un bouquet de violettes sont aimés par un click, de la même façon... J’aurai voulu dire non ! Je n’aime pas la souffrance humaine, la faim et la soif dans le monde, la destruction et la guerre. Je n’aime pas la méchanceté et la médisance souvent déversées dans la page collective. S’il nous faut transposer nos antipathies communes, et les murs élevés par les convictions politiques sur cette page, à quoi nous servirait-il donc d’être inscrit sur Facebook, dont le principal concept est : amitié ?
Le réseau social et amical, comme le traduit son titre à l’origine, ne peut et ne doit en aucun cas se transformer en pages où l’on cultive la haine de l’autre, applaudi par une nuée de moutons de Panurge. Il faudrait écrire « je n’aime pas » au lieu de s’abstenir. L’abstention, pour moi est synonyme de fuite. Face à l’engagement d’une opinion, il faut avoir le courage de réagir.
Pour conclure, j’aurai aimé que la direction du site installe « je n’aime pas » avec le pouce vers le bas, comme cela a été envisagé d’abord, pour établir l’équilibre dans les appréciations. C’était là mon propos sur une expérience constructive en notre XXIe siècle.
« Il est facile de renoncer à la famille et au monde, maisil est difficile de renoncer à l’ego si fermement ancré et si désireux de grandir. » Swami Satyananda (Yoga spirituel)Si Facebook avait existé au XVIIe siècle (ce qui est pure utopie), il aurait fait le bonheur de La Bruyère et enrichi encore plus ses Caractères. Grâce à cette trame virtuelle, le culte de soi se développe et grandit. Alors nous devenons tous des Arrias en puissance. La faculté de ce réseau est qu’il enrichit la personnalité d’un côté, et de l’autre favorise le suivisme. Ce miroir à multiples facettes, où l’on plonge souvent à la recherche de ce qu’il y a de meilleur en nous-même, de talentueux, d’amical, de positif, reflète notre désir de connaître mais surtout celui d’être reconnu et apprécié par les autres. Chacun...
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