On s’était demandé au départ si ce n’était pas cette rumeur qui revenait, ces mauvaises langues qui parlaient... ou peut-être, ces esprits qui l’espéraient. Mais non. 600 ans après Grégoire XII, aujourd’hui, le pape a bien démissionné.
Pourquoi. Comment. A-t-il le droit. Depuis quand...
Ces questions ne nous ont pas manqué. Réseaux médiatiques ou réseaux sociaux, entre amis ou professionnellement, nous nous les sommes tous posées: Jean-Paul II, malade, ne l’avait pas fait. Aujourd’hui Benoît XVI l’a bien fait.
Certains ont cette décision conjurée. D’autres l’ont par contre saluée. Certains n’ont pas compris. D’autres ont cherché à trop analyser. Et pourtant, la réalité y est: l’homme en blanc nous a humblement salués...
11 février 2013. Journée mondiale des malades.
Par son combat, Jean-Paul II nous avait jusqu’au bout donné une leçon d’espérance dans sa maladie. Benoît XVI nous donne jusqu’au bout une leçon d’humilité dans sa démission... «En raison de l’avancement de son âge, dit-il, ses forces ne sont plus aptes à exercer adéquatement le ministère»(1) qui lui fut en 2005 confié.
Le grand théologien, le pape, le père spirituel de plus d’un milliard de chrétiens, tire sa révérence à une vie active mais ne démissionne pas. Jamais. Il renonce juste à son ministère public pour une vie plus contemplative. Il continuerait à «servir dévotement la sainte Église de Dieu à travers une vie consacrée à la prière»(1). Il aime tellement cette «sainte Église de Dieu» que pour son bien, et par amour, il cède sa place à celui qui, par la volonté de Dieu, lui succédera. Mais avant de s’en aller, humblement aussi, à ses frères, il demanda «pardon pour ses défauts»(1)... et les remercie pour leur amour.
11 février 2013. Fête de Notre-Dame de Lourdes.
«Qu’il me soit fait selon ta parole»(2), à l’ange, Marie avait-elle dit. Puis elle chanta:
«Mon âme exalte le Seigneur... Le Puissant fit pour moi des merveilles; Saint est son nom! (...) Il élève les humbles».(3)
Benoît XVI avait sans doute repris ces mots, entonnant à son tour le Magnificat, à l’image de celle qui fut l’exemple même de l’humilité, du «oui» sans cesse régénéré, de cette vie contemplative, toute confiante en la volonté de Dieu sur elle – et aujourd’hui, sur son Église.
11 février 2013. Lundi des Cendres, en Orient (NDLR: mercredi des Cendres – 13 février, en Occident).
Qu’en est-il du sort de l’Église? se demande-t-on.
«Lorsque son peuple s’installe trop, Dieu le dérange, le déplace, le remet en route. Le peuple de Dieu est fait pour les voyages: il est le Dieu de la mobilité; le Dieu voyageur. Un Dieu qui bouge et qui fait bouger. Un Dieu en mouvement, parce qu’il est amour. Quelqu’un qui aime est en perpétuel mouvement, toujours prêt à soulever les montagnes pour la personne qu’il aime».(4)
De quoi aurions-nous peur alors?
La volonté de Dieu ne saurait nous mener là où sa grâce ne pourrait nous sauver.
En ce début de carême, Benoît XVI a humblement renoncé à poursuivre son ministère par amour pour l’Église. Et nous, à quoi renonçons-nous? Et comment le faisons-nous? «Car-aime», et fais ce qui te plaît... C’est peut-être l’occasion-clef pour prier pour Benoît XVI, pour son successeur, et pour l’Église universelle.
Saint Père,
La barque de saint Pierre a besoin de vos prières. Merci pour l’exemple, alors. Merci d’être aussi grand en étant petit. Merci de croire que «sa grâce seule nous suffit». Et merci de nous avoir aidés à en faire de même. « C’est quand je suis faible que je suis fort(5)»...
Maya-Maria TORBEY
(1) Extrait du discours de démission de Benoît XVI prononcé le lundi 11 février 2013.
(2) Luc 1, 38.
(3) Luc 1, 46-55.
(4) « Une Église sans domicile fixe », Alain Ray, Éd. Mediaspaul, 2010.
(5) 2 Corinthiens 12,9.


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