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Nos lecteurs ont la parole

Les échangeurs

Par Éliane KONISKI
Tous les matins, en me rendant à mon travail, lorsque j’arrive à la bretelle qui descend de Naccache pour retrouver l’autoroute vers Beyrouth, et que l’agent de circulation m’impose impérieusement de m’arrêter avec le flot d’automobilistes issus de la même région, pour laisser passer un autre flot de voitures issu, celui-ci de l’autoroute venant du nord toujours vers la même destination, je me sens envahie par la rage devant pareille ineptie.
Imaginez donc que ces milliers d’autos, qui auraient dû tout bonnement continuer leur petit bout de chemin directement sur cette même autoroute, ont trouvé l’idée géniale de monter vers cette même bretelle non point pour rejoindre la région de Naccache ou Rabieh, mais tout simplement pour redescendre quelques mètres plus loin de cette bretelle et rejoindre à nouveau l’autoroute !...
Pareille dérivation aurait pu sembler tout à fait anodine si elle n’occasionnait pas, de ce fait, un embouteillage monstre sur ce chef-d’œuvre de pont (j’en suis encore à la recherche du nom de ce génial architecte, auteur de cette merveilleuse réalisation).
Mais ce matin, lorsque le policier m’a ordonné de m’arrêter pour laisser monter et descendre ces drôles d’automobilistes, je n’ai pas pu m’empêcher de l’interpeller pour lui demander pourquoi il les laissait faire. Sa réponse me cloua le bec : « Qu’est-ce que je peux faire s’il y a des gens dénués de morale (bala akhlé2) ? »
En effet, des automobilistes dénués du sens éthique ou civique, il y en a à la pelle ; ce n’est pas ça qui manque. En revanche, ce qu’on ne trouve pas apparemment, c’est un plan, une logique pour mieux régler au mieux la situation oppressante des embouteillages qui enveniment, quotidiennement, la journée et la vie de ces milliers d’automobilistes.
Et si un pont ou une bretelle d’autoroute ont été mal conçus depuis le départ, qu’on prenne donc la peine de leur trouver des rectifications, des ajouts salutaires. On ne peut pas amalgamer, sur un même petit tronçon de pont, des flots de voitures venant de quatre directions différentes et opposées sans aucune séparation entre elles, et attendre des pauvres agents de circulation qu’ils remédient à cette monstruosité avec une baguette magique. Il faudrait, par exemple, prévoir des couloirs séparés pour chacune de ces directions (style U turn). Mais laisser les gens se rentrer dedans et essayer après de les dépatouiller n’est pas vraiment d’une grande intelligence ni même clairvoyance.
Déjà, on a détruit le pont de Jal el-Dib, et après quelques manifestations autant vaines que folkloriques surtout par les notables locaux, on a relégué aux calendes grecques sa reconstruction. Il y aura toujours un ou deux députés de la région pour ressortir ce lapin au moment opportun (de préférence juste avant les élections) afin de se refaire une popularité aux dépens de ces pauvres résidents qui n’ont pas fini de ramer avant de voir le bout du tunnel... ou plutôt du pont idéal.
Tous les matins, en me rendant à mon travail, lorsque j’arrive à la bretelle qui descend de Naccache pour retrouver l’autoroute vers Beyrouth, et que l’agent de circulation m’impose impérieusement de m’arrêter avec le flot d’automobilistes issus de la même région, pour laisser passer un autre flot de voitures issu, celui-ci de l’autoroute venant du nord toujours vers la même destination, je me sens envahie par la rage devant pareille ineptie.Imaginez donc que ces milliers d’autos, qui auraient dû tout bonnement continuer leur petit bout de chemin directement sur cette même autoroute, ont trouvé l’idée géniale de monter vers cette même bretelle non point pour rejoindre la région de Naccache ou Rabieh, mais tout simplement pour redescendre quelques mètres plus loin de cette bretelle et rejoindre à nouveau...
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