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Nos lecteurs ont la parole

Istanbul l’ensorcelante

Par Tahani Khalil GHEMATI

« J’écris parce que je n’arrive pas à être heureux quoi que je fasse. J’écris pour être heureux. »

– Orhan PAMUK

Libre. Un électron libre et anonyme dans une ville de treize millions d’habitants. Je n’étais plus sunnite, ni chiite, ni alaouite, ni ismaélite, ni maronite, ni grecque-orthodoxe ou catholique, ni druze, ni arménienne-catholique ou orthodoxe, ni protestante, ni catholique romaine, ni syriaque-orthodoxe ou catholique, ni copte, ni assyrienne, ni chaldéenne, ni juive, ni bouddhiste ou hindouiste. Aucune identification palpable. J’étais ce que je suis c’est-à-dire une femme libre et insoumise aux diktats d’une poignée d’hommes refoulés. J’ai humé l’énergie frénétique et bouillante si particulière des grandes métropoles. Intimidée par les musiciens des ruelles du quartier de Beyoglu qui m’ont chanté Ya Moustapha, ana bahebbak ya Moustapha. Une ancienne chanson égyptienne populaire interprétée en arabe, français, italien, grec et turc. Un magma coloré et métissé de notre Méditerranée aux eaux ravagées. J’ai compté mes pas sur des pavés irréguliers et kidnappé des instants de vie dans un objectif parfois capricieux. J’ai retrouvé une amie d’enfance évaporée depuis plus de trente ans de l’autre côté d’un Atlantique au décalage horaire exaspérant. À l’impossibilité tactile autour d’un « çay » enfermé dans une tasse aux formes voluptueuses. J’ai ri aux éclats avec la princesse turque d’Iskenderun à la voix brumeuse et altérée par la nicotine assassine. Une Jeanne Moreau au tourbillon de vie aux fils décousus.
J’ai dansé nos vies à l’aube des cinquante en me disant que le meilleur était à l’avant et non à l’arrière du wagon. Un Orient Express qui n’embarque que les âmes riantes. Je suis restée pendant des heures dans cette échoppe de livres et cartes anciens à caresser cet ancien coran en cuir marron foncé. À déchiffrer des calligraphies rédigées à la main. À deviner cet inconnu forcément beau à l’écriture si élégante. À feuilleter des pages jaunes et humides où parfois les lettres n’existent plus. Aux taches gris souris d’un temps qui n’est plus. J’ai bouclé ma balade au Istanbul Modern. Le Musée d’art moderne, une vilaine bâtisse en béton au bord du Bosphore mais qui abrite dans son ventre de petites pépites réalisées par des artistes turcs. Istanbul, tu m’as redonné l’espoir, la force et l’énergie. Istanbul aux minarets en points d’exclamation insolents et élancés dans un ciel bleu turquoise. Istanbul aux coupoles fertiles telles les nuits de pleine lune. Je me suis perdue dans tes cafés, ruelles aux perpendiculaires ou diagonales improbables. Istanbul, la ville de lumière offerte en cadeau à tous les amoureux de la vie...

« J’écris parce que je n’arrive pas à être heureux quoi que je fasse. J’écris pour être heureux. »
– Orhan PAMUKLibre. Un électron libre et anonyme dans une ville de treize millions d’habitants. Je n’étais plus sunnite, ni chiite, ni alaouite, ni ismaélite, ni maronite, ni grecque-orthodoxe ou catholique, ni druze, ni arménienne-catholique ou orthodoxe, ni protestante, ni catholique romaine, ni syriaque-orthodoxe ou catholique, ni copte, ni assyrienne, ni chaldéenne, ni juive, ni bouddhiste ou hindouiste. Aucune identification palpable. J’étais ce que je suis c’est-à-dire une femme libre et insoumise aux diktats d’une poignée d’hommes refoulés. J’ai humé l’énergie frénétique et bouillante si particulière des grandes métropoles. Intimidée par les musiciens des ruelles du quartier de Beyoglu...
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