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À La Une - Justice

Harb veut intenter un procès à... Madi

Le député Boutros Harb a accusé le procureur général Hatem Madi de « comploter avec le Hezbollah contre lui » pour entraver l’enquête sur la tentative d’assassinat dont il a été l’objet.

De g. à d., Antoine Haddad, Carlos Eddé, Farès Souhaid, Nohad Machnouk, Boutros Harb, Nadim Gemayel, Atef Majdalani, Jawad Boulos et Nabil de Freige. Photo Michel Sayegh

Entre le député Boutros Harb et le procureur général, Hatem Madi, c’est une guerre ouverte qui est déclarée. Au lendemain de la démarche du magistrat qui a demandé lundi la levée de l’immunité parlementaire du député de Batroun, pour « atteinte à la justice et au chef de l’État », M. Harb a contre-attaqué en annonçant vouloir intenter un procès au juge « qui servira ainsi d’exemple ». Un exemple, qui, selon M. Harb, devrait annoncer « le lancement d’un vaste chantier de réforme » de l’appareil judiciaire.


M. Harb s’est exprimé en des termes très sévères à l’encontre du procureur général, au cours d’une conférence de presse qu’il a tenue en sa résidence de Hazmieh en présence des députés Atef Majdalani et Nohad Machnouk, délégués du chef du courant du Futur, Saad Hariri, de leurs collègues Nabil de Freige, Nadim Gemayel et Ziad Kadri, des anciens députés Salah Honein, Jawad Boulos et Farès Souhaid, du Amid du Bloc national, Carlos Eddé, du secrétaire général du Renouveau démocratique, Antoine Haddad, et d’un grand nombre d’élus locaux et de notables du Liban-Nord.


Après avoir observé une minute de silence à la mémoire des martyrs de l’armée, M. Harb a d’emblée insisté sur le fait que les forces régulières doivent « seules avoir le monopole du port des armes » et il a appelé à un ralliement de tous autour de l’armée. « Si tel avait été le cas, nous n’aurions pas été dans cette situation et je n’aurai pas été victime d’une tentative d’attentat. Le problème réside dans les armes, les armes et les armes. Elles affaiblissent l’État et toutes ses institutions », a-t-il insisté.


Le parlementaire a ensuite abordé son conflit avec le procureur général : « La justice libanaise et le Liban sont en danger. Je ne soulève pas une affaire personnelle mais mon initiative vise à protéger la magistrature et la justice de ceux qui exploitent leurs fonctions à des fins personnelles. J’appelle Madi à me confronter en personne et à ne pas se cacher derrière la magistrature qui comprend un grand nombre de juges réputés pour leur intégrité et leur professionnalisme », a-t-il dit, en précisant que « ses positions sont dirigées contre la seule personne et les pratiques du procureur ». « Son passé témoigne de ses pratiques alors que le mien montre que je ne me suis jamais tu et que je ne me tairai pas face à des agissements anormaux », a martelé M. Harb.



« Un marché »
Après avoir rappelé l’évolution de l’enquête ouverte après la tentative d’attentat qui l’avait visé en juillet dernier, le député a affirmé : « Il est apparu dès le départ que Mahmoud Hayek qui relève du Hezbollah y était impliqué, mais il avait refusé d’être interrogé par les enquêteurs et ces derniers n’avaient pas réussi à perquisitionner à son domicile dans la banlieue sud de Beyrouth. Du coup, l’enquête s’est arrêtée, mais j’ai suivi le dossier en personne, en ma qualité de député. À cause de mon insistance, le commissaire du gouvernement avait émis un mandat de recherches (contre Hayek). Cette mesure n’était cependant pas sérieuse et lorsque je l’ai relancé, il m’avait répondu que l’affaire était sous examen, ce qui m’avait profondément irrité. J’ai alors pris contact avec son supérieur, à savoir le juge Madi, mais j’ai été étonné de constater la froideur avec laquelle il traitait le dossier d’une tentative d’attentat contre un parlementaire. »

 

(Lire aussi: Harb : Le Hezbollah a fait pression sur la justice pour ne pas inculper Mahmoud el-Hayek)


Et M. Harb de poursuivre : « À la faveur d’une enquête que j’ai menée, j’ai appris que lorsque Hatem Madi avait pris ses fonctions, il avait demandé à prendre en charge ce dossier. À la suite de pressions exercées par un haut responsable du Hezbollah, le procureur avait alors proposé un marché en base duquel un Mahmoud Hayek serait entendu par les enquêteurs à condition qu’il soit relâché immédiatement après son interrogatoire, sans vérification sérieuse de son identité et sans comparer ses empreintes à celles qui avaient été relevées sur le lieu de la tentative d’attentat. Ce marché avait été bien entendu rejeté par les enquêteurs. M. Madi avait ensuite essayé de conclure le même marché avec le commissaire du gouvernement qui l’avait apparemment rejeté lui aussi. »


Rappelons que le président Michel Sleiman avait appelé à deux reprises les autorités judiciaires à engager sans tarder des poursuites contre les suspects dans l’affaire Harb, ainsi que dans l’affaire de l’ancien ministre Michel Samaha. Un mandat d’arrêt avait finalement été émis samedi par le commissaire du gouvernement près le Tribunal militaire, le juge Sakr Sakr, contre le cadre du Hezbollah.


Réagissant à la publication du mandat, M. Harb avait rendu hommage le jour même au président Sleiman ainsi qu’au juge Sakr pour leur détermination à ne pas étouffer l’affaire de l’attentat de Badaro. Il avait toutefois affirmé explicitement que le Hezbollah avait exercé des pressions contre certains juges afin d’empêcher que des poursuites soient engagées contre Mahmoud Hayek.

Ces accusations avaient poussé M. Madi à réclamer la levée de l’immunité parlementaire du député de Batroun. M. Harb, qui a rappelé cette succession des événements, a qualifié d’étonnant « l’empressement du procureur à défendre le président et la justice et à réclamer la levée de son immunité parlementaire, ce qui fait du plaignant un suspect au moment où le véritable suspect reste libre à cause de la complicité de M. Madi ».


« Le suspect est sous la protection du Hezbollah avec le consentement du procureur général, a insisté M. Harb, qui a de nouveau rendu hommage au président de la République pour ses positions. Ce procureur fait preuve de partialité en faveur du 8 Mars, d’autant qu’il met en doute la partie visée par la tentative d’attentat. Dans son mémorandum au ministre de la Justice, il note que l’épouse du ministre de la Défense possède un appartement dans l’immeuble qui abrite, selon lui, des établissements de commerce. Est-ce que le ministre de la Défense est-il jamais venu dans cet appartement pour le citer ? Pourquoi dit-il qu’il existe des établissements commerciaux dans l’immeuble alors que ce n’est pas vrai ? »


« Je demande au ministre de la Justice d’assumer son rôle, a encore dit M. Harb, parce qu’il représente une autorité et il n’est pas facteur. Je lui conseille de prendre les mesures qui s’imposent pour garantir la neutralité de la magistrature. Je demande aussi au président de la Chambre, Nabih Berry, de convoquer une réunion extraordinaire qui serait consacrée à l’examen de la demande du juge, pour que je puisse me rendre au Palais de justice afin d’y confronter Hatem Madi. Son immunité (au procureur) ne lui sera d’aucune utilité. Je compte intenter un procès au procureur général et j’appelle le ministre de la Justice et le président du Conseil supérieur de la magistrature à réagir favorablement à ma démarche. J’invite également le gouvernement à nommer le magistrat qui va juger M. Madi. »
« Je ferai de lui un exemple qui constituera le point de départ d’un vaste chantier de réforme », a-t-il asséné en faisant observer qu’avec l’affaire Samaha-Mamlouk, la magistrature, à qui il a rendu hommage, a « pleinement assumé son rôle ».


Tout en affirmant « se placer au-dessous des lois », le député de Batroun est revenu à la charge pour relever qu’« il n’est pas permis que le procureur général de la Cour de cassation manipule les lois à des fins personnelles ». Il l’a sans ambages accusé de « comploter avec le Hezbollah contre lui ». « C’est un procureur particulier et non pas un procureur général », a-t-il encore fulminé, en réponse à une question, avant d’annoncer qu’il compte également saisir l’Inspection judiciaire de cette affaire.

 

 

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