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Culture - Livres

Le « Comte noir » revivifié, et Teju Cole, une plume qui monte

« Fifty Shades of Grey » et son second volet, « Fifty Shades Darker », cartonnent toujours, suivis par une remontée dans le temps et une actuelle radioscopie urbaine.

« Le Comte noir », père d’Alexandre Dumas et modèle de « Monte-Cristo ».

Aux rayons des librairies et du côté des livres numériques, une histoire de cap et d’épée et une autre de Big Apple, vécues par des émigrés d’aujourd’hui, ont aussi la part belle. La première a pour titre Le Comte noir et porte la signature de l’Américain Tom Reiss qui a retracé avec fascination le portait du personnage qui a inspiré à Alexandre Dumas son célèbre roman Le Comte de Monte-Cristo. Si son ouvrage semble tenir de la fiction, la réalité est que Reiss a été à la recherche de détails tombés dans l’oubli concernant ce personnage qui a bel et bien existé et qui n’est autre que le père d’Alexandre Dumas.

Le père mulâtre d’Alexandre Dumas
Ce père mulâtre, nommé Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, était né en 1762 à Haïti d’un père aristocrate français et d’une mère esclave noire. On avait écrit de lui : « Bel athlète, il mesure un mètre quatre-vingt-cinq et a des cheveux et sourcils noirs crépus, un visage ovale, plein et brun, une petite bouche, des lèvres épaisses. » De son mariage avec Marie-Louise Labouret, il avait eu deux filles et un fils, le futur Alexandre Dumas. Il a commencé par être un fougueux et charismatique général, combattant auprès de Napoléon, avant d’être enfermé dans un donjon en Italie. De cette longue période de captivité et de souffrances, son fils, Alexandre Dumas, tirera Le Comte de Monte-Cristo. Reiss, écrivain-historien, a travaillé son sujet sur le terrain durant une décade et a obtenu un prix de la « meilleure œuvre littéraire biographique ». Il s’était rendu en France où il a été notamment à la recherche d’une statue de son héros, initialement érigée à la place Malesherbes à Paris, pour apprendre que, durant la Seconde Guerre mondiale, elle avait été fondue par les Allemands occupants. Au musée Alexandre Dumas, à Villers-Cotterêts, il ouvre pour la première fois une cache contenant une correspondance du général mulâtre.

« Open City » de Teju Cole
C’est à un autre genre d’exploration que s’adonne un jeune écrivain américain d’origine nigérienne qui fait beaucoup parler de lui. Il se nomme Teju Cole et son premier ouvrage, intitulé Open City (Cité ouverte), qui a connu un succès immédiat, est le récit d’un flâneur pas comme les autres. C’est un interne en psychiatrie, mi-nigérien, mi-allemand, qui, à la suite d’une rupture douloureuse, arpente la ville de New York, meurtri par la date fatidique du 11 septembre. Il est le contraire du marcheur hagard puisqu’aucune pulsion, aucune atmosphère, aucune multiple identité de cette mégalopole ne lui échappe. Il fait des rencontres, certes fortuites, mais qui imprègnent son esprit : c’est tantôt un Libérien ayant été emprisonné durant deux ans dans une prison de Queens ; tantôt un cireur de chaussures haïtien posté à la gare Pen Station ; ou encore un étudiant marocain en colère employé dans un cybercafé. Il y a aussi des émigrés nigériens, kényans, syriens, libanais, chinois, haïtiens et autres qui ont tous fui leurs pénibles histoires ou désireux de poursuivre leur version du rêve américain. Ce qui déclenchera dans son esprit, riche de connaissances déjà, des associations socioculturelles, allant de perspectives artistiques (Vélasquez, Chardin) à des écrits-clés (Roland Barthes, Peter Altenberg, Taher Ben Jelloun) comme des œuvres musicales (Mahler, Peter Maxwell Davies).
Né en 1975 aux États Unis de parents nigériens, Teju Cole retourne avec sa famille dans leur pays d’origine puis revient à l’âge de 17 ans à New York (où il vit toujours) et effectue un parcours varié et performant d’écrivain, de photographe et d’historien de l’art. Il se présente ainsi : « Je ne me restreins pas à l’écriture de fiction et je continue avec Breughel mon travail de l’histoire de l’art. Je suis aussi un fervent de la photographie. Quand je suis trop pris par les mots, je vais marcher dans la ville avec ma caméra, espérant capter quelque chose de saillant ou d’inhabituel, que je pourrais organiser à l’intérieur d’un cadre. » Un peu comme il l’a fait avec des mots, cette fois dans Open City.
Aux rayons des librairies et du côté des livres numériques, une histoire de cap et d’épée et une autre de Big Apple, vécues par des émigrés d’aujourd’hui, ont aussi la part belle. La première a pour titre Le Comte noir et porte la signature de l’Américain Tom Reiss qui a retracé avec fascination le portait du personnage qui a inspiré à Alexandre Dumas son célèbre roman Le Comte de Monte-Cristo. Si son ouvrage semble tenir de la fiction, la réalité est que Reiss a été à la recherche de détails tombés dans l’oubli concernant ce personnage qui a bel et bien existé et qui n’est autre que le père d’Alexandre Dumas.Le père mulâtre d’Alexandre DumasCe père mulâtre, nommé Thomas Alexandre Davy de la Pailleterie, était né en 1762 à Haïti d’un père aristocrate français et d’une mère esclave...
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