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Nos lecteurs ont la parole

Les Libanais ne sont plus ce que vous pensez qu’ils sont

Georges TYAN
C’est fou ce qu’une journée qui commence normale peut apporter comme surprises au fur et à mesure que l’heure avance. Le Liban, pays du lait et du miel, de la beauté, de la joie, de la quiétude, serait-il devenu une caricature hideusement tordue de ce qu’il était?
On tente d’empêcher un gentil monsieur qui veut s’amuser à faire un bonhomme de neige sur les cimes blanches de nos montagnes. Et une priorité de passage engendre deux morts. La poudrière religieuse est sur le point d’exploser. Comme quoi, avant de tirer sur quelqu’un, l’envoyant ad patres, ce qui d’ailleurs est fort répréhensible, il faut lui demander d’abord quelle est sa religion.
Des repris de justice font la peau à l’un des leurs, dans une prison quatre étoiles. Les forces de l’ordre, au lieu de raser ce centre de loisirs qu’est devenue la prison de Roumieh, détruire l’édifice miné par la vermine sur la tête de ses pensionnaires, se mettent à palabrer. Les médias s’en donnent à cœur joie, et l’on voit se pointer de-ci et de-là quelques barbes fleuries, pérorant à tout vent, posant pour la postérité.
Avant d’aller plus loin, une petite digression sous forme de conseil à notre ministre du Tourisme: «Si Roumieh échappe à le destruction que je prône, pourquoi ne pas en faire un nouvel Alcatraz?» Des prisonniers de droit commun qui feraient paraître Al Capone pour un enfant de cœur y ont été hébergés.
Et dire qu’il y a encore des gens qui s’essorent les méninges pour soi-disant pondre une loi électorale qui, d’après eux, serait plus équitable envers toutes les composantes du tissu communautaire Libanais, alors qu’ils s’étaient bien arrangés des lois précédentes.
Une loi électorale, pour quoi faire, si l’insécurité persiste, si les îlots de non-droit ne sont pas éradiqués, si la justice demeure tributaire des fiers-à-bras et des pressions politiques; si les forces de l’ordre doivent montrer patte blanche pour intervenir, protéger le citoyen et appliquer la loi; si l’armée n’est pas bien équipée pour défendre seule, oui seule, le sol national et redonner du lustre à l’amour propre de la population?
Une nouvelle loi électorale pour quoi faire, si la corruption continue d’étendre ses tentacules, si on ne pense même plus à assurer l’électricité 24h/24, l’écolage, la médecine, les remèdes pour tous. Créer des emplois pour les fils de ce pays, sans besoin de piston, de quoi endiguer l’hémorragie de toute une jeunesse bardée de diplômes qui s’en va par avions pleins vers d’autres cieux où tout ce qui manque ici se trouve à profusion là-bas?
Le Liban est, dirait-on, devenu le pourvoyeur attitré d’une main-d’œuvre hautement qualifiée du point de vue cérébral, allant enrichir par son savoir-faire et les diplômes universitaires obtenus les royaumes aux alentours, ou encore augmenter la masse de la diaspora disséminée aux quatre coins de la planète.
Concrètement, s’il s’agit pour les parents, qui souvent se sont privés de tout, d’un investissement somme toute naturel, se soldant généralement en fin de parcours par une triste séparation et beaucoup de larmes, pour le pays, en revanche, c’est une perte sèche. Sachant que de la maternelle jusqu’à la fin des études universitaires, un rejeton peut coûter au bas mot plus de cent mille dollars. Faites le compte de ce gâchis!
Aux penseurs de la dernière heure, je pose cette question: «À quoi servira la nouvelle loi électorale, que vous cogitez, ou plutôt à qui?» Même pas à vous. Le pays continue de se vider de ses forces vives, le désamour des institutions vermoulues s’installe durablement, le divorce entre le présent et l’avenir auquel cette jeunesse aspire est en voie d’être irrémédiablement consommé.
On ne balaye pas avec mépris, d’un revers de la main, les attentes d’une jeunesse, qui s’estime lésée par ce qui se passe autour d’elle, sa soif de vivre en toute sérénité, calme, quiétude, bâtir son avenir dans sa famille, son milieu, son pays, est devenu pour elle un rêve qui s’estompe aussi vite qu’un mirage.
D’autant plus que la montée en première ligne d’instances religieuses dont le devoir premier est de se cantonner dans la prière, prêchant la concorde, l’amour du prochain, le pardon et non l’appel à la violence contre la violence, n’a pas apaisé ses appréhensions. Nous ne sommes plus à l’ère de la loi du talion et nous n’y reviendrons pas.
Cette image d’une actualité oppressante – à chaque incident il s’en est fallu d’un cheveu pour que la danse macabre reprenne et n’enflamme le pays – a paru à beaucoup révoltante. Suspectant par ailleurs des parties politiques et ou religieuses, de profiter de la situation, attisant le feu pour serrer plus encore les vis du carcan antédiluvien de la division religieuse afin de mieux garder la haute main sur le pays, faisant perdurer le clivage inique qui artificiellement scinde le peuple libanais en deux.
Je viens de lire cette phrase: «Dans la joie tout le monde oublie les ennuis, mais dans le malheur tout le monde se souvient des moindres maux.» J’ajouterais que les souvenirs poignants créent comme une houle haineuse qui vous prend à l’estomac et s’installe tourbillonnante dans votre esprit comme une démangeaison. Elle fait bouger les foules, elle mobilise les peuples. Plus rien n’arrêtera leur revanche contre les oppresseurs.
Depuis longtemps, très longtemps même, les Libanais n’ont pas été à la joie; ils voguent de malheurs en drames, de drames en tragédies, de tragédies en pauvreté, de pauvreté en dénuement.
Messieurs les dirigeants et autres responsables de ce pays, vous êtes pratiquement déjà sur la corde raide. À l’heure des salons virtuels sur la toile, je vous invite à faire gaffe au courroux du peuple, les Libanais ne sont plus les benêts que vous pensez qu’ils sont.

Georges TYAN
C’est fou ce qu’une journée qui commence normale peut apporter comme surprises au fur et à mesure que l’heure avance. Le Liban, pays du lait et du miel, de la beauté, de la joie, de la quiétude, serait-il devenu une caricature hideusement tordue de ce qu’il était? On tente d’empêcher un gentil monsieur qui veut s’amuser à faire un bonhomme de neige sur les cimes blanches de nos montagnes. Et une priorité de passage engendre deux morts. La poudrière religieuse est sur le point d’exploser. Comme quoi, avant de tirer sur quelqu’un, l’envoyant ad patres, ce qui d’ailleurs est fort répréhensible, il faut lui demander d’abord quelle est sa religion.Des repris de justice font la peau à l’un des leurs, dans une prison quatre étoiles. Les forces de l’ordre, au lieu de raser ce centre de loisirs qu’est...
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