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Nos lecteurs ont la parole

La culture du narguilé

Lina EL-KADI RIFAAT
– «Qui dit narguilé, dit ambiance, convivialité, art de vivre oriental, beautés brunes aux lèvres pulpeuses et mélodies ondulantes.»
– «Qu’on l’appelle narguilé, houka ou chicha, cela évoque toujours des sentiments de détente, d’évasion et de mystère.»
Et comme c’est exactement ce que demande le peuple
«...le narguilé s’est transformé en phénomène de masse; un plaisir et un art de vivre à la portée de tous».
– «On sait très bien que le tabac n’est pas du quinoa, on sait très bien qu’il cause des maladies très graves, on sait même que le tabagisme passif peut tuer, mais la société civile et les associations n’ont-elles pas d’autres chats à fouetter? Est-il tellement inconcevable de demander des exceptions à cette loi 174 pour permettre aux gens quelques heures de détente par jour? Est-il tellement criminel de donner quelque flexibilité à quelques établissements pour éviter la faillite? Notre tourisme est mort, notre économie est chancelante, notre stabilité politique, n’en parlons pas! Et on veut nous faire croire que cette loi peut être appliquée!»
Au Liban, on veut nous faire croire que le narguilé fait partie intégrante de notre héritage et qu’il se marie bien avec notre cuisine, avec notre musique et notre joie de vivre.
Il est devenu symbolique du Liban, mais un symbole beaucoup moins ancien que nos cèdres. Au fait, l’usage s’est intensifié avec l’ouverture des tentes de ramadan et, comme une boule de neige, le phénomène n’arrêtait pas de prendre de volume.
Mais la chose la plus surprenante, c’est que symboliser le Liban par un narguilé ne semble pas révolter les fiers Libanais.
Où sont passés les jours où ce qui symbolisait notre pays, c’était ses cèdres, ses fleuves, sa Békaa, le temple de Bacchus, le palais de Beiteddine, le charme méditerranéen et une cuisine succulente?
Depuis quand est-il devenu normal et acceptable que le pays qui est connu comme étant le berceau de plusieurs civilisations soit aussi considéré comme le berceau de la culture de la nicotine et du goudron?
Ce phénomène de masse qui prône le plaisir n’est qu’une épidémie. Une épidémie qui touche surtout notre jeunesse (59,5% des adolescents entre 13 et 15 ans fument le narguilé).
Et que demandent le syndicat des propriétaires de restaurants, quelques ministres et quelques parlementaires? Amender la loi qui interdit le tabagisme dans les lieux publics fermés dans le noble but d’épargner la faillite à ces établissements qui vendent la mort à nos enfants, une mort qui vient avec des saveurs de fruits, tout pour 15000 livres libanaises.
Le syndicat des propriétaires de restaurants prétend que cette loi causera la famine de familles nombreuses qui vivent de ce secteur? Un serveur de chicha est constamment exposé à des doses très élevées de toxines. Or un potentiel cancer lui coûtera en terme d’argent beaucoup plus qu’il ne touche en salaire. S’il doit choisir entre un boulot qu’il pourra éventuellement remplacer par un autre ou sa santé, penserez-vous qu’il hésitera?
On peut se dire que ce n’est pas notre problème, sauf qu’il ne l’est que trop puisque 46,1% des fumeurs n’ont pas d’assurance et c’est le ministère de la Santé qui paie leurs factures médicales. Et qui paie les dépenses du ministère de la Santé? Nous tous, fumeurs et non fumeurs.
L’industrie du tabac coûte à notre économie 55,4 millions de dollars par an! Imaginez le tas de projets qui pourraient être réalisés au niveau de l’infrastructure, du développement et du tourisme si on arrive à réduire ce coût.
Certains propriétaires de restaurants et de cafés veulent des exceptions en disant que leurs établissements cibleront les fumeurs et que les non-fumeurs n’ont qu’à ne pas les fréquenter; quant aux serveurs travaillant dans ces établissements, ils mesureront leur risque et décideront pour eux-mêmes si ce boulot leur convient. Suivant cette logique, il serait acceptable d’ouvrir des endroits où les gens viendront jouer à la roulette russe et où les employés qui peuvent être touchés par une balle perdue sont conscients du risque qu’ils prennent et l’acceptent. Ridicule comme comparaison? Pas vraiment. Je soulèverai juste deux différences: un revolver tue une fois et d’un seul coup, tandis qu’on périt d’un millier de morts lentes à cause du tabagisme. L’autre différence, c’est que la roulette russe est un jeu de hasard et de probabilité, tandis que le tabagisme n’a rien d’aléatoire. Il tue. Point.
Sacrifier quelques salaires momentanément, pour la santé publique, pour une jeunesse plus saine, ne semble pas tellement inconcevable. À la rigueur, sacrifier quelques cafés, qui ne font leur argent qu’au détriment de la santé de leurs clients et qui prospèrent avec les cancers et les maladies cardio-vasculaires qu’ils leur vendent, ne semble pas tellement inconcevable.
Ce qui serait inconcevable, c’est tout amendement à cette loi. Ce qui serait inconcevable, c’est de voir les ministères concernés continuer avec leur laxisme en appliquant cette loi.
Ce qui est inconcevable, c’est d’entendre des ministres dire qu’en période de fêtes, il est acceptable de ne pas appliquer une loi!
Qui sait, peut-être qu’à Pâques le meurtre sera permis, qu’à ramadan on permette rien que pour deux jours le vol. Quand au viol, il passera inaperçu le jour de l’indépendance ou, au contraire, ça sera promu durant les périodes de fêtes.
Oui, la loi 174 est sévère, très sévère même.
Mais dans un pays où 3500 personnes décèdent chaque année à cause du tabagisme, où 74,9% des enfants sont exposés au tabagisme passif en dehors de leurs maisons, où 5,3 milliards de cigarettes sont consommées par an, cette loi pourra t-elle jamais être assez sévère?
Oui, qu’on l’appelle narguilé, houka ou chicha, cela évoque toujours des sentiments de détente, d’évasion et de mystère. La détente par l’addiction, l’évasion par la mort et le mystère des rêves inassouvis.
Qui dit narguilé, dit cancers, thromboses, troubles respiratoires et une jeunesse malade, mais qui se croit cool.
Les seuls amendements que pourrait demander un politicien responsable agissant dans l’intérêt du peuple sont les amendements qui rendent cette loi encore plus protectrice de la santé publique.

Lina EL-KADI RIFAAT
– «Qui dit narguilé, dit ambiance, convivialité, art de vivre oriental, beautés brunes aux lèvres pulpeuses et mélodies ondulantes.» – «Qu’on l’appelle narguilé, houka ou chicha, cela évoque toujours des sentiments de détente, d’évasion et de mystère.» Et comme c’est exactement ce que demande le peuple «...le narguilé s’est transformé en phénomène de masse; un plaisir et un art de vivre à la portée de tous».– «On sait très bien que le tabac n’est pas du quinoa, on sait très bien qu’il cause des maladies très graves, on sait même que le tabagisme passif peut tuer, mais la société civile et les associations n’ont-elles pas d’autres chats à fouetter? Est-il tellement inconcevable de demander des exceptions à cette loi 174 pour permettre aux gens quelques heures de détente par jour?...
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