Que de «moins» qui décrivent on ne peut mieux l’état de déchéance auquel le Liban est arrivé. Évoquer nos routes piégeuses, la justice à tâtons, l’eau qui stagne partout dans les rues, ignorant superbement nos robinets; l’électricité, sujet éculé; l’indigence gouvernementale, qui en fait n’est pas nouvelle, étant entrée dans nos mœurs, aucun des gouvernants qui se sont succédé n’ayant mieux fait que ses prédécesseurs, ne sert plus à rien.
Ce serait de l’autoflagellation. N’étant pas masochiste, je préfère m’abstenir, penser et passer à autre chose de plus intéressant, comme par exemple cette nouvelle loi électorale en gestation, qui semble-t-il sera une nouvelle pomme tombée de l’arbre de la discorde entre Libanais.
Et partant, pour reprendre l’explication du mot de Jean d’Ormesson, les pourvoyeurs de travail, déjà en diminution, seront réduits à leur plus simple expression et les moins capables de gouverner continueront d’être élus par les moins capables de produire.
La quadrature du cercle en quelque sorte. Pour corser l’affaire, c’est une loi électorale d’un genre nouveau que l’on nous concocte, de quoi enfoncer encore plus ce pays dans la dèche où il se trouve déjà. Les gouvernants, eux, surnageraient en s’accordant une aire de répit factice, qui s’effritera au premier coup de vent et implosera comme un château de cartes.
Comme sournois et pernicieux on ne fait pas mieux. Et encore s’il n’y allait que de la propre personne de ces penseurs, qui noircissent mes nuits d’insupportables cauchemars. Comme beaucoup, j’en suis certain, pas une seule larme ne glissera sur mes joues en m’apitoyant sur leur sort, priant Dieu de ne pas le faire sur celui de mon pays, qu’on tente une fois de plus d’assassiner.
De tout temps, des chrétiens étaient élus à l’Assemblée nationale par les membres des autres communautés, et vice versa. Ils en faisaient élire aussi sous leur propre bannière et personne n’a crié au scandale ou au dol. Il existait une certaine convivialité bon enfant, des arrangements à l’amiable, des échanges de bons procédés, qui ont fait défaut le jour où les parties prenantes se sont mises à l’écoute de l’étranger, croyant finasser en l’utilisant contre leur voisin de palier, tandis que c’est tout l’immeuble qu’ils ont offert à sa convoitise.
Pourquoi remuer le passé. Les Libanais, sans exception aucune, ont souffert de cette tragédie, puis de l’errance à travers les projets électoraux qui n’en finissent pas ça et là de fleurir.
Exit la proportionnelle qui, soit dit en passant, est à mon sens, dans un pays compartimenté religieusement comme le nôtre, irréaliste sinon irréalisable eu égard au peu de temps qui reste avant l’échéance de juin 2013; idem pour la 1960, un vieux tacot de cinquante ans qui ne tient plus la route.
Toutes affaires cessantes, alors qu’ils avaient quatre années pleines pour se pencher sur la question, nos gouvernants, du moins la partie qui se veut influente, crient eurêka et sortent de leur chapeau une loi électorale à faire pâlir d’envie les ethnies les plus reculées de la planète, quitte à rendre au passage un brin nostalgiques les pays qui, naguère encore, pratiquaient allègrement la ségrégation raciale.
Le Zoulou votera uniquement pour un Zoulou, le Peau-rouge pour le Peau-rouge, le Cosaque zaporogue pour le Cosaque zaporogue, les Huns pour les Huns, le Jaune pour le Jaune, en attendant d’en rire tous jaune.
«Mon épouse est grecque-orthodoxe, elle ne pourra pas voter pour moi», s’esclaffait dépité un candidat
grec-catholique.
C’est d’un ridicule à faire tomber les mâchoires des plus blasés en la matière. Et dire que, dans ce pays où tout le monde connaît tout le monde, où les liens de parenté s’imbriquent comme une toile d’araignée, nous avons tout fait pour faire oublier l’appartenance religieuse, où nous espérions redonner à l’être humain sa valeur intrinsèque, loin de toute référence communautaire étroite.
De ce fait, le futur élu ne sera pas député de la nation, mais de sa propre communauté, il n’aura certainement pas à cœur le bien du pays, dans le sens large du terme, mais celui plus exigu de sa religion, même pas de son hameau, si dans celui-ci existent d’autres fondements religieux.
Les «de quoi je me mêle» tourneront facilement au pugilat, dans ce pays où l’on a le sang chaud les barricades s’élèveront dans les ruelles en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Je ferme les yeux pour ne pas voir ce qui pourrait advenir, les petites guerres de religion qui se transformeront en tornade. Bref, un suicide collectif auquel on nous convie. J’espère que nul ne tombera dans ce panneau.
À ce penseur de l’apocalypse, défiant les Libanais à trouver un meilleur projet électoral, je rétorque que le Liban est riche en législateurs éclairés de renommée internationale, il suffisait de les consulter, sans les effrayer ou leur mettre la pression. Mais nul n’est prophète en son pays, surtout quand inaptocrate, on ne l’est pas.
Georges TYAN


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef