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Économie - Liban - Développement

« La crise syrienne entraîne l’économie régionale dans le gouffre »

Au cours d’une conférence organisée hier au siège des Nations unies à Beyrouth, la Cnuced a dévoilé son rapport 2013 sur l’économie mondiale, axé sur les défis des gouvernements face au recul généralisé de la croissance et ceux des pays arabes avec la crise syrienne qui perdure.

Abdallah Dardari : Avec la guerre, la Syrie est en train de perdre 18 % de son PIB chaque année.

Le rapport 2013 de la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (Cnuced), axé cette année sur « les défis économiques régionaux à l’ombre de la crise syrienne », a été lancé hier à Beyrouth. C’est le directeur de la section « développement économique et mondialisation » au sein de l’institution, Abdallah Dardari, qui a présenté les principaux axes du rapport, qui a mis un accent particulier sur les recommandations de la Cnuced aux pays arabes pour faire face à la double crise politico-économique qui s’abat sur la région.
Mais c’est tout d’abord sur la crise financière en Europe, aux États-Unis et dans les pays en développement (PED) que M. Dardari s’est attardé. « 2012 a été l’année du ralentissement généralisé de la croissance dans le monde, et ce à cause des mesures d’austérité adoptées par les différents gouvernements », a-t-il affirmé. Selon lui, ces politiques ont très durement affecté l’économie mondiale, « car non seulement elles ont échoué à remplir le rôle qui leur était destiné – à savoir la réduction des déficits publics et des dettes –, mais elles ont également entraîné une réduction de la demande, des investissements, des embauches et donc de la croissance ». « De leur côté, les États-Unis n’ont toujours pas de vision économique à long terme, et ce vide se répercute directement sur l’économie mondiale qui y est étroitement liée », a affirmé M. Dardari. « Les pays comme la Chine ou l’Inde ont également vu leur croissance diminuer car ils dépendent très largement des exportations vers l’Europe et les États-Unis », a-t-il ajouté.
Pour le directeur de la Cnuced, trois scénarios sont possibles pour l’année à venir. Le premier, optimiste, serait que les gouvernements adoptent des politiques de relance. Dans ce cas de figure, la croissance mondiale dépasserait les 4 %. Le deuxième scénario possible serait de demeurer dans le même schéma qu’en 2012, avec un taux de croissance inférieur à 3 %, et enfin, le dernier schéma, « le plus pessimiste et vers lequel on se dirige, est celui d’une croissance aux alentours de 1 % et un chômage de masse irréparable ».

Les pays arabes n’échappent pas à la crise
Selon le rapport, la crise en Syrie n’a fait qu’enfoncer encore plus les économies des pays arabes. « C’est une situation sans précédent qu’est en train de vivre la Syrie avec une chute de plus de 35 % de son PIB depuis le début des événements », a souligné M. Dardari. Selon lui, si la crise venait à perdurer, ce chiffre atteindrait 60 % en 2015, soit relativement plus que les pertes du Liban en quinze années de guerre civile. Également, et toujours à l’horizon de 2015, le rapport prévoit que 44 % de la population syrienne passe sous le seuil de pauvreté et 60 % se retrouve au chômage.
Parallèlement, « les prix du pétrole ont augmenté en 2012 », a indiqué M. Dardari, pour qui cette nouvelle donne a eu un impact négatif sur le reste des pays arabes non pétroliers. « Les exportations de ces pays vers l’Europe et les États-Unis ont diminué pour compenser la hausse des prix des carburants, et les investissements du Golfe ont également chuté à cause des facteurs à risque dans la région, pénalisant ainsi les autres pays arabes », a-t-il expliqué. Selon le rapport, aujourd’hui, pour conserver un taux de chômage stable, le Liban ou la Jordanie devraient connaître une croissance d’au moins 3 %, alors qu’en réalité elle ne dépasse pas 1 %.
« Le scénario qui se dessine est une situation de stagflation, c’est-à-dire un dangereux mélange d’inflation et de stagnation économique, ce qui a fait exploser les chiffres de la pauvreté à cause notamment de la hausse des prix des produits alimentaires de base », a ajouté M. Dardari, qui a pointé du doigt « l’échec total des gouvernements arabes à assurer les politiques alimentaires listées dans les objectifs du millénaire des Nations unies ».
Ainsi, M. Dardari a mis l’accent sur la véritable urgence pour les gouvernements arabes à agir, « en augmentant les dépenses publiques et l’investissement dans les domaines de l’éducation, des infrastructures et du développement durable ». « Les ressources pour entreprendre de telles réformes existent, mais les budgets des gouvernements sont souvent gaspillés et utilisés à des fins non productives, pour ne pas dire douteuses », a conclu le directeur de la Cnuced.

 

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