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Nos lecteurs ont la parole

Trafic

Par Adib Y. TOHMÉ
Bloqué dans ta voiture sur l’autoroute qui mène à la capitale, tu observes les visages déprimés et résignés des autres automobilistes. Tu avances lentement, par petites gorgées successives. Tu passes les coups de fil de la journée et tu envoies tes humeurs sur les réseaux sociaux. Tu éloignes le portable de ton oreille quand tu vois un policier, en affichant la moue absente de l’écolier qui a peur d’être pris en flagrant délit. L’autoroute est jalonnée de fast-foods, de stations d’essence, d’expositions de voitures neuves et usagées et de centres commerciaux. En arrière-plan, les pancartes et panneaux publicitaires aiguisent tes désirs de consommateur. Au milieu de cet univers agressif, chaotique et bruyant, plongé dans ton ennui, tu n’as pas conscience d’être un héros : tu es un héros parce que tu participes au trafic et le Liban vit de ce trafic. Je ne parle pas bien évidemment de trafic de marchandises, de médicaments, de matériels électroniques, de téléphones portables, d’aliments, de données, de carburant, d’influence, d’élections, de lois, de comptes, d’armes et de gens armés, qui sont, eux, pratiqués (comme tu dois le savoir) par les vrais trafiquants. Je parle de ta situation d’automobiliste bloqué au milieu de cette autoroute délabrée et conversant sur ton portable. Tu brûles ta vie, ce n’est pas grave. Ce qui est important, c’est de brûler du carburant et des unités d’appels téléphoniques. Avec les droits de douane, la taxe sur la valeur ajoutée, la taxe mécanique, les amendes et les droits d’enregistrement qui frappent directement ta voiture, ajouter à cela la taxe sur l’essence et sur le volume des appels téléphoniques, sans invoquer les frais d’emprunt (pour l’achat de la voiture) et ceux de la police d’assurances tu contribues en gros à 50 % des recettes de l’État. Oui, la moitié des recettes de l’État provient de ta participation quotidienne au trafic, et cela sans mentionner ton apport indirect aux caisses des vrais trafiquants.
À défaut d’être productif, tu es rentable. C’est ce qui compte. Et que font les trafiquants avec les sommes de ce trafic ? Ils achètent les voix des héros comme toi lors des élections.
Bloqué dans ta voiture sur l’autoroute qui mène à la capitale, tu observes les visages déprimés et résignés des autres automobilistes. Tu avances lentement, par petites gorgées successives. Tu passes les coups de fil de la journée et tu envoies tes humeurs sur les réseaux sociaux. Tu éloignes le portable de ton oreille quand tu vois un policier, en affichant la moue absente de l’écolier qui a peur d’être pris en flagrant délit. L’autoroute est jalonnée de fast-foods, de stations d’essence, d’expositions de voitures neuves et usagées et de centres commerciaux. En arrière-plan, les pancartes et panneaux publicitaires aiguisent tes désirs de consommateur. Au milieu de cet univers agressif, chaotique et bruyant, plongé dans ton ennui, tu n’as pas conscience d’être un héros : tu es un héros parce que tu...
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