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Nos lecteurs ont la parole

II.- Péril en la demeure

Par Dr Maria BASSIL
Bien sûr, et fort heureusement, il y a encore des maisons typiques libanaises qui sont classées et qui donc échappent au crime mais leur nombre se réduit comme peau de chagrin et, de ce fait, on se rabat sur ces immeubles de l’après-guerre qu’on abat froidement et qui pourtant témoignent à leur manière du formidable essor créatif et de l’effervescence à tous les niveaux des années 50, lorsque Beyrouth était encore la Suisse du Moyent-Orient et la terre de la dolce vita (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 27 décembre 2012).
Même le quartier Sursock, supposé être à l’abri des promoteurs, a succombé aux affres et dérives de l’appât du gain. Les habitants n’ont pu ou simplement n’ont pas voulu sauver le jardin de la villa Sursock et une tour à taille inhumaine la surplombe désormais, défigurant à jamais ce qui était encore hier un havre de paix, véritable îlot de verdure au charme indéniable.
Il faut faire vite et engager une course contre l’appétit des promoteurs à l’affût du moindre mètre carré et de leurs pelleteuses et autre marteaux piqueurs car le bilan est déjà très lourd et les biens fonciers, candidats à de prochaines disparitions, ne manquent pas.
Le plus triste, le plus sordide dans cette histoire, c’est de constater que ce que les guerres, les ennemis du Liban, les invasions barbares israéliennes et syriennes n’ont pu accomplir durant 30 ans, c’est nous-mêmes avec nos propres mains et de notre plein gré qui l’accomplissons aujourd’hui. Ce que l’ennemi en temps de guerre n’a pas pu saccager malgré sa haine, sa jalousie féroce et son acharnement sauvage, nous sommes en train de le faire pour lui et en temps de paix. Amputer ainsi notre patrimoine, le mutiler de la sorte, c’est tout simplement tronquer notre histoire. Il est du devoir de chacun de se mobiliser à son niveau. Il faut exercer à travers des associations et via des commissions parlementaires sérieuses et compétentes et des campagnes de sensibilisation percutantes et convaincantes, une pression soutenue, efficace et durable sur les législateurs pour qu’ils se penchent sérieusement sur le problème et accouchent d’une solution des plus rapides, mais définitive et juste. Une loi qui ne pénaliserait pas des propriétaires tentés – et c’est compréhensible – par les sommes énormes proposées, conséquence de l’explosion du marché de l’immobilier mais en même temps qui assurerait la sauvegarde de notre identité culturelle. Il faudrait en fait, d’une part, une loi très stricte qui interdise toute destruction abusive et non justifiée et, d’autre part, des mesures concrètes financières allegées qui encourageraient les personnes concernées à rénover et/ou à exploiter leur bien. Par ailleurs, l’État devrait ouvrir ces caisses, qui apparemment seraient pleines puisqu’un projet d’augmenter les salaires des ministres et députés a été vote... Ces sommes astronomiques que se sont octroyées scandaleusement des fonctionnaires qui assurent un service minimum et même parfois médiocre, seraient beaucoup plus utiles si elles étaient utilisées pour dédommager les propriétaires de ces biens et donc sauver ces derniers de la destruction, en les transformant s’il le faut en musée, galerie d’art, salle d’exposition, centre culturel, maison d’hôte, auberge ou hôtel.
Il faut enfin décréter et au plus vite une résistance culturelle à l’échelle nationale. Il y a bien une résistance militaire armée qui ne sert à rien à part nous donner des sueurs froides de temps en temps, plomber l’ambiance, de préférence aux moments des fêtes et des vacances s’il vous plaît, faire fuir au passage les touristes et les investisseurs locaux et étrangers et détruire les derniers vestiges de notre démocratie. La nôtre de résistance se doit d’être constructive, loin de toute politisation, et aura pour seul objectif d’ assurer la sauvegarde de la part la plus intime, voire la plus noble de nous-mêmes, celle qu’on reçoit de nos parents et qu’on transmet fièrement à notre tour, c’est-à-dire notre culture et donc notre identité.
Il faudrait remettre impérativement les pendules de Beyrouth à l’heure de la beauté, de la poésie, de la diversité artistique, et surtout de sa vocation humaniste et non à celle du mercantilisme sauvage.
Avant qu’il ne soit trop tard.
Avant qu’il ne nous soit plus possible d’admirer ces petites perles levantines ailleurs que dans les livres d’histoire ou d’architecture ou sur les photos jaunies et pleines de nostalgie des albums de nos parents.
Avant que Beyrouth ne perde à jamais son inimitable cachet oriental et ne devienne une ville arabe comme les autres, sans âme ni mémoire. Et surtout avant d’avoir un jour a se dire : « J’aurais pu, j’aurais dû car j’ai bien vu », et conforter alors l’adage si cruel et cynique mais bien de chez nous qui dit : « On n’a que le pays et les dirigeants qu’on mérite. »
Bien sûr, et fort heureusement, il y a encore des maisons typiques libanaises qui sont classées et qui donc échappent au crime mais leur nombre se réduit comme peau de chagrin et, de ce fait, on se rabat sur ces immeubles de l’après-guerre qu’on abat froidement et qui pourtant témoignent à leur manière du formidable essor créatif et de l’effervescence à tous les niveaux des années 50, lorsque Beyrouth était encore la Suisse du Moyent-Orient et la terre de la dolce vita (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 27 décembre 2012). Même le quartier Sursock, supposé être à l’abri des promoteurs, a succombé aux affres et dérives de l’appât du gain. Les habitants n’ont pu ou simplement n’ont pas voulu sauver le jardin de la villa Sursock et une tour à taille inhumaine la surplombe désormais, défigurant à jamais ce...
commentaires (3)

Prière lire : un pincement dans le coeur. Merci.

SAKR LEBNAN

14 h 37, le 28 décembre 2012

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Commentaires (3)

  • Prière lire : un pincement dans le coeur. Merci.

    SAKR LEBNAN

    14 h 37, le 28 décembre 2012

  • On ne peut pas arrêter le PROGRÈS ! Ces changements, si tristes pour nous de... L'OLD BEIRUT... dans quelques années feront de la Ville une Ville Moderne, comme toutes les autres villes du monde. Certes, nous ressentons un poincement dans le coeur !

    SAKR LEBNAN

    13 h 56, le 28 décembre 2012

  • le pognon...les Libanais ne pensent qu'au pognon...alors bien sûr,il y a quelques purs de ci de là...il en faut...mais les autres laissent défigurer leur pays sans sourciller...dans un autre genre où est passée la Libanaise? La Sett...la vraie...pas ces tombereaux de poupées de foire siliconées,botoxées,remontées,gonflées, et peinturlurées qu'on voit un peu partout...je me demande vraiment si je ne vais pas finir par préferer les tchadorisées!

    GEDEON Christian

    12 h 51, le 28 décembre 2012

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