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Nos lecteurs ont la parole

Bilan de fin d’année

Rabih NASSAR
Comme tous les matins, juste après la lecture des titres, je sens monter en moi la nausée. Je la sens qui s’accumule juste avant mon sternum. Les nouvelles internationales sont aux festivités. On parle, certes, d’un viol isolé, d’une fusillade incompréhensible, de soldes, d’un ennemi lointain, d’un terrorisme oriental qui en voudrait à l’Occident gentil, mais n’oubliez pas le guide, et place au programme des enfants. Bonne base pour la suite. La nausée pointe. On court après le temps. On s’invente des buts à court terme pour noyer l’absence d’objectifs plus durables. C’est que, aux nouvelles internationales, on n’a pas à penser au futur, puisqu’il est assuré.
Les titres libanais, quant à eux, n’en finissent pas de stagner. Le 8 Mars menace, le 14 Mars s’en défend. Et inversement. Des boulets rouges par ci, de vraies balles par là. Un genre de disque enrayé. Deux partenaires autour d’une danse macabre. Les personnes mises en cause par le TSL, la guerre contre l’État américain, les ingérences dans nos politiques internes. Et c’est là que je vomis. À heure fixe. On se plaint de l’ingérence des uns et des autres, et on les blâme pour tout ce qui nous arrive. À l’intérieur, à l’extérieur. Naturellement, c’est le peuple qui paie les pots cassés. Naturellement, le gouvernement s’enrichit pendant qu’on s’appauvrit. Naturellement, c’est la conspiration. Naturellement. Naturellement...
On ne s’arrête jamais pour se dire qu’on n’a que ce que l’on mérite, ou que celui qui se fait aussi plat qu’un ver de terre n’a pas à se plaindre si on lui marche dessus. Car enfin, c’est bien aux urnes qu’on devrait réagir. Et pourtant, devant les urnes c’est le même choix que nous faisons, que nous ferons. En ayant la folie de croire qu’une même action pourrait causer une réaction différente. Un troupeau de moutons abêtis par la peur dans laquelle on nous plonge quand on parle de changement. Un peu comme des parents face à l’enfant médiocre qui ne s’améliore pas. Toujours prêts à lui donner une deuxième chance.
À la différence près que les élus, malgré leur comportement enfantin, ne sont pas des enfants. Loin de là. Les élus sont au service du peuple. Non pas pour assister à un enterrement, non pas pour assurer une livraison d’asphalte, non pas pour trouver un boulot au fils du boucher du coin. Ils sont là pour articuler les aspirations du peuple et pour les modeler quand elles manquent de vision. Pour cela, il faut de l’intelligence, de la vision et, surtout, de l’intégrité. Or nos élus, ceux qui ne manquent pas d’intelligence ou de vision, ne pêchent pas par excès d’intégrité. Et ceux qui sont intègres souffrent d’un manque d’intelligence et perdent pied dans une absence de vision et d’ambition. Évidemment. Tout comme Dieu, dit-on, créa l’homme à son image, le Parlement libanais reflète la nôtre : cupides, individualistes et myopes. Pour rester au pouvoir, nos élus d’aujourd’hui – qui sont bien ceux d’hier – n’ont donc pas intérêt à faire évoluer les choses. Et aussi loin que je me souvienne, pas un plan sur le long terme. Pas une stratégie en vue. Et je ne parle pas de stratégies de défense. Non. Mais d’une stratégie de transport en commun, d’éducation, de santé publique et de sécurité sociale. D’une politique d’amélioration des administrations publiques. Les sujets les plus basiques, difficilement à controverse. Ils créent des « tables de dialogue » où ils évitent soigneusement de se dire ce qu’ils ont sur le cœur, de peur que ça avance. Ils cherchent des revanches pour des défaites mortes et s’assurent des slogans pour les prochains suffrages.
Et nous voilà donc en fin d’année. Sans grand-chose à célébrer. On parle de festivités. On court après le temps. On s’invente des buts à court terme pour noyer l’absence d’objectifs plus durables. C’est juste que c’est bien dur de penser au futur quand on vit au passé.

Rabih NASSAR
Comme tous les matins, juste après la lecture des titres, je sens monter en moi la nausée. Je la sens qui s’accumule juste avant mon sternum. Les nouvelles internationales sont aux festivités. On parle, certes, d’un viol isolé, d’une fusillade incompréhensible, de soldes, d’un ennemi lointain, d’un terrorisme oriental qui en voudrait à l’Occident gentil, mais n’oubliez pas le guide, et place au programme des enfants. Bonne base pour la suite. La nausée pointe. On court après le temps. On s’invente des buts à court terme pour noyer l’absence d’objectifs plus durables. C’est que, aux nouvelles internationales, on n’a pas à penser au futur, puisqu’il est assuré. Les titres libanais, quant à eux, n’en finissent pas de stagner. Le 8 Mars menace, le 14 Mars s’en défend. Et inversement. Des boulets...
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