On a l’habitude de poser cette question en début de conversation automatiquement.
Mais je ne sais pas si on accorde vraiment de l’importance à la réponse, ni même si on prend la peine d’écouter la réponse qui suit, trop occupé chacun à raconter ses propres problèmes.
Pourtant aujourd’hui, quand tu m’as appelée et m’as demandé comment j’allais, d’émotion mal retenue, ma voix s’est enrouée, mes yeux se sont embués et ma voix tremblait quand je te répondais: «Je vais bien merci», comme à l’habitude. Tu ne t’en es même pas aperçu! C’est vrai qu’au téléphone, masquer ses émotions par une toux est facile.
Je dis à tous que je vais bien car je veux être bien.
Je dis à tous que je vais bien car chacun vit ses défis, chacun a ses dilemmes, ses propres problèmes. Et très souvent, cela ne donne rien de les partager, car on risque d’entendre des commentaires qu’on n’appréciera pas (Tes problèmes ne sont rien par rapport aux miens!). Et cela finira par une compétition du meilleur problème de la vie. Non, merci.
Mais je dis surtout «Je vais bien, merci» car «je vis»! Car je suis heureuse «d’être en vie», et peu importe les autres difficultés de la vie!
Seulement aujourd’hui, je suis fatiguée et je n’ai pas le moral.
J’étais tentée de partager cela avec quelqu’un, histoire de me laisser aller un peu.
J’avais envie de dire: «Je ne vais pas bien.»
J’étais tentée de te dire que ma journée avait été dure hier, que j’ai mal partout, que je suis fatiguée et sans énergie. De te dire que maman me manque atrocement, que toutes ces années de séparation sont difficiles à vivre, chacun de son côté, surtout en période de fêtes.
Mais encore une fois, parce que vivre était pour moi un défi, et tous les autres problèmes de la vie «insignifiants», j’ai encore répondu: «Je vais bien, merci.»
Mais il m’arrive de flancher quand même, et c’était le cas aujourd’hui.
Là, je vais bien, merci.
Nicole ABDUL-MASSIH
Montréal – Canada


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