Des opposantes au président égyptien Mohamed Morsi, faisant du bruit, le 11 décembre 2012, devant le palais présidentiel au Caire. AFP PHOTO/GIANLUIGI GUERCIA
Des milliers d’opposants au président égyptien Mohammad Morsi se sont pressés hier devant son palais, à quelques kilomètres d’une manifestation de partisans du chef de l’État, dans un climat de tensions qui a amené l’armée à proposer une réunion aujourd’hui entre les protagonistes.
Le ministre de la Défense et commandant des forces armées, le général Abdel Fattah al-Sissi, a ainsi convoqué « les partenaires de la patrie », dont le président islamiste, son gouvernement et les forces politiques de tous bords, dans un club militaire. Ce « dialogue national » ne portera pas sur des questions politiques ni sur le référendum constitutionnel, mais servira à rassembler les Égyptiens, a déclaré le général al-Sissi. Cette initiative marque un retour au premier plan de l’institution militaire pour tenter de sortir le pays de sa plus grave crise depuis l’élection de M. Morsi, premier président civil d’Égypte, en juin dernier. L’influente armée égyptienne se faisait discrète depuis la mise en retraite en août de son chef, le maréchal Hussein Tantaoui. Elle était réapparue dans le jeu politique samedi pour exiger un « dialogue » et se poser en garante de la stabilité du pays, en mettant en garde contre un « désastre » qu’elle ne « laisserait pas faire ».
Dans l’après-midi, plusieurs milliers de manifestants hostiles à la tenue samedi du référendum constitutionnel ont réussi à franchir sans heurts un barrage de blocs de béton et de barres de métal, installé pour protéger le complexe présidentiel à Héliopolis, dans la banlieue du Caire. Ils ont ainsi pénétré dans le périmètre de sécurité du palais du président, autour du bâtiment lui-même protégé par des murs de plus de quatre mètres de haut, des soldats et des chars. « Les gens qui se sont sacrifiés pour se débarrasser d’une dictature laïque vont se retrouver avec une dictature islamiste, et c’est pire », lançait Miral Brinjy, une manifestante d’une vingtaine d’années. Emmenée par le Front du salut national (FSN), l’opposition manifestait également sur la place Tahrir, haut lieu de la contestation dans le centre de la capitale. Le FSN, qui rassemble des partis et groupes de tendance majoritairement libérale et de gauche, a rejeté le référendum de samedi et le projet de Constitution qui doit être soumis au vote, estimant que le texte ouvrait la voie à une islamisation accrue de la législation et manquait de garanties pour les libertés.
En face, le camp islamiste, qui soutient M. Morsi, était rassemblé à Nasr City, à quelques kilomètres du palais présidentiel. Plusieurs dizaines de milliers de personnes défilaient près de la mosquée Rabaa. « Je suis ici pour soutenir la Constitution et la stabilité qu’elle va nous apporter », a affirmé un manifestant, Ahmad Hassan, se disant favorable à « la loi islamique ».
Des accrochages entre opposants et partisans de M. Morsi avaient fait 7 morts et des centaines de blessés dans la nuit du 5 au 6 décembre près de la présidence. Aux petites heures du matin hier, 11 personnes ont été blessées lorsque des inconnus ont ouvert le feu à la chevrotine et ont lancé des cocktails Molotov sur des manifestants sur la place Tahrir, selon le ministère de la Santé.
Par un décret pris lundi, M. Morsi a rendu à l’armée le pouvoir d’assurer l’ordre et d’arrêter des civils, jusqu’aux résultats du référendum. Ce droit très décrié rappelle la période où les militaires ont dirigé le pays, entre la chute de Hosni Moubarak en février 2011 et l’élection du nouveau président en juin. Des organisations de défense des droits de l’homme comme Amnesty International ou Human Rights Watch ont dénoncé le risque de violations des droits de l’homme comme celles qui avaient marqué la période où l’armée assurait le pouvoir de transition.
La crise qui traîne en longueur ne fait qu’aggraver l’incertitude qui pèse sur l’économie égyptienne. Et hier, le gouvernement égyptien a décidé de geler sa demande d’aide de 4,8 milliards de dollars auprès du Fonds monétaire international (FMI) en raison des troubles. « Nous avons demandé officiellement le report d’un mois des négociations avec le FMI, en raison de la situation politique dans le pays », a déclaré le Premier ministre, Hicham Qandil. À Washington, le FMI a assuré qu’il restait « prêt » à soutenir l’Égypte. Les autorités du Caire et les équipes du FMI s’étaient mises d’accord fin novembre sur ce plan d’aide qui devait encore être approuvé par le conseil d’administration du Fonds d’ici à la fin de l’année.
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