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Nos lecteurs ont la parole

Facebook, ou le livre des faces cachées

Par Aline GÉBARA
En tant que femme, je me demande souvent qui se cache donc derrière ces messages envoyés par des internautes inconnus sur Facebook (traduction littérale : le livre des visages). Puisque nous sommes ici dans le domaine de l’inconnu, et de surcroît en Orient, ne serait-il pas plus approprié de dire « le livre des hommes voilés » ? Car la réalité est telle qu’on se demande si ce livre porte aussi bien son nom qu’on pourrait le croire.
Il est vrai que la Toile se prête à toutes sortes de mystères, de secrets et de mensonges. L’homme peut y donner libre cours à toutes ses folies, ses aliénations, et cela en toute sécurité. Car cette Toile, il faut bien l’avouer, est le terrain de jeu favori des âmes solitaires ou non, férues de rencontres virtuelles ou réelles. On y croise de tout.
Il y a X, podophile, cousin éloigné du pédophile, mais frappé d’un amour d’un tout autre genre : l’amour des pieds. Cet internaute-là a au moins le mérite de ne pas y aller par quatre chemins. Il vous explique carrément le dessein qu’il réserve à vos tendres extrémités.
Il y a Y, pédophile, le tristement célèbre cousin de X, dont le nom suscite à lui seul toutes les peurs et les craintes des parents de ces petites créatures innocentes que ces chasseurs se targuent de poursuivre sur la Toile.
Il y a aussi Z, chasseur d’Ève mais des temps modernes. Aujourd’hui, cet Adam-là voit sa tâche facilitée. Plus besoin de partir sur les traces des mammouths, sous deux mètres de neige, ni de s’essouffler en tentant de faire du feu. Il lui suffit de mettre une photo flatteuse sur son profil et d’envoyer quelques mots de courtoisie bien dosés.
Et ainsi s’étend à l’infini la variété de profils d’hommes qui se cachent derrière ces images toutes lisses que l’on voit sur Facebook. L’on y trouve le célibataire endurci dont le modus operandi est évident : faire la connaissance de femmes mariées, histoire de préserver son célibat si cher à son cœur. On peut aussi tomber sur l’adolescent mal aimé, en manque de confiance et qui, à défaut de prendre son courage à deux mains pour aborder les filles, se rabat sur cet outil très commode qui lui procure la volubilité dont il rêve dans la vraie vie. Il y a aussi, et cette espèce n’est pas en reste, l’homme marié, malheureux en ménage, las de sa prison dorée et qui rêve de s’en échapper, ne serait-ce que pour quelques heures.
En somme, que des hommes à la recherche de quelque chose. De l’amour, du désir, d’un rêve. De soi aussi. Dans ce monde moderne que l’on surnomme « village global », mais indubitablement tenté par un individualisme exacerbé, l’homme reste chasseur. Mais c’est parfois un chasseur qui se voile la face. Si Orion, l’illustre chasseur hellénique, le savait, il verrait des étoiles en plein midi.
En tant que femme, je me demande souvent qui se cache donc derrière ces messages envoyés par des internautes inconnus sur Facebook (traduction littérale : le livre des visages). Puisque nous sommes ici dans le domaine de l’inconnu, et de surcroît en Orient, ne serait-il pas plus approprié de dire « le livre des hommes voilés » ? Car la réalité est telle qu’on se demande si ce livre porte aussi bien son nom qu’on pourrait le croire.Il est vrai que la Toile se prête à toutes sortes de mystères, de secrets et de mensonges. L’homme peut y donner libre cours à toutes ses folies, ses aliénations, et cela en toute sécurité. Car cette Toile, il faut bien l’avouer, est le terrain de jeu favori des âmes solitaires ou non, férues de rencontres virtuelles ou réelles. On y croise de tout. Il y a X, podophile, cousin...
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