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Nos lecteurs ont la parole

Le projet orthodoxe est hérétique

Marwan HARB
Le bon fonctionnement de toute démocratie exige en premier lieu des règles de jeu stables. La principale règle étant la loi électorale de laquelle découle la formation de la classe politique qui gouverne au nom de la souveraineté populaire et par le fait décide de l’avenir du pays. À l’approche de chaque échéance électorale, les différents protagonistes proposent de changer la loi électorale non dans un but mélioratif, mais pour assurer leur propre victoire en négligeant la nature fondatrice du pouvoir des élections.
Le débat actuel s’accentue autour de la loi électorale des années 60 et du projet de loi dit orthodoxe. Ce dernier propose un vote confessionnel pur dans le sens que chaque confession monopolise l’élection du nombre des députés qui lui est fixé. Par le fait, le député élu par cette loi ne représente plus la nation, mais les «nations confessionnelles». La conception de ce texte s’accompagne du souci de préserver les «spécificités culturelles», l’autonomie et la liberté de chaque confession à décider seule de ses représentants. Or, c’est justement cette liberté même qui est mise en danger.
Le projet de loi orthodoxe réduit le Libanais à un membre de sa confession en tant qu’unité monolithique et imperméable. La confession devient alors un corps politique qui nie l’existence de valeurs humaines, affirme l’imperméabilité des cultures et déplore leur croisement.
La logique qui préside part de la condamnation de l’«ethnoconfessionnalisme» pour aboutir à l’éloge du même phénomène. Ce qui est condamné, c’est l’ethnoconfessionnalisme dont sont coupables les autres confessions, tandis qu’est justifié et valorisé celui que pratique ma confession. Tzvetan Todorov ajoute l’argument proprement logique: «Le relativisme est inévitablement amené à se contredire, puisqu’il présente sa doctrine comme un absolu, et donc par son geste infirme ce qu’il est en train d’affirmer.»
Le confessionnalisme absolu conduit à affirmer que toutes les cultures sont équivalentes, qu’il est impossible de les juger en fonction d’un étalon commun, qu’elles ne peuvent communiquer. C’est dans ce sens que le projet orthodoxe est hérétique: au nom du droit à la différence, on condamne toute forme d’acculturation confessionnelle. Ainsi, ce n’est pas en les isolant qu’on pourra préserver les confessions, mais en donnant aux individus les moyens de s’acculturer et de réinterpréter les exigences existentielles selon la logique interne de leur propre confession.
Ici, il faudrait préciser que la coexistence confessionnelle ne se confond avec aucune réalité historique concrète. C’est une référence, une idée régulatrice. Et c’est cette idée régulatrice de l’avenir politique du pays que nie implicitement la loi orthodoxe.
Le Libanais se caractérise par la tension entre une confession particulière et son sujet transcendantal. Il ne se définit pas exclusivement par sa condition confessionnelle mais par sa capacité de refuser, par sa faculté d’autonomie par rapport à la nature, en d’autres termes par sa liberté.
La loi orthodoxe nie cette liberté même en imposant à chaque Libanais de s’enfermer dans sa condition confessionnelle. Il est du droit de chacun de nier sa liberté, mais il n’en est pas de même d’aucune loi.

Marwan HARB
Chercheur en sciences politiques
Le bon fonctionnement de toute démocratie exige en premier lieu des règles de jeu stables. La principale règle étant la loi électorale de laquelle découle la formation de la classe politique qui gouverne au nom de la souveraineté populaire et par le fait décide de l’avenir du pays. À l’approche de chaque échéance électorale, les différents protagonistes proposent de changer la loi électorale non dans un but mélioratif, mais pour assurer leur propre victoire en négligeant la nature fondatrice du pouvoir des élections. Le débat actuel s’accentue autour de la loi électorale des années 60 et du projet de loi dit orthodoxe. Ce dernier propose un vote confessionnel pur dans le sens que chaque confession monopolise l’élection du nombre des députés qui lui est fixé. Par le fait, le député élu par cette loi ne...
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