A Tripoli, au Liban-Nord, le déploiement de l’armée reste insuffisant, faute de couverture politique. REUTERS/Stringer
Depuis le renouvellement mardi des accrochages à Tripoli (Liban-Nord) entre Bab el-Tebbaneh, sunnite et hostile à son régime, et Baal Mohsen, en majorité alaouite et partisan du président syrien Bachar el-Assad, les tensions s’accroissent. Dernier bilan des victimes : onze morts (dont quatre, hier) et plus de 60 blessés (dont au moins cinq, hier). Alors que mercredi un calme précaire s’était rétabli en fin d’après-midi, à l’initiative du député Mohammad Kabbara et des dignitaires réunis à son domicile, les combats ont repris en cours de soirée et se sont poursuivis hier matin et dans l’après-midi. Rien ne présageait d’un retour au calme en soirée, bien au contraire, à en croire certains dignitaires de la ville cités par la chaîne LBC, qui auraient « fait le deuil de l’initiative de Mohammad Kabbara » (ndlr : l’appel aux combattants de Bab el-Tebbaneh à remettre leurs armes et à se conformer aux ordres de l’armée et des Forces de sécurité intérieure). Des personnalités réunies au domicile du député hier soir ont d’ailleurs écarté l’éventualité d’un retour au calme au cours des prochains jours.
Absence de décision politique
En effet, malgré le déploiement de l’armée (patrouilles régulières, barrages, promesses de riposter immédiatement et « sans laxisme » à l’origine des tirs), les tireurs embusqués n’ont pas chômé, notamment à Hay al-Ghouraba et la zone de Zahirirya ; des échanges de tirs intenses se sont poursuivis ; des explosions d’obus de mortiers se sont fait parallèlement entendre. La réunion politico-sécuritaire qui s’est tenue à nouveau au domicile de Mohammad Kabbara en fin d’après-midi, dans une énième tentative de contenir la situation, a fait assumer la responsabilité du tournant que prennent les accrochages à Tripoli à l’armée, au gouvernement et au président de la République, que les personnalités réunies ont appelé à écourter sa visite officielle en Grèce. L’armée déployée sur le terrain reste en effet desservie par l’absence jusque-là d’une décision politique favorable à une solution définitive et rapide de la crise.
Sur le terrain en effet, la présence sécuritaire est presque sans effet. Les francs-tireurs ne chôment pas, pas même sur la route internationale qui relie Tripoli à Beddawi et aux frontières avec la Syrie. Les snipers ont fait encore hier matin un mort à Baal Mohsen (Hassan Abaydo, 39 ans) et une femme et un enfant ont été blessés à Bab el-Tebbaneh. Plus tard dans la journée, « un adolescent de 13 ans a été tué par un tireur embusqué qui a visé sa maison à Baal Mohsen », selon une source sécuritaire citée par l’AFP.
Par ailleurs, l’information sur le décès d’un officier de l’armée, tué par un tir dans le quartier de Starco à Tripoli, a été démentie par le commandement de l’armée, appelant les médias à « traiter avec précision les faits liés à l’institution militaire ».
Il reste que les services de sécurité compétents ont entamé hier une enquête sur les accrochages de Tripoli, sous la supervision du commissaire du gouvernement près le tribunal militaire le juge Sakr Sakr.
Tell Kalakh
Ces accrochages avaient éclaté après que l’armée syrienne eut tué le 30 novembre à Tell Kalakh au moins 14 jeunes sunnites venus le jour même de Tripoli pour combattre aux côtés des rebelles. Mardi, l’ambassadeur syrien avait notifié le ministre des Affaires étrangères que ces jeunes tués seront remis par étapes aux autorités libanaises. Une promesse qui s’effectuera en trois phases, à partir de samedi prochain. La remise des corps par étapes n’a pas été justifiée. Mais les familles des victimes ont tenu hier au Centre culturel Rachid Karamé à Tripoli une conférence conjointe dénonçant « la manière dont le gouvernement a géré le dossier ». « Comment le cabinet a-t-il pu accepter que les corps soient remis par étapes ? » se sont-elles indignées. Sur ce point, le ministre Fayçal Karamé a tenu des propos fermes, promettant le retour des corps de Tell Kalakh et réclamant la remise des jeunes vivants, qui sont toujours détenus par les autorités syriennes, et dont le nombre est estimé à trois au moins.
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