Je me demande si vraiment, avec tout le sang qui a endeuillé cette terre, certains continuent de croire qu’elle est la terre promise par Dieu. Ce que je comprends par le mot «promise», c’est que Dieu à sa façon vous l’offrira tôt ou tard, sans que vous imposiez de timing. En tout cas, même une promesse divine ne justifie pas, à mon avis, que le sang soit versé. Tel est le Dieu auquel je crois.
Bon, selon la Bible, la promesse a été faite. Mais quand? Aux alentours du deuxième millénaire avant J.-C. Il faut bien se rappeler de même qu’avant l’arrivée des Arabes, beaucoup de civilisations ont dominé cette terre. Les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, etc., ont tous participé à l’exil des juifs, et c’est l’Empire romain qui mettra fin à la présence majoritaire des juifs entre le Ier et le IIe siècle après J.-C. Et ce n’est qu’en 636 que les Arabes arriveront à une terre déjà majoritairement non juive. En passant par la période du règne de l’Empire ottoman ainsi que du mandat britannique, les Arabes ont donc vécu sur cette terre depuis 636. En faisant le calcul, de 636 à 1948, eh bien, 1312 années ont passé.
Ainsi donc, 1 312 années plus tard, on frappe à ta porte et on t’annonce que désormais, c’est eux qui habitent là, et que toi, tu dois partir très vite pour aller nulle part. Eux, ils avaient un foyer, un chez-soi ailleurs, mais seule la religion les unit aujourd’hui, chez toi. Différentes nationalités, une seule religion... de nos jours, ça construit des pays.
Tu réagis très normalement: tu t’affoles et tu essaies de te défendre et de rester chez toi. En voyant ta réaction, ils te qualifient de violent. De 1948 à 2012, cela ne fait que 64 ans. Autrement dit, presque rien, comparé à 1312; c’est tout frais, et pourtant, la plus grande partie du territoire n’appartient plus aux Palestiniens. Et avec le peu qui leur reste, on ne veut même pas avouer qu’ils ont droit à une indépendance. Un petit bout de pays pour qu’ils puissent dire au monde: «Je viens de ce pays, tu n’arrives peut-être pas à le retrouver sur la carte tellement il est petit, mais il existe ! Je suis palestinien.»
L’être humain a besoin d’appartenance, voyez-vous. C’est pour cela que ces gens-là se battent tous les jours.
Ceux qui ne votent pas pour un pays palestinien indépendant, quelle que soit leur religion, nationalité ou appartenance politique, savent-ils que cela signifie plus de sang? Ce sont des gens qui ne savent pas ce que veulent dire racines et appartenance. Ces gens-là donnent la priorité à la politique sur l’homme. J’écris ces lignes pour en appeler à l’humanité. Devant ma télé, je témoigne de toutes les souffrances que vivent les gens de Gaza, avec ou sans guerre, et je me demande comment les puissants de ce monde, politiquement s’entend, ne bougent pas pour régler ce problème. Le monde est-il tellement grand qu’ils ne se sentent plus concernés par des catastrophes lointaines? Ou bien est-ce parce qu’il y a des hommes qui seraient réduits au chômage si cette guerre venait à s’achever?
Supposons que demain matin, Israël arrive à occuper totalement la Palestine, que le peuple palestinien se résigne et que tout soit fini. Les Juifs s’installent et s’imposent donc dans leur terre promise. Vous pensez vraiment que Dieu serait satisfait avec tout le sang qui aura été versé?
Sabine CHAMOUN


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