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Nos lecteurs ont la parole

Je t’aime, mon bracelet, mais...

Georges TYAN
J’aurais tant aimé ne pas écrire ces lignes. Comment dire à des personnes dont vous avez souvent partagé l’opinion, des fois devancé les attentes ou l’action, que vous respectez pour ce qu’elles sont ou ce qu’elles représentent, qu’elles sont, à votre humble avis, en train d’emprunter le mauvais chemin?
De par leurs positions, leurs responsabilités sur le plan interne, leurs relations nationales ou internationales, ces gens sont, semble-t-il, plus au fait de ce qui se passe que vous ne l’êtes à votre niveau, et partant il vous est difficile de leur faire entendre un tant soit peu raison. Vos conseils seront perçus comme une critique s’apparentant à un crime de lèse-majesté.
Il ne faut pas non plus perdre de vue que ce sont des personnages qui, à chaque instant, flirtent avec la mort. Ils sont en permanence menacés de passer en clin d’œil de vie au trépas, d’une manière bien atroce, dans le cratère fumant par la noirceur de ceux qui ont pris pour cible la stabilité de notre pays.
Sans doute est-ce cette proximité permanente avec l’au-delà qui donne à leur comportement, leur jugement ce caractère autoritaire, sans réplique, définitif, à leurs discours une sorte de flamme qui se veut incendiaire à chaque parole, qui puise son énergie d’un puits de démagogie virulente.
C’est tout à fait humain. Ils n’ont plus rien à perdre en attendant le sacrifice suprême, auquel ils se sont, semble-t-il, fatalement préparés. Désormais, ils refusent d’adresser la parole à la partie d’en face, devenue dans leur entendement implacable ennemie, un couteau entre les dents. Ils l’accusent sans détour de détenir les clefs de la semeuse de mort. Quand on fait le décompte, leur raisonnement est tout à fait logique.
Alors, mort pour mort, après moi le déluge. Eh bien, non!
L’adage libanais dit: «Je t’aime, mon bracelet, mais pas au point de me couper le poignet pour me défaire de toi en te gardant intact.» Moi aussi je les aime, ces personnages, mais juste comme le bracelet. Certes, ils représentent à mes yeux une valeur sentimentale, mais j’en ai vu passer d’autres – les authentiques ceux-là – et probablement j’en verrais encore.
Des larmes, j’en ai versé pas mal, mes glandes lacrymales fonctionnent toujours à merveille, mais je n’ai aucune envie de les remettre à l’épreuve. Pleurer des personnes qui, par deux fois, ont gagné les élections au nom de la liberté, la souveraineté et l’indépendance et qui, par deux fois, en ont dilapidé les fruits, justement à cause de la peur bleue que leur inflige cette partie qu’ils disent assassine, ne me tente plus.
Car, à l’heure où, portés par la vague populaire, ils devaient montrer leurs crocs, prendre le taureau par les cornes, rétablir l’autorité de l’État, battre le fer quand il était chaud, éliminant une fois pour toutes les zones de non-droit, redonnant au citoyen sa dignité à travers l’application de la loi, ils ont préféré faire de la politique politicienne de bas de gamme, distribuant à tort et à travers les morceaux d’un gâteau dont, après coup, il ne leur est même pas resté une miette.
C’était hier! La vie continue. On ne peut pas s’obstiner à intenter des procès d’intention à ceux qui, à un moment ou un autre, vous ont déçus et probablement continueront de le faire. Encore moins regarder en arrière au risque de trébucher et de se casser quelques côtes. D’autant plus que la donne a changé: le clivage interne est devenu tel que le point de non-retour est juste au coin de la rue.
Chaque communauté s’est pratiquement divisée en plusieurs sous-communautés, de nouveaux chefs de file ont fait leur apparition, grisés qu’ils sont par leur popularité nouvellement étrennée, il sera difficile de les rappeler à l’ordre ou de les faire rentrer dans le rang. Chacun d’eux se prenant non pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il rêve d’être: redresseur de torts, bras armé par le ciel, sauveur de la nation.
En un sens, dans un pays normal où la religion serait cantonnée à l’intérieur des églises et des mosquées, cette profusion de nouveaux venus serait la bienvenue au plan démocratique car elle aurait l’avantage d’enrichir le débat. Mais, pauvres de nous, notre démocratie se limite à présent à l’air qu’on respire et qui est encore pour tous.
Aux donneurs de leçons, anciens et nouveaux, l’apanage de connaître de ce qui ne regarde plus le peuple de ce pays, son devenir, son avenir, sa liberté, sa souveraineté. Ils l’ont pratiquement déchu de tous ses droits, le privant du confort le plus élémentaire qu’un être humain, au XXIe siècle, peut revendiquer, allant de l’eau à l’électricité, en passant par la justice, l’écolage, les soins médicaux, et j’en passe.
Même un semblant de prospérité est refusé à ce pays qui naguère brillait de mille ors.
Encore heureux qu’il nous reste des responsables lucides et nostalgiques sans doute. Ils se comptent peut-être sur les doigts d’une seule main, se dépensant sans compter pour éviter une nouvelle déflagration ou tout dérapage qui aurait des conséquences néfastes sur le plan national.
Encore faut-il que les textes de lois les habilitent à agir sans contraintes. Mais on ne fait pas une omelette sans casser des œufs. Il est pourtant des fois où il est nécessaire de laisser ses gants au vestiaire, ne pas s’encombrer de préjugés pour éteindre le feu qui pointe à l’horizon.

Georges TYAN
J’aurais tant aimé ne pas écrire ces lignes. Comment dire à des personnes dont vous avez souvent partagé l’opinion, des fois devancé les attentes ou l’action, que vous respectez pour ce qu’elles sont ou ce qu’elles représentent, qu’elles sont, à votre humble avis, en train d’emprunter le mauvais chemin? De par leurs positions, leurs responsabilités sur le plan interne, leurs relations nationales ou internationales, ces gens sont, semble-t-il, plus au fait de ce qui se passe que vous ne l’êtes à votre niveau, et partant il vous est difficile de leur faire entendre un tant soit peu raison. Vos conseils seront perçus comme une critique s’apparentant à un crime de lèse-majesté.Il ne faut pas non plus perdre de vue que ce sont des personnages qui, à chaque instant, flirtent avec la mort. Ils sont en permanence...
commentaires (2)

Ces lignes sonnent comme un point d'honneur que chaque journaliste, même s'il était partisan devrait faire (je pense qu'ils dont extrêmement rare les neutres et même s'ils l'étaient le rédacteur en chef est là pour leur rappeler la ligne éditoriale du journal, pour bien bosser)

Ali Farhat

17 h 53, le 06 décembre 2012

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Commentaires (2)

  • Ces lignes sonnent comme un point d'honneur que chaque journaliste, même s'il était partisan devrait faire (je pense qu'ils dont extrêmement rare les neutres et même s'ils l'étaient le rédacteur en chef est là pour leur rappeler la ligne éditoriale du journal, pour bien bosser)

    Ali Farhat

    17 h 53, le 06 décembre 2012

  • Si je comprends bien, vous vous en prennez aux forces du 14 Mars parce qu'ils n'ont pas prit le taureau par les cornes lorsqu'ils ont justement essaye de vous eviter une nouvelle deflagration alors. Vous considerer, cependant, les responsables actuels, en fait faibles et incompetants a la solde des criminels au pouvoir, des gens lucides et nostalgiques (De quoi au fait?) et je suppose donc: bien. De plus, pour defendre ces petiots vous dites qu'ils ne peuvent pas faire d'omelette sans casser les oeufs! Eh bien cela s'applique a tout le monde cher monsieur et apres avoir casse et les oeufs et use de toute possibilite de conciliation pour eviter le pire allant du dialogue, a l'abnegation de soi meme, a l'acceptation de l'humiliation, a ... Vous accusez la victime de sa bonne volonte de ne l'avoir pas fait. C'est simplement ingrat.

    Pierre Hadjigeorgiou

    10 h 09, le 06 décembre 2012

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